POÉSIES DE J.-D. ROUSSEAU
l’apprendre ici — que la passion produit aussi bien de bonnes poésies que le génie poétique inné. C’est pour cela que l’on voit tant de jeunes Allemands qui se regardent comme poètes, parce que leur passion qui fermente, l’explosion de leur puberté, le patriotisme ou même le délire leur ont fait produire quelques vers passables. C’est pour cela aussi que certains esthéticiens de pacotille ayant par hasard entendu un cocher amoureux ou une cuisinière en colère user de formes de langage poétiques, en ont tiré cette conclusion radicalement fausse : que la poésie n’est autre chose que le langage de la passion. Évidemment dans le premier livre il est bon nombre de pièces que la passion seule a inspirées; mais on peut dire de celles du second qu’elles sont, en partie, des productions du génie. Il est plus difficile de déterminer la puissance de ce génie, et l’espace dont nous disposons ne nous permet pas de nous livrer à cette recherche. Examinons donc les deux livres à un point de vue plus extérieur. Le premier contient cent morceaux détachés ou groupés, écrits en diverses espèces de vers et de rhythmes. L’auteur s’y plaît à imiter avec plus ou moins de succès la plupart des formes méridionales. On y trouve
f7î 'OEUVRES DE HENRI HEINE
cependant aussi la forme (out unie du proverbe allemand et celle du chant populaire. Nous citerons, pour sa brièveté, la sentence suivante :
Je hais l’hypocrisie
De notre jeunesse allemande d’aujourd'hui Et sa vertu apprise par cœur Comme une litanie (I).
Les chants populaires sont dans le ton voulu, mais ils nous paraissent écrits d’une façon un peu trop lourde. Ce qu’il faudrait, ce serait de bien saisir l’esprit des formes populaires et de créer des formes nouvelles appropriées à nos besoins. Quoi de plus insipide, en effet, que les prétendus chants populaires de ces messieurs qui, prenant un sujet en pleine actualité et parmi la société polie, le revêtent d’une forme qu’un honnête ouvrier d'il y a deux cents ans eût peut-être trouvée convenable pour exprimer ses sentiments? La lettre tue, mais l’esprit vivifie.
Le second livre ne contient que des sonnets dont
(f) Mir ist zuwidcr die Kopfhüngerei Der jetzigen deuUchen Jugent),
Und ihre, gleich einer Litanci,
Auswendig gelernte Tugend.