‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 3)Chapitre 17 sur 43 · PÉRIODE FRANQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANQUE

45. La division politique et civile des Gaules, qui avait existe sous les derniers empereurs Romains, disparut et dut nëoessairement disparaître, après l'établissement des Francs en-deçà du Rhin * du moins dans les parties que ces nouveaux peuples occupèrent; car chacune de ces nations Germaniques, indépendantes entre elles et arrivant dans les Gaules avec leurs mœurs et leurs usages sans en connaître d'autres, devait nécessairement continuer à les suivre jusqu'à ce que , par besoin , par intérêt ou par prédilection , elle en eût adopté d'autres.

46. Cette coalition des Germains ne s'est pas faite toute à la fois, si d'une part ceux d'entre le Rhin et l'Elbe, tentèrent sans discontinuer de s'établir dans les Gaules pour y obtenir des terres plus fertiles , d'autre part et à partir de la conquête de Jules Caesar , c'est-à-dire , un demi siècle avant l'ère chrétienne , les Romains avaient exaspéré ces peuples par leur ambition et leur goût pour les conquêtes et par les massacres et les ravages que leurs armées avaient exercé dans les contrées

transrhënaaes, sous prétexte d'en punir les peuples pour leurs invasions dans la Belgique.

Mais toutes ces entreprises des Germains étaient tumultuaires et isolées ou , tout au plus , partagées par des nations voisines ; elles n'ont commencé à prendre le caractère d'une confédération , qu'au fur et à mesure que lexpérience leur apprit qu'en combattant isolément la puissance colossale des Romains, ils devaient continuer à être vaincus tousCO.

Après l'assassinat de Caesar au milieu du sénat , la guerre civile ayant éclaté, les Germains saisirent cette occasion pour passer le Rhin et se jeter dans les Gaules ; mais Auguste ayant obtenu , par le traité de Brindes conclu avec Marc Antoine , les Gaules pour son lot , il en chassa les Suèves et les Sicambres qui y avaient fait irruption par le Haut-Rhin ; il retint et repartit dans l'intérieur ceux qui se rendirent; Frankenthal ou la vallée des Francs, à l'embouchure du Neoker, en est encore un vestige; mais il obligea les autres de repasser la rivière l'Albis (2) ; plus bas nous indiquerons la situation de cette rivière.

Sous Tibère , il se forma une autre confédération sur le Bas-Rhin; elle était composée des Morses, des Tubantes, des Bructres, des Tenohtres et des Ustpètes; c'est-à-dire, des Frisons , des peuples de l'Over-Yssel , de la Westphalie et du comté de la Marcq (').

Vers le même temps, les Cattes et les Chérusques, qui faisaient partie des Suèves et demeuraient entre le Necker et le Rhin, avaient passé le Haut - Rhin W. Germanicus défit

(1) Tacitb, m vita agricol. C. 12. — (2) Soitor. iii Aqgubt. C. 21. (S) Tacitb, Annal. Lib. 1, C. S6, 50, 61 et 60. — (4) Ibîd. G. 56.

DB L*ANCISNKE BELGIQUE. 87

ceux-ci , et , pour empêcher par une diireraion que ceux du Bas-Rhin ne se coalisassent avec ceux du Haut-Rhin , il eni^oya Caecinna yers l'Ems ayec ordre de mettre tout à feu et à sang entre l'Ems et la Lippe (0; quelle horreur !

L'histoire ne nous apprend pas que les Germains des deux càtés de la Lippe aient encore feit cause commune et a^ de concert depuis cette expédition de Caecinna ; car, sous Néron , nous Toy ons se former une nouyelle confédération , à la tète de laquelle étaient lesTenchtres et les Bruçteres; elle se composait des nations ultérieures ( relativement à la situation de la yille de Trèyes, où Tacite écrivit) , uUeriores nationes sooitis betto (^) , c'est-à-dire celles qui étaient en avant vers l'Ems et le Wezer ; car les Cattes sur le côté de Trêves étaient trop puissans pour ne pas y être spécialement désignés et trop forts pour être sous les ordres des Tenchtres et des Usipêtes , s'ils eussent été de cette confédération.

Ainsi , toutes ces nations Germaniques paraissent avoir dèslors , été divisées en deux branches que séparait la Lippe; et, lorsqu'elles ont adopté dans la suite le nom commun de Francs, on les aura distinguées par Francs SaUens et Francs Ripuai^ res. Mon opinion qu'il faut prendre la Lippe pour ligne de démarcation , reçoit encore un appui de la règle de critique , adoptée par les antiquaires, que l'ancienne dànarcation des diocèses indique la démarcation des anciens peuples; or, la Lippe forme , en général , la démarcation de l'évéché de Munster W.

Les SalienSy les Quades, les Tenc/Ures et les Usipêtes avaient

(1) G. 60. — (d) Tagiti, Annd. Lib. 18, C. K6.

(i) y. aussi Aeiasd. SS. B^. Tom. 3, p. 26 etseqq. et p. 8K , N« 18.

88 PRiCIS TOPOGRAPHIQUE

demeuré en Saxe a^ant de se porter sur le Rhin (0 ; on les appelait indifféremment Saxons et Frcmos (^) : or, nous avons TU , par la chronique de Klaas Kolyn et par Melis Stoke , que tout le pays depuis Nimé^e jusqu'à la mer a été appelé Nedersassen ou Basse-Saxe; cette remarque donne un nouyel appui à la séparation des Saliens et des Ripuaires par la Lippe, et elle nous prévient en même temps , que tout ce qui est dit des guerres que les rois Carlovingiens ont soutenues contre lea Saxons , et des Saxons qui ont été tranférés en Belgique sur les côtes de Flandre , s'entend de tous les peuples Germaniques qui , sous le nom général de Saxons, avaient demeuré sur la rive droite du Bas-Rhin , et après l'avoir passé , étaient venus de gré ou de force s'établir dans la Ménapie , la Morinie et les Gampines.

Les Saliens qui étaient aussi Saxons, avant de s'établir dans la Belgique , se sont emparés du pays des Bataves et des iles des bouches de la Meuse (^) et jusqu'à la mer (^); ils vivaient, dans ces marais, contigus aux Arboryches W. ce Hic sunt « paludes, ubi quondam habitarunt Germani, qui Franci <i nunc appellantur; gens barbara et initio parum spectata; fi horum sectes contingebant Àrborychi^ cum reUqua omnt <c Gallta atque Hispania Romanis jampridem subditi • » Il n'y eut plus qu'un pas à franchir , et ils le franchirent pour venir s'établir dans les Gampines , ou l'empereur Julien leur accorda des établissemens (^). Ils touchaient d'abord , selon Procope , du Levant aux Thortngt; peuple dont le nom embarrasse

(1) D. BooQUBT, Tom. 1, p. 578. — (S) Ibid. p. 561.

(3) Ibid. Tom. I, p. 561, 578 et 579. —(4) Ibid. p. 7S1.

(5) Pbocof., de Franciê, C. 12. — (6) Ahhia. Mabcbll«, Lib. 17.

encore tellement les sayans qu'ils hazardent de corriger le texte de Grégoire de Tours (0 ^ et de substituer Tungria et Tungros à Thoringta et Thoringos, dont Grégoire se sert (2).

