ANNO
D. Bouquet (2), voudrait lire MaMiacwm vel MaUiaticum et prendre cette ville pour Manheim.
Godfroid , sur la dite loi , incline aussi pour cette leçon et il l'appuie de la notitia ihperii , où une cohorte , sous le commandement du g^énéral en chef de la cavalerie des Gaules , de la Gaule, tntra Gallias, est appelée MatHact Juniores. ' Quoi qu'il en soit de ces variantes , j'estime qu'il faut placer les Mattiact entre le fort de Kehl et Philipsbourg, dans le marquisat de Bade ; c'est-à-dire entre les Cattes de la Suabe et le Rhin , car ils se trouvent là en avant des Cattes de la Suabe , et , lorsque Germanicus est allé surprendre ceux-ci , il est passé par le pays des Mattiad, dont il a brûlé la capitale appelée Mattium (^) ; ce qui s'accorde bien avec les lois de Yalentinien ci-dessus citées, et avec la situation des Cartes.
A l'appui de mon opinion vient encore ce fait : que , lorsque Yalentinien y donna cette loi de 369 à Mattiacum , il parcourait le Rhin , de la Suisse à l'Océan , pour le garnir de forteresses; établissant même des forts au-delà du Rhin, contre les Francs et les Allemands ; dans cette même année , ayant quitté Trêves, il parcourut le Rhin, datant ses lois
(1) Lib. 10, tit. 19. — (S) Tom. 1, p. 758.
(3) Taciti, Annal., Lib. 1, C. 50.
DE rANGONNE BELGIQUE. 61
des lieux où il les signait; comme à Brisac, à AUa Ripa et Martiacum 0).
â9. Les CiMes selon Tacite W, demem*aient au-delà des Mattiaci ( par rapport à Trêves , où demeurait Tacite ) ; leur territoire commençait et se terminait à la forêt ffercinienne; a ultra hos Catti , initium sedis ab hercynio saltu inchoant. • . . u et Cattos suos saltus hercynius prosequitur simul atque c< deponit. »
Or, la forêt Hercinienne commençait en Suisse (^) :
Prominet Herciniœ confinîs Rhœiia SyWfle.
Tacite plaçant les Grisons entre cette forêt et le Rhin , il s'en suit que les Cattes n'ont pu appartenir à cette forêt, qu'en Franconie , puisque Jomandès , de Rébus Geticis W , place les Bavarois à l'est des Suèves ; et en effet , on peut voir par les cartes , que cette forêt , qui sort du Tyrol , se prolonge dans la Franconie et la Hesse, par des collines qui, diminuant insensiblement, se terminent dans l'éTêchë de Paderbom, précisément comme les décrit Tacite c< Durant siqutdem colles ce pauiatimque rarescunt. » Aussi trouve-t-on encore dans la Hesse , sur la gauche de la Sale et au milieu des bois , l'abbaye de Hirtsfeld, dont le nom présente quelque analogie avec Bercinia.
J'estime donc , qu'on peut placer les Cattes entre le Rhin , le. Mein, le Wezer et la Roër, qui tombe dans le Rhin à Meurs, sur les bords de laquelle près de Werden , on trouve encore un lieu appelé Katwiek assez ressemblant à Katwyck en Hollande.
(1) GoTBortiDi Chron. Cod, Tkeod. Vol. 1 , p. 86. — (2) De M. G. G. 8. (S) V. Tacitb de M. G. G. 28, et surtout Glavdivs di billo obtico. V. 81S0. {A) G. 55.
ToHB m. 5
62 PRfiCIS TOPOGRAPHIQUE
Les Tubantes me paraissent aroir demeuré dans VOver-Tssel, Zutphen et le pays de Ttoente; c'est là aussi ropinion commune ; cette position les place dans le yoisinage des Tenchtres et Usipètes ^ qui demeuraient sur la Lippe , et s'accorde arec le rapport de Tacite (') , suiyant lequel^ les Ansibarites, après leur défaite sous Néron, se sont retirés en arrière , rétro, chez les Usipètes et les Tubantes; d'où ayant été chassés de nouveau , ils se réfugièrent chez les Cattes et de là chez les Chérusques , que nous trouverons à l'instant sur la rive gauche de l'Elbe.
30. Les Tenchtres et les Usipètes, suivant Tacite P), étaient au couchant des Cattes, Hactenus in occidentem Germandatni^); et demeuraient sur la rive droite du Rhin , qui leur servait de boulevard , certum ja/m alveo Rhenum , quique termintis esse sufficiat, Usipii ac Tenchteri colunt.
