‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 98 sur 199 · Odyssée, Uv. XV, v · texte numérisé non relu

Odyssée, Uv. XV, v

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Mme Dacier traduit assez obscurément : « C'est dans cette île que se voient lei conversions du soleil. »

traduits^ il raconte ainsi TefTet supposé de sa lettre à Perrault : < Gomme il me demandait ce que je pensais de sa thèse, je lui en démontrai si parfaitement la sottise, qu'il parut depuis revenir à des sentiments plus raisonnables, car il ne répondit point à une dissertation assez longue que je lui adressai à ce sujet , et il ne s'opiniâtra point à soutenir par de nouveaux écrits son système insensé ; il cacha d'ailleurs avec tant de soin ma dissertation, qu'on ne la trouva par hasard dans ses papiers qu'après sa mort. >

Huet, qui ne manque pas d'amour-propre, se fait illusion. Perrault n'était jamais embarrassé pour répondre, et même pour répondre spirituellement, surtout à une lettre dont le ton incivil et pédant donnait prise à la raillerie. Il lui était aisé de demander à Huet pourquoi l'auteur du traité sur la Faiblesse de f esprit hvmain avait laissé de c^té dans la thèse de Perrault tout ce qui regarde le progrès des connaissances humaines, et avait remplacé la discussion des idées par l'énumération mesquine des erreurs de détail et des contre-sens ; en un mot pourquoi au lieu d'une dissertation il n'avait fait qu'un erratum, comme un maître qui morigène un écolier. Le silence de Perrault n'est ni la preuve de l'impuissance ni le symptôme d'une conversion. Il se tut , comme devait se taire un homme bien élevé devant une attaque trop vive , partie de la main d'un évêque. Mais il ne fut pas converti , et n'abandonna aucune de ses idées, Boileau nous l'apprend dans la lettre de réconciliation qu'il écrivit à Perrault. Quant au reproche assez vaniteux adressé par Huet à Perrault, d'avoir si bien caché dans ses papiers l'épître de l'évêque d'Avranches, j'ai peine à le croire fondé. Perrault devait présumer que Huet en avait tiré des copies , qu'il ne cacherait pas , et qui

!• ParM. Charles Nisard. Paris, 1853.

rendraient inutile la suppression de Toriginal. En eiïet , Huet en communiqua plusieurs à ses amis , et , quoi qu'il dise, sa lettre n'eut pas besoin , pour jouir de la publicité , d'attendre la mort de Perrau It.

La lettre de Huet à Perrault n'est pas la seule trace qui nous reste de son intervention dans la querelle des anciens et des modernes. Le Huetiana nous offre à ce sujet quelques détails intéressants. Le paradoxe de Perrault sur le droit de juger les originaux d'après les traductions y est réfuté par des raisons solides, tirées de la connaissance exacte des langues anciennes. Huet y dénonce encore la confusion commise par Perrault entre le génie et le savoir, et il s'attache à définir le génie dans un passage que je vais citer, pour qu'on juge le tort que les partisans des anciens faisaient à leurs meilleures idées, par leur manière de les présenter, et par les conclusions qu'ils en tiraient :

« Le génie dépend de la constitution et de la disposition des corps. La constitution des corps suit d'ordinaire celle du territoire, de l'air et des eaux. Les Athéniens , dont le territoire était sec et pierreux, et l'air subtil, et les eaux légères, étaient ingénieux. Les Thébains étaient grossiers et lourds , parce que leur terroir était gras , leur air et leur eau épaisse. Yervecum in patria crassoque sub aère nati. Quand Homère veut faire connattre la stupidité de Thersite, il lui donne un corps contrefait et une tête difforme, n y a une nation en Amérique , dont toutes les tètes sont pointues et pyramidales, et dont tous les hommes sont fous. De plus , il faut demeurer d'accord que les terres nouvellement cultivées sont beaucoup plus vigoureuses et beaucoup plus fécondes que des terres lassées et épuisées par une longue culture. On ne voit plus de ces grappes énormes que rapportèrent les espions de Moïse de la terre de Ghanaan. On ne voit plus de ces platanes qui cachaient une armée sous leur ombre. On a vu des raves et des me-

