‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 4)Chapitre 4 sur 75 · Pensées diverses ^ t. III, p. 87 et · texte numérisé non relu

Pensées diverses ^ t. III, p. 87 et

QUESTIONS DINSTRUGTION PUBLIQUE. 55

dont il est imbu, et ses actions par ses livres et son langage, » en un mot, qu'il n*est pas plus conforme à la con-* naissance philosophique de l'homme qu'à la vérité de Thistoire, ^de prendre pour des païens des chrétiens qui parlaient le langage de l'antiquité, et d'appeler la Renaissance la résurrection du paganisme. Aussi persisteronsnous à croire au christianisme de la Renaissance, tant que r Univers ne nous aura pas démontré clairement que la foi religieuse fait plus encore que de donner à l'homme une règle, un modèle idéal de sainteté , et de développer en lui des habitudes salutaires qui améliorent les incrédules euxmêmes, mais qu'elle parvient, dans toutes les âmes, à ren» verser ce mur intérieur qui sépare les actions des idées, et à faire de l'homme une personne unique, conséquente avec elle-même, parce qu'elle a tout soumis à sa croyance, ses intérêts, ses goûts, ses penchants, ses passions.

Mais V Univers ne démontrera rien. Oserons-nous dire toute notre pensée ? Nous regrettons presque d'avoir tant insisté sur le paganisme prétendu de la Renaissance; nous semblons être la dupe de l'Univers et de ses amis. Les adversaires de la Renaissance savent parfaitement qu'elle n'est pas le paganisme. La preuve en est dans la vivacité même de leurs attaques. On ne tue pas les morts avec tant d'acharnement : or, le paganisme est bien mort; il n'y a plus personne en ce monde qui offre des victimes à Jupiter ; mais il y a des hommes qui se croient libres d'examiner les opinions qu'on leur propose, libres de les juger, libres, en un mot, de croire ce qu'ils trouvent raisonnable et vrai. Il y a des libres penseurs, comme les appelle avec amertume VUnivers. La Renaissance a pu contribuer à la réforme, nous ne le nierons pas plus que ne l'ont nié les DèbatSy quoique en vérité les grands schismes d'Occident, les doctrines hardies du concile de Constance et du concile de Bâle, le mécontentement général contre les impôts

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levés par la cour de Rome sous mille noms divers» les fautes de la papauté, et bien d'autres causes encore , aient été d'une efficacité plus directe , et que probablement elles auraient suffi pour produire Luther. Mais ce que VUnivers peut imputer en toute certitude à la Renaissance, c'est le libre examen, c'est la liberté de conscience, deux choses bien funestes, sans doute, au monde moderne, mais dont le monde moderne ne semble pas désabusé. C'est la liberté d'examen, c'est la liberté de conscience que rUnivers attaque si ardemment au sein de la Renaissance, et sous le pseudonyme de paganisme; sous le paganisme qui est bien mort, il veut atteindre la liberté qui respire toujours. Montluc raconte, dans ses Mémoires, qu'un jour, après un combat, il vit un soldat occupé à percer des cadavres à coups d'épée. « Pourquoi, lui dit-il, t'avises-lu de tuer. les morts? — Vous voyez bien, dit le soldat, que sous les morts il y a encore un vivant. » L'Univers est ce soldat; mais il peut continuer à frapper ce qui est mort ; il ne tuera pas ce qui ne saurait mourir.

{Revue de Vlnslmclion publique ^ 25 mars, 15 avril, 13 et 27 mai 1852.)

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