Peu avant l'arrivée de Caesar, ils s'étaient établis dans la Belgique et comptaient s'y maintenir, car ils étaient belliqueux et leur cavalerie était supérieure ; au décès du père , le fils , non pas 1 aine , mais le plus vaillant , emportait par préciput son cheval de bataille ; ils étaient entrés dans la Belgique par force et par ruse, Caesar les en chassa et ils se réfugièrent chez les Sicambres, qui leur accordèrent asile et des terres entre Wezel et Lipstad; car Tacite W les y fait toucher aux Bructeri, dans la Westphalie, et par le levant aux Cattes de Paderborn(^).
31. Les Bructeri avaient, en premier lieu, demeuré dans le duché de Westphalie ; car Tacite (^) , nous apprend que
(1) Jnnal. Lib. IS, C. 56. -- (S) Gap. 32, de M. G. — (3) Ibid., C. 35, (4) Cap. 33, de M. G. -- (5) Ibid., Hi$t. Lib. 4, C. 64. (6) jénnal. Lib. 1 , C. 60.
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Tarmée romaine traversa le pays des Bructeri pour marcher sur l'Ems, et après avoir dépassé leurs dernières frontières elle détruisit et saccagea tout ce qu'elle trouva entre l'Ems et la Lippe, position, qui ne peut s'appliquer qu'à la Westphalie. Cette conduite nous donne un nouvel échantillon de Thumanité des conquérans Romains, dont on chante encore sans cesse la gloire, sans rappeler le souvenir des crimes et des horreurs qu'elle a coûtés; tant il est vrai, qu'aux yeux du vulgaire , Victoriœ rationem non reddiO).
Les Bructeri s'étendaient encore dans le comté de la Marcq ; car Tacite rapporte (2) , que , de son temps , les Ansibarites et les Chamaves s'emparèrent du pays des Brticteri et en exterminèrent presque tous les habitans. Or, les Chamaves avaient les Ansibarites à dos et par conséquent aussi le comté de la Marcq , puisque Arbogaste , après avoir passé le Rhin à Cologne , saccagea le pays des Chamaves , à la vue des Ansibaires et des Cattes qui , de leurs montagnes , en restèrent simples spectateurs (^) . Cet ancien siège des Bructeres s'accorde aussi avec ce qu'en dit Claudien W.
t( Venit accola Sylvœ
Brucierus OercinisB »
Mais, après cette défaite, les Bructeres se sont établis plus près du Rhin; car Grégoire de Tours les désigne par ripœ proximos; et, en disant : paguh eûtam, queh ghawavi ingolunt DEPOPULATGS EST (Arbogastus), il annonce assez que les demeures
(1) Taciti, Hût., Lib. 4, C. 14. — (2) C. 88, de M. G. (8) SuLPicius Albxahd., Lib. -4; Grbg. Toron., Lib. 2, G. 29. (4) In panegyrico quarti conml» Honarii^ yersu 450.
des Chamayes et des Bructeres se touchaient et qu'il faut les placer dans l'ëTéché de Munster.
Tacite a classe toutes les nations transrhénanes , dont nous ayons parlé jusqu'ici, dans la Germanie occidentale , hactenug in occidentetn Germantam novimus W ; après cela il nous fait connaître les peuples de la Germanie septentrionale laquelle, par un demi cercle immense , touche aux deux extrémités de la Germanie occidentale , d'un côté aux Frisons et de l'autre aux Cattes : m septentrioneni ingenti flexu redit.
3â. Les Gauches remplissaient tout cet espace et cernaient tous les peuples occidentaux , depuis les Frisons jusqu'aux Cattes.
C'était le peuple le plus noble de tous les Germains , magnanime, juste, sans ambition, puissant, pacifique sans relations. La plus grande preuve de ses vertus et de sa force consistait en ce que sa supériorité bien reconnue ne se fit jamais craindre ni respecter par des injustices , quoiqu'au besoin il fut toujours prêt à se mettre en campagne. Sa réputation était la même en temps de paix qu'en temps de guerre; et quiescentibus eadem fama (^).
Le pays que les Gauches ont occupé , me semble avoir été la partie du cercle de la basse Saxe située entre le Wezer et l'Elbe, à partir de la côte maritime du duché de Bremen jusqu'en Hanovre en longeant le Wezer; car Tacite, en disant que leur pays commençait aux Frisons , qui s'étendaient jusqu'au Wezer, et en ajoutant qu'ils tenaient une partie de la côte , dc partem litioris occupant , désigne évidemment le duché de Bremen.
(1) C. 88, de M. G. — (2) Ibid., de M. G. C. 88.