47. Mais cette imposante difficulté me parait résolue par Procope lui-même , parce qu'il ne parle pas du Landgravtaû de Tkuringe mais d'un payg que l'empereur Auguste avait concédé à des Thoringtens . « Secundum quos ad orientem ^ ce Thoringï concessam sibi ab Augusto Cœsare, imperatorum « primo , regtonem incolebant. » Ces Tharingi n'étaient donc qu'une colonie; elle était établie dans le duché de Bergh, 011 avaient demeuré les Ubtt ^ avant que l'empereur Auguste ne les eût transférés à Cologne (^) ; hors ces terres des Ubiens ^ quelles autres aurait-il pu donner au-delà du Rhin?

48. Les Francs Ripuaires ou Ripuariens demeuraient depuis l'embouchure de la Lippe jusqu'à Baie ; on les distinguait des Francs Saliens par leur situation; le nom de Frcmcs n'était pas le nom d'une nation, mais celui d'une confédération , et cette coalition consistait en deux branches , qui n'ont été reunies que sous Clovis, en 507.

La première branche, celle des ScUiens, avait empi*unté son nom de la rivière la ScUle ou la Salz, en Saxe; l'autre du Rhin, que les Romains appelaient Antonomastioé ^ Ripa (^).

Les Saliens , consistant en peuples venus des rives de la Salle ou Salz , s'étaient établis aux embouchures de la Meuse, comme on vient de le voir par Procope; là ils se sont confédérés contre les Romains sous le nom collectif de Francs.

(1) Lib. 3, C. 9. — (S) D. Bodquit, Tom. S, p. 166, note h.

(8) Suet in /fugusi. C. 31. ~ (4) Tacitk, Annal. Lib. I, C. 86, 57 et 59,

90 PRÉCIS TOPOGRAPHIQUB

Les Cattes , qui étaient des Suèvesj occupaient la ligne de la Lippe à Bâle avec plusieurs autres peuples de la riye droite du Rhin ; ceux-ci conclurent une pareille confédération contre les Romains; et soit qu'on eut donné à ces deux confédérations le nom de Francs ^ par sobriquet , soit qu'elles aient pris ce nom d'elles-mêmes , toutefois on les a distin^ées en Saltens et Ripuaires.

Mais les Mattiaci faisaient partie des Cottes^ et suiyant Sidonius, in panegyrico Aviti, les Cattes demeuraient sur la rivière VAUm.

« Chattamqae palustris

«( Alligat Albiê aqua

Elle formait même la lig^ne de démarcation entre le territoire Romain et la Germanie, suivant Claudianus, in laud. StUicon :

<c • . • • Mediumque ingressa per Aifnm « GalJica Franeorum moates armenta pererrant.

C'est ce que Tacite assure encore plus positivement , lorsqu'il met dans la bouche de Segestes, chef des Cherusques, ce discours à ses troupes : <c que les Germains ne pourront ce jamais se justifier , s'ils souffrent que les Romains exercent « un seul acte de pouvoir entre le Rlun et VAlbis. » Homines Gemumos nunquam satiê eafcusaturos , qtiod inter Albim et Rhenum virgas et secures viderint (0.

49. Quelle était donc cette rivière Albis? l'Elbe aussi s'appelle Albù ; Auguste a chassé au-delà de VAUns les

(1) Tacite, Annal. ^ Lib. 1, G. KO.

BE L*ANCIBNN£ BELGIQUE. 91

Stièyes, qui étaient tombés dans l'Akaoe ; il ne peut donc pas être question dans tous ces textes de VElbe W ; l'abbé du Bos et dom Bouquet l'ont bien senti aussi ; c'est pour» quoi, le premier a pris Y A Ibis pour une petite riTière des Ârdennes , appelée VÀlve ; qui se perd dans l'Ourte ; et l'autre s'est rapporté à cette opinion (^) , mais ces deux sayans n'ont pas remarqué qu'ils plaçaient ainsi les Gattes dans les Gaules.

Cependant cette riyière, qu'on na pas su indiquer jusqu'à présent, est clairement indiquée par Tacite (3). « In herman- <c duris, dit-il, AUns oritur; flumen inclytum et noyum ohm^ €€ nunc tantum auditur. » Elle ayait été anciennement trèscélèbre, apparemment, lorsqu'elle formait le bouleyard de la Germanie ; mais du temps de Tacite , elle n'était presque plus connue que de nom , et , du temps de Sidonius , elle ne formait plus que des marais , palustris aqua.

Toutefois elle consenre encore présentement son nom d'Albe et se trouye marquée dans les cartes de De Tisle , en la partie qui représente le cours du Rhin , depuis Strasbourg jusqu'à Worms; il y marque sa source in hermanduris^ dans le marquisat de Bade, entre Wildbach et Eberstein, d'où elle prend son cours par Muhlberg pour tomber dans le Rhin un peu au-dessus de Fockenheim.

Je pense ayoir ainsi fixé un point très -important pour l'intelligence des historiens , qui ont écrit sur les Gaules.

50. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner comment les Francs sont entrés dans la Belgique ; ce point important sera traité dans la seconde partie de cet ouyrage. Il suffit de dire qu'en

(1) VALB8Uii.,p.8â. — (l}D.BoiiQUBT,Toin.I, p.807.— (S)DeM.G. G.41.

92 PRÉCIS TOPOéRAPHIQUK

y arrivant ils n'y trouyèrent pas seulement les Belges disposés à se joindre à eux , mais aussi les Lœti.

On a beaucoup écrit sur ces Lœti. Du Gange les prend pour une nation du nord; l'abbé du Bos leur refuse le titre de nation ; il les prend pour des colons censitaires ou colonsmanouvriers, qui étaient joyeux, Lœti, parce qu'ils étaient oontens : Wendelinus trouvant que leurs terres étaient appelées terrœ lœticœ , fait dériver ce nom du mot flamand hdigh, pour désigner des terres désertes, en repos ou en jachères. Le savant Bollandiste Henschenius , semble adopter cette étymologie forcée (0.

Mais ni les unes ni les autres ne sont recevables, et s'il fallait déterminer la signification du mot Lœti par la voie d'une étymologie , il faudrait, d'après l'ortographe romaine, la faire dériver du mot Laîii, parce que les Romains n'ont pas connu les diphtongues et rendaient notre œ par ai, en écrivant Kaisar pour Cœsar, Mensai pour Mensœ et prononçant cette diphtongue comme les Flamands prononcent l'y (^) .

J'ai déjà dit (N^ 42) que ces Lœti étaient. des Limitanei Miliie$, et consistaient en trois espèces; la première en prisonniers de guerre faits sur les Germains; la seconde en Germains , auxquels on avait accordé des établissemens dans les Gaules ; et la troisième en soldats romains , qu'on avait réduits au rang des Lœti et envoyés dans ces colonies frontières, par fDrme de punition , tous , pour peupler et défricher les landes des Gaules et en défendre les frontières contre les barbares de la Germanie , qui menaçaient l'empire par le

(1) Aeta 80i. SS. Belg. — (2) Ibid. Tom. 1 , p. tl2.

