CHAPITRE Xm
Des défenseurs des anciens : .Dacier, Ménage, Francius, . Longepierre, de Callières, Huet.
Les premiers qui prirent feu pour les anciens furent les érudits. Ils se crurent les victimes de TAbbé, et commirent l'imprudence de se reconnaître dans le portrait qu*il avait tracé d'eux. Le plus offensé de tous, ce fut Dacier, traducteur zélé, < estimé de tous ceux qui aiment les humanités, comme dit Basnage de Beauval, surtout depuis qu'il a joint ses connaissances à celles du traducteur d'Anacréon, Mlle Le Fèvre, et que le latin a épousé le grec *. » Dans une préface irritée que Dacier mit à la tête du sixième volume de sa traduction d'Horace, il déclara « que les barbares qui avaient ravagé la Grèce et l'Italie, et travaillé avec tant de fureur à détruire ce qu'elles avaient de plus beau, n'avaient jamais rien fait de plus horrible que ces auteurs d'aujourd'hui qui veulent arracher aux anciens leurs couronnes. • Dacier ne se contenait pas plus dans son admiration pour
1. Basnage, Ouvrages des savants ^ octobre 1687. Cizeron-Riyal a cité une épigramme a:isez plaisante qu'on fit courir sur Dacier , à propos de cette polémique où l'on disait que Mme Dacier avait mis la main. Boileau , dans une lettre à Brossette (135), attribue Tépigramme à Pabbé Tallemant :
Quand Dacier et sa femme engendrent de leurs corps, Et que de ce beau couple il naît enfants, alors
Madame Dacier est la mère.
Mais quand ils engendrent d'esprit
Et font des enfants par écrit,
Madame Dacier est le père.
les anciens que dans sa colère contre les partisans des modernes. L'enthousiasme est permis quand il s'agit d'Horace; mais son traducteur avait une façon de le vanter qui atténuait les torts de Perrault. Selon lui, Horace n'ignorait rien ; il avait lu les livres de Moise et suivi la méthode de Salomon dans ses Proverbes, pour inspirer l'horreur de l'adultère. « C'est, ajoute naïvement Dacier, ce que personne encore n'avait découvert jusqu'à présent*. > Dacier se trompe. Il y avait avant lui un personnage, fictif, il est vrai, qui honorait les anciens d'une égale idolâtrie, et découvrait chez eux de semblables merveilles : c'est le Barbon de Balzac, c qui portait sur sa robe de la graisse du dernier siècle, et de la crotte du règne de François P'. »
On a dit que ce Barbon est le portrait de Ménage. Ménage, en effet, était un des amants de l'antiquité, et, malgré ses dénégations, il passe pour l'auteur d'une épigramme en vers latins contre le poème de Perrault (le Siècle de Louis le Grand). En voici la traduction :
Cher Sabellus, ton bon ami Perrault A fait des vers que le Siècle il appelle, Où le bonhomme assure et dit tout haut Que nos Le Bruns en savent plus qu'Apelle, Que nos braillem^s font mieu^ que Gicéron, Que nos rimeurs l'emportent sur Maron.
0 Siècle fade et de peu de cervelle* !
Cette traduction, moins élégante que le texte, est de Per-