DE VANCIENNE BELGIQUE. 65
Fixant ensuite leurs limites orientales aux Cattes , qui s'étendaient jusqu'à réyéchë de Paderbom , et en les y faisant toucher par des sinuosités , sintienter^ il annonce assez que , dans toute leur étendue , ils n'aboutissaient pas constamment à l'Elbe , mais qu'il y ayait d'autres peuples entr'eux et l'Elbe , comme en effet il y place les Chérusqties.
33. Il place les Chérusques et les FoH, leurs voisins , coniemdna gens, à côté des Gauches et des Cattes : in latere Caucharum Cattorumque^^) \ il faut donc qu'ils aient occupé' le surplus du cercle de la Basse-Saxe , sur la gauche de l'Elbe , depuis Magdebourg jusqu'à Hambourg , puisque sans indiquer d'autres peuples dans cette partie de l'Elbe , il passe aux
Cimbres du Holstein.
34. Les pays de tous ces peuples entre le Wezer et l'Elbe, font encore partie du cercle de la Basse-Saxe , et déjà nous a?ons remarqué que depuis ils ont été connus sous le nom général de Frisons et plus tard , sous celui de' Saxons ou BaS'Saœonss le nom de Saxons a été communiqué ensuite à toutes les nations qui demeuraient jusqu'à la Meuse , comme nous l'apprenons par la chronique de Klaas Kolyn et de Melis Stoke; le premier dit(^) :
« De laDden die gelagen
tt Tosschen Maas , Zie en Nimagen
4( Ryen (Rath) en Maase en Torp Asseu
«( Aile die geenhieten iV(B</erffa««en (3).
et l'autre
« Onde scbryvers hoor ik gewagen H Dat al 't land heneden Nimagen
(1) Cap. 86. —(2) Versa 186, p. 55 et 59. (8) V« le preeceptum de instit. Episcopi per Saxooiam. Capiiui. Tom. 1 , Col. S46.
« Wilen Nedertasten hiet u jéUoo al die ilroont versehiei t( Van den Maas en vau den Rine , u Die Scelê was dan west, etc. »
3i5. De là Tacite passe aux Sttèves; c'était une nation qui se composait de plusieurs gentes^ distinctes entr'elles, chacune par son nom propre ; il n'importe point à mon sujet de le suivre dans la description de ces peuples ; il me suffit d'avoir fait connaître ceux qui demeuraient jusqu'à l'Elbe , où Tacite termine la Germanie proprement dite, parce que la connaissance en est indispensablement nécessaire pour découvrir l'origine des Francs , dont l'histoire fait la troisième période de celle des Belges; toutefois j'aime à dire un petit mot sur ce nom de Stievi : ils occupaient la plus grande partie de la Germanie au-delà de l'Elbe, car nous connaissons déjà les peuples qui étaient établis en-deçà : ces Suèves ne consistaient pas en une seule ^en^ ni en une seule nation , mais en plusieurs na^eb/i^ particulières et distinctes, propriis adhuc nationibus nomiîiibnsque discreti; toutes ces nations j dit Tacite , sont appelées en commun Suevi; m commune Siievi vocantur; or, comme il n'assigne à aucune de toutes ces nations Suèves un établissement ou des demeures fixes, tandis que les nations en-deça de l'Elbe en avaient , je pense que ces nations Suèves étaient encore nomades, et qu'à ladiflRérence de celles établies, on désignait les nomades ou non-^tablies par le nom de Stoe^ vers, que Tacite, selon sa coutume, aura latinisé, interprb- TATioNE romana , par le mot Suevi ; car on sait qu'en langue teutone, flamande et allemande, le ïxxolsweven signifie errer.
Je regarde donc comme très-probable que les Taxandri, les Bethasii, les Tungriel les Sunici, dont nous avons parlé
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ci-dessus ( N^ 10), sont quatre nations de ces Suevt qui , depuis Caesar, sont Tenues s'établir dans les pays des Eburons et des Attuatiques exterminés par ce conquérant.
36. Terminons cette première époque par un tableau topograpfuqus général de tous ces peuples , en indiquant le pays ou le lieu principal du cercle de leurs demeures.
P1DFLI8 BBLGBS, AUJODHD*HDI HORS DU ROTAUHE DES FATS-BAS.
Les Velocasses et CaUtes demeuraient dans le Pays Vexin et de Caux.
Les Atrehateê , à Arras;
Les Bellovcujues , à BeauTais;
Les Sylvanectes^ à Sentis;
Les Stiesstones, à Soissons;
Les Veromanduij à St. Quentin;
Les Ambiant j à Amiens ;
Les Rhemij à Rheims;
Les Treveri, à Trêves, Toul, Metz et Verdun ;
Les Ubii, à Cologne;
Les Sicambri, à Munster.