DE L*ANCUl(NS BELGIQUE. 93

Rhin et par la mer ; c'est ce que je vais développer, aprè» avoir fixé la yéritable orthographe et signification du mot bstîM au milieu des variantes qu'il offre.

Les manuscrits , selon le docte Godfroid (<) , portent indifiiéremment Uettês et liiw^ et, dans ses notes sur les L. 10 et là du même titre , il a rassemblé toutes les notions propres à fixer la qualité de ces hommes.

Ce mot est Tudesque; c'est le mot leid des Germains ou Teutons; les lois Salique, Ripuaire, Frisonne et Lombarde ont été rédigées en latin , on trouve le mot leid latinisé par ceux de Udus et litus; la femme d'un Itdus y est appelée lida (^); cela prouve donc que, pour latiniser le mot leidj on lui avait donné une terminaison latine en us; les Romains en usaient ainsi , lorsqu'ils avaient à rendre un mot tudesque , dont ils n'avaient pas le mot équivalent en latin ; c'est ce que Tacite C) appelle interprUatione Rotnana. Ces Lidi ou Liti sont distingués, dans les capitulaires des nobles, des ingénus et des ser£s(^); ils ne jouissaient donc d'aucun droit civil , n'ayant aucun état; mais on voit par le prœcepêum de l'année 834 W , que c'étaient des colons qui demeuraient sur les terros d'autrui , « homines il ipsorum , tam liios, quam et ingenuos super eorum terram (c manenies; » or, dans toute F Allemagne, ces hommes sont encore nommés leiden, luyden; en Flandre luyden^ laeten; en Angleterre , au XIY^ siècle , les fonds tenus à rente foncière, s'appelaient encore terrœ leticœ W , et en Flandre , les justicia» blés d'une cour foncièro, c'est-à-dire de basse justice, à raison

(1) L. 12, Cod. Tbbod. , dé Feîeraniê.

(2) Gap.Tora. 1 , Col. 16, 8t , 87, 88, 258, 378, 292, 298, 81 1 , 818, etc.

(8) De M. G. C. 48. — (4) Tom. 1, Co). 288, C. 15.

(8) Cap. 684. — (6)Dn Catoi, verbo leta.

de leur tenure à rente foncière, portent encore le nom de laeten de tel ou tel seigneur; il n'est donc pas étonnant qu'on ait donné le nom de Lidi ou Liti, latinisé, à tous ceux qui étaient connus chez les Germains sous le nom de leiden ou latten, puisqu'ils demeuraient sur les terres d'autnii à la charge d'une rente foncière à servir au sénieur des fonds; et attendu que ces leiden, comme emphy téotes forcés, ne deyaient pas moins défendre , avec les armes, la personne et les biens de leur seigneur, auxUio et consUio , que cultiver les terres colongères de leur tenure , le nom de Lidi, Liti ou Laiti était bien véritablement le seul nom propre qu'on avait pu donner, à ces trois classes d'hommes , auxquels on avait concédé des terres , à la charge de les cultiver et de défendre les frontières de l'empire.

Jules Caesar n'avait jamais souffert que les peuples Germaniques vinssent s'établir dans les Gaules ; Auguste avait suivi une politique opposée d'après le conseil d'Âgrippa ; ses successeurs ont suivi le même système, et du temps de Julien l'Apostat , il y avait déjà un nombre incalculable de Germains établis dans la Belgique, tnnumera Germanortim muliiiudo, comme il le mande dans sa lettre aux Athéniens. Probus et Constantius Chlorus, en ont peuplé toute la partie de la Flandre , depuis Courtrai jusqu'à la mer et toute la côte maritime jusqu'à Anvers et en Zélande(^); St. Eloy y convertit plusieurs Suèves et barbares (^).

L'établissement de la première classe de ces Leti dans les

(1) Suet in AugostOy C. 12; — Miyir, ad ann. 6M. — Rlctt, Histoire cHi. f» 187, W «1.

(2) V. inon Mémoire sur l'origine des Beiges,

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Gaules, saToir des prisonniers Germaniques, se prouve par une infinité de textes; mais celui qui réunit, tout à la fois, la preuve de leur établissement et du but de cette politique, se tire de Vopiictis, in Probo. Probus après avoir battu les Francs sur la fin du III*' siècle, écrit au sénat : « ago Diis immortalibus ce gratias , Patres Conscripti , quia in me judicia vestra com- €i probarUnt. Omnesjam barbari vobis arant, vobis serviunt <( et contra interiores nationes mtlttanû. . . . arantur Gallïcana ce rura bobus barbaris et Ju^ga Germamca praebent captiva ce colla nostris cultoribus ; pascuntur ad nostram alimoniam ce gentium pe(K>ra diversarum, equinum pecus jam nostro ce fcecundatur equitatu. »

L'établissement et le but de la seconde classe des Leti se prouve aussi spécialement par le pané^rique de ConstantinleGrand , en son histoire d'Eumenius, comme celle de Probus, de Maximianus et de Gonstantius Chlorus, nous apprend, qu'ils ont attiré du fond de la Germanie des peuples et leur ont accordé des terres dans les Gaules , ce ut, dit Ëumenius , in ce desertiê Gallise re^onibus, collocatas, et pacem imperii ce cuUu juvarent et arma delectu, »

La troisième classe est indiquée par Dio CassitiêO) -y* c'est celle des soldats que , par punition , on envoyait dans ces colonies des frontières. « Cum milites non moderatius se gérèrent, ce non nullos ex ipsis , qui natu erant maximi , in GalUam in ce colanias Caesar dimisit. »

Cette preuve de Dio Cassius rectifie l'opinion du célèbre Heineccius , dans le vocabuUvriurnjtiris de vicat, au mot Lœti, où il semble n'approprier ce nom qu'aux seules colonies bar- Ci) Lib. 40.

bares; cette opinion, si elle a ëtë yéritablement telle, ne saurait se soutenir pour les Lœti Batàvi, Lœti Nervit et tant d'autres peuples Belgiques, qui se trouvent nommés dans la notitia dUgnit. tmperii; car n'alloi]% pas croire que le nom de Bataviy Nervit, etc. était donné à ces Lœti, parce que leur colonie était stationnée chez les Balayes , les Nerviens , etc. , non : ce nom était ajouté pour indiquer la nation des hommes , dont chaque colonie des Laeti était formée; et la preuve irréfragable en est que, dans cette notitia, on trouve les colonies des Lœti Batavi et Suevi dans la Lyonnaise seconde^ celles des Sarmates à Poitou , à Cher, près de Paris , etc. , et celle de Langres établie dans divers endroits de la première et seconde Belgique joer diversa dispersorum. Ces Laeti de peuples Belges et Gaulois , n'étaient plus au V^* siècle , époque de cette notitia, réputés barbares, par les Romains; car il y avait déjà trois siècles, qu'ils avaient été civitate donati; il faut donc nécessairement que ce fussent des Belges et Gaulois, qui à raison de leurs insurrections continuelles contre les Romains , ou pour d'autres méfaits , avaient été réduits à la condition de Lœti comme en agissaient les Romains envers les soldats Romains.