Ions au Pérou qui faisaient la charge d'une charrette. On voit dans ces contrées des arbres d*une grandeur démesurée. Le bois du Canada est imprégné d'une si grande quantité de sel, que les lessives brûlent et usent tous les linges. Les terres vierges rapportent au centuple. Les corps des hommes répondaient à la nature de leur terre. On sait ce que l'Écriture dit de ces géants de la Palestine , dont quelques-uns avaient six doigts à chaque main et à chaque pied, et ce que rapportent les anciennes histoires de ces géants de Sicile, et de ceux de la Thessalie, et celles du Nouveau-Monde de ces géants de la terre de Peu. La force de ces hommes répondait à leur taille, et la longueur de leur vie répondait à leur force. Les hommes que les Espagnols trouvèrent dans l'Amérique vivaient communément deux ou trois cents ans; cela a été diminué et affaibli par le temps. Les Allemands ne sont plus si grands qu'ils étaient autrefois; et la taille des Gaulois n'excède pas tant celle des Romains que du temps de César. Tout cela supposé, n'est-il pas aisé de comprendre que, dans les premiers temps que la Grèce et l'Italie furent défrichées , ces terres toutes neuves, qui avaient encore tout leur sel, touta leur sève et toute leur vigueur, couvertes d'un air pur, entier et sans mélange , produisaient des hommes d'une nature plus forte, des corps plus robustes, mieux composés, mieux tempérés, plus animés, plus pleins d'esprit, des têtes mieux disposées, mieux proportionnées, pleines de cerveaux d'une meilleure trempe , composés de fibres plus subtiles, plus nombreuses et mieux tendues ? Mais le temps a changé ces heureux tempéraments . Les trésors de la nature ne sont plus dans cette première abondance. Les corps humains se sentent de cet épuisement. On en peut juger par leur diminution et par la brièveté de leur vie. Le suc vital et végétal s'épuise de jour en jour. On remarque, dit Pline (liv. vu, chap. xvi), que la

taille des hommes diminue de jour en jour et que peu d*enfants surpassent la hauteur de leurs pères , la fertilité des semences se consumant et se brûlant. Les proportions mêmes sont différentes de ce qu'elles étaient. La longueur du pied de l'homme n'est plus la sixième partie de sa hauteur, comme elle était du temps de Vitruve ; à peine en est-elle présentement la septième partie. Peut-on douter que la nature des esprits n'ait suivi celle des corps ? Gela paraîtra si croyable à quiconque raisonnera conséquemment, qu'on s'étonnera que l'opinion contraire^ ait} trouvé des partisans. 11 faut donc nécessairement conclure que les génies de cet heureux temps, qui était la jeunesse du monde, étaient supérieurs aux nôtres ^ »

Quelle érudition! quelle crédulité! quelle logique! Huet, comme la plupart des partisans des anciens, ne garde pas de mesure. Emporté par la contradiction, il prend le contre-pied des opinions de Perrault, admire ce qu'il blâme, blâme ce qu'il admire, et punit les modernes de tous les torts de Perrault contre les anciens. Perrault s'était moqué de la prosodie grecque et latine. Huet attaque les rimes de la poésie française « jeu badin et puéril, invention grossière des Arabes, nation brutale et féroce *. >• Un vieux fabliau raconte l'histoire de ce mari et de cette femme qui préféraient chacun un de leurs enfants, le mari la petite fille, et la femme le petit garçon. Quand le mari donnait un soufllet au petit garçon, la femme en donnait deux à la petite fille. C'est l'histoire de Huet et de Perrault, et en général, de leurs deux partis au xvu* siècle. Quand Perrault frappe sur un ancien, Huet se venge sur un moderne, qui paye avec usure pour l'antiquité. Ce n'est pas là de la justice; ce n'est pas non plus de la bonne politique. La défense ne doit pas avoir le même caractère que l'attaque : il

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