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Tamertume de la destinée humaine, les riches qui en ont reconnu l'insuffisance, ceux qui désespèrent d'atteindre au bonheur, ceux qui s'en fatiguent après l'avoir goûté, sont d'ordinaire les premiers à se laisser toucher par l'attrait d'une autre vie. » Mais si l'observation est ingénieuse, le fait qu'elle veut prouver est-il entièrement exact? Il est permis d'en douter. Saint Jérôme écrit à Pammaque qu'au commencement la société chrétienne se recrutait parmi les ignorants et les humbles, mais que de son temps elle compte des savants et des nobles : Tum rari sapienks^ patentes, nobUes christiani.,.. Nunc midti monachi sapienteSt potentes^ nobUes.... Dans l'intervalle de ces deux époques, la religion chrétienne, montant peu & peu des derniers rangs de la société, s'était emparée des classes moyennes et des conditions libérales. La preuve, c'est que les apologistes du n*, du m* et du iv* siècle, sont de sphilosophes, comme saint Justin et Âthénagore, des avocats, comme Minucius Félix, Tertullien, âaint Basile, saint Ghrysostome, des professeurs, comme Origène, saint Cyprien et saint Augustin. Il est un autre point sur lequel M. de Broglie me permettra de lui soumettre un doute. Les textes de saint Irénée et de saint Cyprien qu'il a rappelés, suffisent à la rigueur pour établir que, dès le u* et le m* siècle, la primauté de l'Église de Rome était reconnue par les autres Ëglises; et toutefois cette primauté, contestée par beaucoup d'écrivains modernes, et contredite par quelques témoignages anciens, notamment par un passage des Clémentines^ paraîtrait encore mieux assurée, si M. de Broglie avait cité plusieurs autres textes plus décisifs que ceux qu'il rapporte'. Mais,
1. Par exemple, celui-ci, de saint Cyprien: Pétri cathedra, eccUsia principalis, nnde unitas sacerdotalis exorta est, (Ep. LV ad Comel.) Le texte de saint Cyprien que cite M. de Broglie , est encore plus expressif sans doute; mais la teneur littérale en est controversée. Quant au texte de Tertullien : Audio edictum esse proposilum et quidem peremptorium : pontifex scilicet maximus^ quod est episcopus episcoporumy edicit,,,, (De
en nous contentant de ceux-ci, suilSsent ils à définir clairement cette primauté originelle de TÉglise de Rome T Ëtaitelle honorifique ou effective ? Question délicate, que de longues controverses n'ont pas épuisée. Un texte de saint Ignace, qui atteste cette suprématie, semble indiquer en elle une préséance, non dans le pouvoir, mais dans le respect et dans Tamour*. On cite, il est vrai, saint Cyprien engageant l'évéque de Rome à déposer Marcien, évéque d'Arles, ce qui implique une reconnaissance de la suprématie spirituelle du successeur de. saint Pierre ; mais le poids de cet exemple est affaibli par saint Cyprien luimême, attaquant l'évéque de Rome avec une passion qui implique l'indépendance. M. de Broglie nous montre le pape Victor anathématisant la moitié de l'Asie pour une question de discipline (201 ans après J. C); mais le pape Victor exerçait-il un droit, ou se Farrogeait-il ? M. de Broglie, qui a écrit d'excellentes pages sur saint Irénée, se rappelle que la vivacité du pape Victor fut sévèrement bl&mée par saint Irénée lui-même, qui s'entremit entre l'évéque de Rome et les évêques d'Orient, et qui évita un schisme à l'Église. Il aurait donc été opportun d'établir, par un plus grand nombre d'arguments, que cette suprématie de Rome n*était pas seulement une primauté honorifique, consentie par le respect des autres Églises envers l'ancienne Église de saint Pierre, mais une prépondérance effective d'autorité, reconnue comme un droit, comme une institution du Christ. M. de Broglie aurait prouvé, en même temps, que le nom de pape, répété plusieurs fois par saint Cyprien, a dans sa bouche, outre le sens de paternité chrétienne, qu'il a toujours eu, le sens de souveraineté spirituelle que nous lui donnons aujourd'hui. Cette
pudieit. Initio), il est tiré d'un ouvrage montaniste , et c'est visiblement par ironie que parle TertuUien.