Il existe de ces colonies de Leti barbares encore plusieurs vestiges en Flandre , notamment depuis Courtrai jusqu'à la mer, où St. Eloy en convertit tant; j'en ai rassemblé bon nombre dans mon Mémoire sur l'Origine des Belges , en voici quelques-uns :

Sweveghem, demeure des Suèves;

Sfoevezeele, salle ou tribunal des Suèves;

Torhout, forêt du dieu Thor;

Odelem, siège du dieu Oden;

Cat'Zand , sables des Cattes ;

Quad^Tpres, Ypres des Quaden;

Qiuid^Mechelen, Mechelen des Quadet;

Dudzeel ^ saile des AHetnands ;

Ruys4ede, ruisseau des Russes;

Ruysbroek, pâturages des Russes;

Winnemlale, vallée des Wintdt;

Denderwindick , Winntdt de la Dendre;

Schddewindick y Wtnnidi de l'Escaut;

Rhyn^Bosch, foret du Rhin;

Gulick piUten, marais de JuUers;

Voyez encore les Acta SS. Belgiii^).

La notitia dignit. imp: ajoute , comme nous l'avons déjà remarqué , que ces Lœti étaient répandus parmi les regnicoles, per dïversa dispersorum; la politique l'exigeait ainsi pour prévenir toute coalition entre ces barbares ; ces regnicoles ou anciens habitans étaient libres , mais ceux d'entr'eux , qui avaient été réduits à la condition de Lœti, ne l'étaient plus , soit qu'ils fussent stationnés dans leur pays, soit dans un autre; c'est ce qui explique les monumens de cet âge, qui font sans cesse mention de Nervii Lœti ; de Suessiones; de Leuci Lœti et de Nervii^ Suessiones, etc., Uberi (^).

51. On trouve encore des vestiges de cette dispersion des Lœti y en flamand laeten, dans les châtellenies de Bruges , dTpre, de Bailleul , de Cassel et autres de la West-Flandre , qui sont précisément les lieux où St. Ëloy a aussi converti tant de ces Suèves , Frisons et autres barbares C^).

(1) Tom. 1, p. 301. — (2) Pliiiiob, apud Dora Bouquet, Tom. 1 , p. 56* (8) Acta SS. Belgii, Tom. 3, p. 281 et S37.

La matricule ou transport de la Flandre de l'année 1517(0, en nomme plusieurs; tels, entre autres, que les

Lœten de SwevezeelBy de Knesselaere;

Wïnnendate, Loppem;

Torhout, Tillighem;

Odelem, Wulfsberghe;

Erkeghenij Werkenne ;

Ruddervoorde , Cortemarc.

Je n'ai pas besoin d'outrer la chose pour trouver dans tcmg une origine de ces anciens Lœti barbares , parce que je sais bien que le nom de Laeten est commun à tous les redeyables de rente foncière . et que présentement , tous ces lieux forment des endayes seigneuriales, dont on appelle les habitans les Laeten d'un tel ou tel seigneur.

Mais c'est cela même qui confirme ma thèse; car d'une part, on ne saurait sans doute disconvenir que la trace de cette origine ne se manifeste dans les Laeten de Swevezeele et Winnendale, et que tous ces lieux ne se trouvent précisément, dans VancienneFlandra^ où nous allons voir tantôt toutes ces nations Saxonnes séparées du Metnpiscusj d'autre part, lorsqu'on se rappelle , que l'origine des seigneuries en général , se rapporte à l'époque d'Hugues Capet, qui a rendu héréditaires, cum jurisdictione assueta ^ les grands et petits ressorts de jurisdiction , que les fonctionnaires publics avaient exercée jusqu'aloi*s au nom du roi, il est assez probable que les lieutenans et sous-lieu lenans des Prœfecti Lœtorum se seront approprié ou auront obtenu l'hérédité de leur ressort sur les Lœti, comme

(A) Place, de Flandre, Liv. 1, f» S68.

l'ont obtenu les yicaii^s et centeniers des comtes sur les portions respectives de leur ressort royal; et ce qui Tient encore plus à l'appui de cette opinion , c'est que le ressort de tous ces Laeten s'appelle encore AmbcLcht , qui est un mot teutonique , signifiant un ressort administré par un juge établi par le rof (0; c'est ce que le savant jésuite Henschenius parait avoir aussi remarqué , puisqu'il entend par les /mon^^ que St. Eloy a convertis, les habitans des quatre Ambachten d'Hulst, Axel, Assenede et Bouchante (2).

52. Maintenant il est aisé de connaître quel est ce Pagtu Letùnis , dont il est si souvent parlé dans nos chartes du moyen âge , et dont personne n'a pu , jusqu'à présent , indiquer la situation.

n est placé par quelques-uns , parmi lesquels le BoUandiste Henschenius , sur la Lys en Flandre , que les uns appellent en latin Legia, et les autres Lœtia; mais ce n'est là qu'un argument tiré de l'étymologie qui , peu décisif par lui-même , jette les partisans de cette opinion dans un labyrinthe; car lorsque , d'après leur système, ils nous veulent donner ensuite la topographie territoriale de la Flandre , ils rencontrent à tout instant dans leur Pagus Leticus des villages que les chartes particulières placent formellement dans la Flandre et ailleurs , comme on peut le voir dans le Mémoire couronné de Des Roches y en 1770 , et dans les Acta SS. Belgiide Ghesquierei^).

Mais cette situation simultanée dans deux Pagi, distincts , tout en formant une confusion manifeste de Pagi , prouve évidemment , qu'il est impossible que le Pagus Leticus ait pu

(1) Voyez ci- après, Liv. 4, Ch. 2.

(S) Âda SS. BOg. Tom. 8, p. SSl et 287. — (S) Tom. 2 , p. 400.

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consister en uq Pagus territorial conglobé, comme Tétaient les Pagi Flandrensis, Adertistis^ Taravanensis , etc. ^ <pii formaient des divisions capitales du royaume; il faut donc qu'il ait consisté en un Pagus Jurisdictionnel ou un gouverne^ ment sur les Lœti^ répandus et disséminés per diversa loca dans les divers Pagi territoriav-x , tant dans le pays des Menapiens que des autres.

Voici le fait ; sous l'empire Romain , il y avait sept préfectures de Lœti dans la Bel^que^ dont chacune avait son ressort, non pas territorial mais personnel , sur les colonies des Lœti^ stationnées dans les divers comtés civils et libres; de manière que les cantons ou quartiers qu'occupaient ces colonies , formaient dans ces comtés, ce que nous appelons aujourd'hui enclave.

La l''^ était celle des Lœti de La^igres disséminés dans la première Belgique.

La 2^ celle des Lœti Acorum siégeant à Ivoy.

La 3* celle de Lœtorutn Nervioru/m, siégeant à Famars, près de Yalenciennes , seconde Belgique.

La 4® de Lœtorum Batavorum^ siégeant à Arras , seconde Belgique.

La 5^ celle de Lœtorum Batavontm, Contraginensium , siégeant à Nimweghen, seconde Belgique.

La 6^ de Lœtorum GentHium,^ siégeant h Rheims et Senlis , seconde Belgique.

La 7® de Lœtorum Lagensium^ siégeant à Tongres, seconde Germanique.

Les Francs ont substitué à ces préfectures Romaines^ leurs Pagi et Comitatu^s; aux préfets leurs Comptes; de manière que ce Pagus Leticus n'est autre chose que le Comiêattis Leticus ;

et c'est en efiet aioai que Charles-le-Chauve l'appelle encore dans son diplôme de l'année 877, a simili ter in ipso Comitatu « Letico de villa Reninga ( dam la châteUente de Fumes ) , ce omnem decimam(^). »

Ainsi le Pagtu Letious n'était autre chose que la prœfectura Lœtorum et se composait de toutes les colonies enclayées dans les divers comtés ou Pagi territoriaux , de sotte que , lorsque les chartes indiquent la situation d'une villa ou ferme, ou d'un bois , où d'une pièce de terre avec l'adjonction in Pago LeUco, c'est indiquer qu'elle est située dans le quartier ou endave des Leti; et ceci se prouve encore par la même charte de Charles-le-Chauve , puisqu'il y donne à l'abbaye de Marchiennes la villa Haisnis in Pago LeUco.

Ainsi se comprend sans peine que la situation d'un lieu est indiquée par une charte in Pago Lettco et par une autre in Pago ou Comitatu Tarvanetm, puisque dans ce cas , le Pagtis Letious PBBSONNBL indique que ce lieu est situé dans le Pagus

TBBEITOEIAL DE T^RODANE , aU CANTON OU QUAETIER qu'habitCUt IcS

LiETi comme on dirait à Amsterdam, à Francfort au qua/rtier des juifs, ou, comme on dirait, à Gand, comié de Flandre.

Les historiens ont donc inutilement cherché la situation du Pagus Leticus , soit sur la Lys avec les BoUandistes , soit à Lens avec Miraeus , dans ses notes sur la charte de Charles'4e^ Chauve, puisqu'il n'était situé nulle part; mais il était disséminé dans tous les comtés par enclaves, c'était un gouverfie^. ment^ un Pagus civilts, un ressort.

93. Un autre Pagus de la Belgique, dont la situation leur a pareillement échappé jusqu'à présent, est le Mempiscus ou

(1) Mirai, Tom. 1, p. US.

Menapiscus ^ cependant, faute d'une notion exacte de ce Pagus, on n'a pu donner jusqu'à présent la juste circonscription de l'ancienne Flandre. Ce point historique mérite la plus grande attention, car il est tellement compliqué, que Sanderus, frappé des incohérences et contradictions apparentes , que les diverses chartes présentent , ne balance pas de dire qu'elle» sont inconciliables , à moins de supposer qu'anciennement le Mempiscus et la Flandra n'aient été pris pour synonimes et ne désignent le même pays.

Mais c'est précisément ce qu'il n'est pas permis de supposer, parce que dans l'acte de partage de Louis-le-Débonnaire , fait entre sesenfans, à Âix-la-Chapelle , l'an 837 ou, suivant Baluse en 838, le même lot comprend, le Bragmento (Brabànt), c< Franderes , Mempiscus , Metunenti ( Melati tois ) , Anau c( (Hainaut) etc. (0; » la même distinction entre la Flandre et le Mempiscus se trouve aussi établie dans un autre capitulaire du même prince C^) , en ces mots : « de conjurationibus servo- « rum, quœ fiunt in Flandris et in Mempùco et ccsierts « maritimis hcis. »

On voit par là , que la Flandre et le Mempiscus n'étaient pas synonimes , mais que c'étaient deux pays , non pas simplement distincts l'un de l'autre , mais encore , que chacun d'eux constituait un de ces comtés ou Pcyi majores ou, tout au moins médiocres, comme le Hainaut et le Brabant comprenait les Pagt médiocres et minores situés dans leur circonscription.

Il n'est donc pas étonnant : qu'une charte de l'année 7S2 place Leodedringa (aujourd'hui Lederseele)^ dans le Mempiscu^^^.

(1) Capitul. Tom. 1 , Col. 690. — (2) Ibid., Tora. 1, Lib. 4, C. 7, (8) MALBBAncQ de Morinis, Lib. 4, C. 58; — Maitinb anecd. Tom. 8, Col. 5Î2; — BaïQHGirr, Toin. 1, p. 44â.

DS TANGIENNE BELGIQUE. ^ 103

Que les actes du chapitre de Cassel, de Tannée 1085, placent Cassel in Mempiscoi}).

Et que la chronique de St. Bertin place Merseria et StrazeUa super fluTium Niempa in Mempisco (^) ; quoique tous ces lieux fussent situes dans le Pagtis Tarvannensù . car le Pagus de Térouane étant un Pagus mediocris se trouvait lui-même compris dans le Mempiscus, comme Pagus major.

Par la même raison , une charte de Tannée 847, place la ville de Rtnders et les villagfes à'Ha/rdoye, CokelarCj Lidda, Recohoingahem , Coolscamp, Winghene, Bemhem et Bonart dans le Mempiscus , bien qu'ils fussent situés dans les Pagi Curtracisivs et TorkoUanus , qui étaient des Pagi médiocres ou minorer.

Une contradiction apparente mais plus frappante s'offre dans Rocashem, aujourd'hui Roœem; le père Henschenius et des Roches , rencontrant ce lieu in Theroaldo Luco in Pago Flanr drensi, placent le Pagus Torholtanus in Pago Flandrensi; tandis qu'une charte de Tannée 743 , rapportée par MM. de Brequigny et du Theil , le place in Mempisco (^) ; et c'est précisément cette contradiction apparente , qui ne contribuera pas peu à justifier la délimitation entre la Flandre et le Mempiscus , que nous allons essayer de donner.

Enfin une charte de Louis-le-Débonnaire , de Tannée 8âl , citée par Sanderus W , met SafHnghe, Axel et Tamisch in Pago Flandrensi.

(1) Dis Rocbbs, ^émotir» couronné en 1770.

(!K) Mabtihb, AiMcd. Tom. S, Col. 522 et 524.

(3) Du Rociu, Mémoire couronné en 1770. — Brbquigrt, Diplom. ad Res Franc. Tom, 1 , p. 487.

(4) Fiand. liiuêt. art. Aldenburgum.

Il en est arrivé qu'au milieu de ces contradictions apparentes, les uns ont pris le Mempiscus et la Flandre pour synonimes , jusqu'au IX^ siècle et leur ont donné cette yaste étendue que la Flandre a encore , tandis que d'autres l'ont circonscrite dans les bornes étroites des cantons de Bruges , l'Ecluse , Ardemburg, Middelbourg et Ysendycke W.

Les notions préliminaires que je viens de donner, établissant déjà suffisamment que le Mempiscus et la Flandre ont formé deux divinons capitales ou provinces très-distinctes ; il s'agit présentement de développer cette thèse et de déterminer, autant que possible , les limites de ces deux pays.

Sous les périodes Germanique et Romaine , les Ménapiens et les Morins touchaient à la mer ; nulle mention d'un peuple intermédiaire , ni de la Flandre ou du Mempiscus ; les Flandri sont nommés pour la première fois dans la vie de St. Eloy, par St. Ouen , au VII^ siècle ; et la première mention du Memr pisaes se rencontre dans une charte de l'année 847 , au DC^ siècle W, laquelle le place in territorio Menapiorum, quod Nuivc Mempiscum appellant.

Le Mempisctcs consistait donc dans une partie du pays des Ménapiens qu'on appelait Mempiscus^ et ce nom même du temps de Charles-le-Chauve , était encore récent, puisqu'il dit : QUOD ifUNG MBHPiSGUH appcllaut.

Toutefois, la Flandre et le Mempiscus étaient classés par les Francs dans la classe des pays maritimes de le Ménapie , parce que le chap. 7 , liv. 4 des capitulaires porte : « de a coNJDRATiONiBus qu» fiuut in Flandris et in Mempisco et in « cœteris maritimis locis. »

(1) Âcta sel. SS. Bel. T. « , p. 286 et 287. — (2) D. Bodqbit, T. 8 , p. 488.

DE VANCIENNE BELGIQUE. 106

Mais nous ayons déjà tu que , sous les Romains , toute cette côte maritime formait le Tractu8 ArmorictM et Nervicanus ^ sous le commandement d'un duc , et qu'elle était principalement peuplée de Lœti^ la plupart barbares, chargés de la défense de ces côtes.

Sous Chàrlemagne, nous y trouvons encore cette même préfecture maritime sous le titre de comté , comités ad cu-sUh diam maritimam. deputatt(^)\ et selon Rhenanus, ce capitulaire concerne spécialement nos côtes maritimes, sans cesse infectées par les Saxons , nom général , comme on a tu , qui comprenait les Frisons, les Qtmdes, les Cattes, les Suèves et autres barbares , circa maris littora degentes que St. Eloy a convertis en grande partie au YII® siècle (^).

L'affluence de tous ces peuples Germaniques , qui sont venus sur le déclin de l'empire se joindre à ces nombreuses colonies de Germains , déjà établies sur nos côtes maritimes , me paraît d'abord avoir donné à cette mer le nom d'Oceantùs Germa*' nicusj car je ne vois pas trop quel auti*e motif aurait pu avoir provoqué cette dénomination.

Sans doute , tous ces peuples Germaniques s'y trouvèrent sur le pied de Lœti, aussi longtemps que la domination Romaine a subsisté dans la Belgique , et comme ils demeuraient sur les côtes de la mer, ils étaient naturellement compris sous le nom général d'Armoriques qu'on donnait aux peuples maritimes ; mais aussi , lorsque les Armoriques Belges chassèrent les Romains , au commencement du V^ siècle , il ne peut guères être douteux que ces peuples Germaniques, qui demeuraient comme Lœti circa maris littora dans la Ménapie et la

(1) Capital. Lib. 4, C. 5. — (2) Jeta SS. Belg. Tom. 1 , p. 100.

Morinie, n'aient rompu leurs chaînes et ne se soient formés pareillement en nations libres , sous des chefs de leur nation respective , à l'exemple des autres Belges.

Bien que tous de la même nation, chaque gens ou peuple y eut ses établissemens distincts et son chef particulier, comme ils l'avaient eu dans la Germanie ; Tacite l'appelle princeps ; d'autres l'appellent Reœ, Regtdus, DuXy etc. (^). Les CaUes, qui étaient du nombre de ces colonies , étaient établis dans File de Cadsant et avaient encore des établissemens du côté de Ccusel, puisqu'une charte de l'année 688 , appelle Cassbl Mons Cat-

TORUM W.

Toute cette côte du pays des Ménapiens et Morins , dès-lors occupée par ces colonies de Germains connus sous le nom national de Saxons , depuis Boulogne jusqu'en Zélande , en avait pris le nom de Littus Saaonioum (^).

La côte de Boulogne ou le Pas de Calais, s'appellait Liihis Britannicum (^).

Ce Littus Saxonicum me semble devoir donner maintenant la clef pour trouver la ligne de démarcation entre le Mempiscus et la Flandre:

Ces Saxons étaient venus s'établir dans le pays des Ménapiens de la manière que sont venus s'établir successivement dans la Belgique tous les Germains ; c'est-à-dire , de gré ou de force , occupant les cantons qui leur convenaient ; ils ne

(1) D. BovQuiT, Tom. 2, p. SSS et ,807; — Malbbarcq de Morinis, p. 448 et 589.

(S) jinnal. Bened. Tom. 1 , p. 580.

(8} V. Malbiancq de Morinis, Lib. 2^ C. 27; — Mitibi, Ânnul. et Altirg.

(4) Malbbaitcq, Lib. 5, C. 88.

s'ëlaient donc pas incorpores ni réunis aux Ménapiens et avaient continué à feire des génies ou peuplades à part , dans un même pays qu'aucune puissance souveraine n'avait encore délimité et où la force , suivant Tacite , décidait seule de la possession; mais lorsque les Romains avaient organisé leurs Tractuê et leurs civitates, ces colonies du littoral Saxon n'ont pas été comprises dans l'organisation des cités libres , mais elles ont été soumises à un Gouvernement particulier , celui d'un Prœfectus Lœtorum.

Clovis les trouva dans cet état de colons lorsqu'il entra dans les Gaules ; il s'empara de ces colonies et fit même assassiner deux des chefe de ces Saxons, Cararic et Ragnacaire(0. Or, si ces colonies Saxonnes eussent fait partie des Armoriques , et par conséquent des Ménapiens , il n'eût pu ni osé le faire ; il n'eût pu , parce qu'il n'avait aucun pouvoir sur les Armoriques , qui étaient bien ses confédérés mais non pas ses sujets conquis , comme on le verra dans la suite ; et il ne l'eût osé , parce que les Armoriques étaient plus farls que les Francs ; il s'est donc emparé de ces colonies du Littus Saxonicum , comme d'une propriété domaniale des Romains.

Dès-lors ce domaine royal de Clovis devint un territoire étranger relativement aux Ménapiens Armoriques , qui se maintenaient en i*épublique indépendante vis-à-vis de Clovis et des Francs. Cette section du territoire des Ménapiens en deux parties principales , occupées par des peuples diffërens et diversement constitués , a dû nécessairement donner à la longue une dénomination particulière et propre à chacune de ces deux parties ; et sans pouvoir indiquer l'époque de

(1) Giio. TvKOH, Lib. â , G. 40; 41 et 43.

ces nouveaux noms , je me borne à dire , que je trouTe pour la première fois , celle du Mempiscus , dans le capitulaire de Charles le Chauve , de l'année 847 , qui annonce , en même temps, que cette dénomination est récente c< quod nunc Mempiscum appellant , » et que , dans le partagée de Louis le Débonnaire de Tannée 837, l'autre partie du territoire Ménapien est déjà appelée Franderes et , dans un autre de ses capitulaires, Flandri.

L'existence du Mempiscus ^ comme partie intégrante et distincte du territoire des Ménapiens, étant établie contre les doutes d'Henschenius , de Sanderus et de des Rodies , cherchons-en la délimitation pour accorder, en détail , les chartes, qu'ils ont envisagées comme contradictoires.

Le père Malbrancq nous donne , dans son Histoire des Marins, une carte topographique du pays des Ménapiens et de celui des Morins , tels qu'ils étaient du temps de Charlemagne ; si l'allignement des voies Romaines y est tracée exac^ tement , comme je le suppose , ce savant jésuite nous aura fourni , sans s'en douter , le moyen d'établir avec une grande probabilité , la ligne de démarcation du Mempiscus d'avec la Flandre, qui comprenait ces anciennes colonies du Littus

Saxonicum .

Le Littus Saxonicum commençait , comme il a été dît , à Boulogne et se terminait à l'embouchure de l'Escaut ; or , la carte de Malbrancq trace une voie Romaine de Boulogne i l'Escaut, près d'Anvers.

De Boulogne elle va , par un angle qu'elle forme à Gaines, à Vaganum ;

De là , par un angle et en laissant Leodedringa ou- Ledei^ zeele sur la droite , elle va à Cassel ;

De là, par un autre angle, elle va à Ypres, laissant Pope* rùtghen et Fhteren à gauche ;

D'Ypres , par une ligne courbe^ elle va à Bruges et^ traversant par le milieu la Forêt de Thorout, elle laisse Merkerias et Rokachem à gauche ;

De Bruges , elle va , par un angle , à Orsbmirg ou Arden-^ bourg ;

Et d'Orsbourg , par un dernier angle . elle va aux environs ^ Anvers, qui n'existait pas encore alors , laissant à gauche de la ligne Bot$chaU, Axla et Hulsta, mais Hasnete, présentement Assenede, à la droite.

Je crois pouvoir prendre cette ligne pour la ligne de démarcation entre le Mempiscus et la Flandre ou le littoral Saxon :

1® Parce que les terribles invasions de ces Germains dans la Flandre , pendant les huit premiers siècles , sous les noms de Frisons , Saxons et Nordmannen sont consignées dans toutes nos histoires ; et , comme cette carte offre chaque angle garni d'un château fort , il me semble très-naturel de prendre ces forteresses pour des boulevards d'une ligne de défense contre ces invasions ; cette ligne d'ailleurs est évidemment militaire , puisqu'elle est dirigée constamment sur des confluens de rivières , sur des montagnes et des collines et qu'elle traverse des marais et des forêts ; 2^ On y trouve encore les vestiges des établissemens de ces barbares , connus sous le nom général de Saxons; ainsi, sur la partie de Cassel à Ypres, on rencontre encore Ruysbrœck (pâturages des Russes), Quadr- Ypres (Ypres des Quades), Winneseele (salle du tribunal des Winnidae), et sur la ligne d'Ypres à Bruges, les forets de Wtnnendaele, le Winnendaele Veld ou forêts et champs des Winnidœ, Stcevezeék ou salle des Suèves , et tant d'autres ,

TOHB m. 8

1 10 PRÉCIS TOPOGRAPHIQUB

que le lecteur, en examinant les cartes, peut connaître par luimême ; 3® parce que cette démarcation lèye la confusion que présentent les chartes sur la situation des lieux en accordant la situation indiquée ayec celle de la ligne de démarcation.

Ainsi, d'une part, Leodedringa ou Lederzeele, Sirazeele, Roulers , Hardoye^ Cokélaere, Recohcingaham (Winghene), Bemhem et Bonart, se trouyent bien indiqués dans les chartes ci-dessus mentionnées . in Mempisco , parce qu'ils sont situés sur la droite de la ligne.

D'autre pai*t , Rokashem ou Roxem, quoique situé dans le Pagus Torholtafius j qui était un des Pagi Msdiogres , est trèsbien indiqué in Pago Flandrensi, qui était un Pagus major, parce que Rokachem se trouve sur la gauche de cette ligne ou Yoie Romaine, qui traversait le Theroâlda Lugus ou les forêts de Thorolt et la séparait en deux parties , dont l'une était in Pago jRandrenst et l'autre in Mempisco.

Enfin, les ahbachten de Bottchaute, d^Aarel et dUHu-lst sont bien indiqués , dans les chartes , in Pago Flundrensi; parce qu'ils se trouvent placés dans cette carte de Malbrancq, sur la gauche de la ligne d'Orsbourg à Anvers.

Je dois cependant prévenir une objection que pourrait fournir une charte de la chronique de St. Bertin (0 ; parce qu'elle y semble placer Merserias ou Merkerias in Mempisco , tandis que suivant la carte de Malbrancq, Mercerias se trouve marqué à la gauche de la ligne et par conséquent in Pago Flandrensi; le texte porte : « eadem die Lidericus quidam (( dédit nobis rem suœ proprietatis in Merserias in Pago u Tarruanensi infra Mempiscum mansum cum casa et

(1) Cap. 17, apud Martene , anecd, Tom. 2, G>1. 4S2.

« terram arabilem bonorium unum et journale unum in c( eodem Pago in Hemgassella super fluvium Isara bonaria c( quiûque^ etc. »

Mais l'objection cesse en mettant un point ou une virgule après le mot Tarruanensi; le sens en est alors , ce que Lideric (( a donné sa yilla ou domaine de Merserms situé dans le c( PagtM Ta^rruanensis y consistant en un ma/n9tMn ou manoir c< situé dans le Mempiscus et en cinq bonniers situés à Hemc( gazelle dans le même Pagtis TarruanensiSj » de sorte que ce niansu/my ce bonnier de terre et ces cinq bonniers ne forment que les appendances de la ferme de MerseriaSj desquelles appendances elle indique la situation dans la partie du Pagus Tarruanensis , qui s'étend dans le Mempiscus^ parce qu'il s'étendait aussi dans le Pagus Flandrensis.

Lors donc qu'on yoit cette Toie romaine commencer et finir aux deux bouts du Littus Sawonicum toute cette ligne hérissée de forteresses éleyées par les Romains et les Francs , les Saxons et autres barbares occuper tout le pays compris entre cette voie et la mer , chacune de ces nations barbares gouvernée par des ducs et chefe de leur nation , tout ce Littus Saœonicum gouyemé par un Prœfectus Lœtomm sous les Romains et par des comtes maritimes sous Charlemagne , qu'on yoit enfin , combien la situation de tous ces lieux qui , jusqu'ici , avait paru contradictoire à nos historiens , s'explique et s'accorde avec la direction de cette voie romaine de Malbrancq : je crois pouvoir avancer comme une opinion très-probable , que cette voie romaine trace la ligne de démarcation entre le Mempiscus et le Lithis Saxonicum ; et cette probabilité acquiert un degré de certitude de plus , lorsqu'on compare toutes les inductions que j'ai tirées de la carte de Malbrancq,

avec la description qu'il donne des environs de Calais et la distinction faite entre les Menapios et les FlcmdrinenseM maritimosj par le Chrontcum Watinense du XI* siècle (0, qui parle distinctement de ces voies romaines et de cette ligne de démarcation desJFÏandrinenses maritimos d'avec les Menapios j et de tous ces châteaux forts , dont la ligne était hérissée ; mais ce qui me semble mettre la question hors de tout doute , c'est qu'Eocard auteur de cette chronique , et moine de saint Bertin , dont l'abbaye était située à Cassel , au bas de la montagne , parle dans le N^ 5 , de la Fïandre-Orientale ; il y avait donc deux Flandres , Tune maritime^ qui était nécessairement XOccidentale, et l'autre XOrientaley qu'il appelle Menapia et qu'il proroge jusqu'à la Lys; or, en conférant la bulle du Pape Pascal n, de l'année 1107, avec celle de Caliste II, de 1119, pom* l'abbaye de St. Âmaad(^) , on voit, que tous les villages que la première désigne comme situés in Pago Mempisco, sont désignés dans Tautre, comme situés in Flandris; d'où résulte, que le Pagus Mempiscus portait aussi le nom de Flafidre; qu'il y avait donc deux Flandres et que c'est là la raison , pour laquelle aujourd'hui encore on écrit Flandres en pluriel et que l'on divise encore cette province en Orientale et Occidentale. 54. Le développement que j'ai donné de l'ancienne cir-* conscription du Littoral et du Mempiscus , me paraît maintenant fournir des renseignemens curieux sur la véritable histoire de nos Forestiers fabuleux, que nos chroniqueurs font passer pour nos premiers comtes de Flandre et dont ils racontent tant de choses merveilleuses et contradictoires.

(1) Apud Martene ihes. nov. anecd. Tom. S, Ck)l. 8SQ.

(2) H»M, Tom. 2, p. IIS! et 1155.

Les BoUandistes , Paquet et tous les écrivains de quelque mérite traitent l'existence de ces forestiers de fabuleuse ; et je la regarde aussi comme telle , mais toute la mythologie n'est qu'une feble , et néanmoins au fur et à mesure que les savans déroulent les voiles qui ont caché plus ou moins l'origine des temps fabuleux , ils commencent à nous en donner l'histoire véritable. N'en est il pas de même de nos forestiers? cette fable ne cache-t-elle pas une vérité que plus de seize siècles ont obscurcie et altérée? J'ai de la peine à croire, qu'elle ait été inventé et brodée à plaisir; j'ai toujours pensé que des événemens plus ou moins analogues doivent avoir donné occasion à la naissance de ces récits merveilleux et tout à la foi peu concordans.

Je sais bien qu'on oppose à cette fable le capitulaire de Charles-le-Chauve de 844 W, par lequel il établit des Mwatica ou Commissariats dans les Pa^ de Noyon , de Yermandois , de l'Adertise , de Courtrai et de Flandra qui formaient le comté d'Engelram; et qu'en 854, il homologue la donation faite à l'église de Touraai , d'un marais in Pago Flandrensij d'où l'on a conclu et avec raison , qu'à moins d'avoir été souverain du Pagus Flandrensis, il n'eût pu y établir des comtes et y faire des actes de pouvoir royal; l'existence des forestiei^ souverains est donc incompatible , dit-on , avec la souveraineté de Charles-le-Ghauve sur la Flandre.

Mais ce raisonnement, si décisif en apparence, pèche par la confusion des époques.

Les colonies des Saxons s'étaient établies sur nos côtes maritimes avant la conquête des Romains; c'est une vérité reconnue

(1) Capitul. Tom. î, Col. 69.

par Meyerus et Sanderus. Chacune de ces génies de la nation Saxonne y vivait sous le commandement de son cheS^princeps, comme elles vivaient au-delà du Rhin , suivant le témoignage de Tacite; les Romains ayant conquis la Belgique y ont établi les Tractas et entre autres celui d'Àrmoricani Ltltorts ^ qui comprenait ce LitPus Saxonicum; ils y ont institué ces préfectures des Letiy dont je viens de parler, et ils ont laissé ces colonies sous le commandement immédiat de leur chef national respectif, ainsi qu'avaient fait Auguste et Julien l'Apostat envers les Sicambres et les Saliens, qui étaient venus kx uisula, cum Rege suo ui Toxàndriàm ; après la chute de l'empire Romain dans la Belgique , on a vu encore que Clovis s'est emparé de ces colonies , et qu'il en a même assassiné la plupart des chefs , entr'autres Gararic , dans le pays des Morins et Regnacaire. Les Francs, qui étaient Germains et en grande partie aussi Saxons , ont laissé aux peuples conquià ou confédérés leurs lois, leurs mœurs et leurs usages, se contentant de la souveraineté ; ils ont donc laissé à ces colonies établies depuis tant de siècles , leurs Dtices ou Regulos nationaux , comme ik gardaient eux-mêmes les leurs entr'eux \ mais , en même temps, ils y ont établi un gouverneur supérieur sur toute l'étendue de la côte maritime , en remplacement de ces préfets romains , qu'ils ont appelés dans leur langue Saxonne Gréven ou COMTES ; ce comté supérieur, suivant les règles de l'organisation du Tractus romain , comprenait plusieurs comtés particuliers et spécialement les divers comtés moyens , destinés à la défense des côtes maritimes du Ltttt^ Saxonicum; tel était le comitatus Engelrami sous Gharles-le-Ghauve , lequel comprenait plusieurs moindres comtés , tels que les Flanderes , le CurtrecisiiSy YAdertisus, etc., qui tous formaient ces comtto/i^

DE L*ANGIENNE BELGIQUE. 1 1 5

ad custodiam ma/ritirnani deputatos^ et qui étaient confia encore , comme du temps des Romains , à ces chefs des Lbti ou colonies Saxonnes. Sanderus rapporte même sur la foi de Paul Emile , que Lideric II , a été établi par Charlemagne , commandant en chef de la côte maritime Belgique , et chargé de protéger les Saxons qui y étaient établis; il en nomme d'autres encore , tels que Goldtierus chez les Morins , FlandùbertuSy Odoiwer, Gondegorius^ Raganarius (forte Ragmwor' rtu9 dont parle Grégoire de Tours) et Phimbertus, en Flandre, qu'Oudegherst croit ayoir été préfets de Tértyuane, princes de Bucj et comtes d'Harlebeque,

Sans m'attacher à tous ces détails , que je regarde comme plus ou moins fabuleux , je n'en tire d'autre conséquence , sinon , que ces Saxons se trouvaient encore établis sur le Ltttus Saxùïdcum, sous leurs chefs respectifs et sous un préfet royal maritime , du temps de Charles-le-GhauTe ; et en effet Grégoire de Tours (1), raconte qu'un Odoacrius , qui était Dux Scbxo^ nvmfiy Tint, en l'année 463, avec ses Saxons , à Orléans au secours de Childeric.

Tout ceci me fait croire que ces forestiers fabuleux ne sont autre chose que ces Dnces Saxonum , ces chefs nationaux des colonies Saxonnes , qui s'étaient établies sur le Littus Sa^oni^ cumy à une époque qui se perd dans la nuit des temps^ et qui s'y sont maintenus sous les Romains et sous les Francs , comme comtes ou officiers royaux, jusqu'à l'époque d'Hugues* Capet, qui a rendu tous ces offlces héréditaires.

L'existence de ces soi-disant forestiers et leur idendité avec ces PRINCIPES , DUCES OU chcfe des Saxons , se prouvent encore

(1) Lib. 2, Col. 18.

d'une manière plus courte , que voici : il est certain , que ces Saxons ont été établis sur le Littos Saxoniguh ou ancienne Flandre , dès avant Tépoque romaine ; il n'est pas moins certain que les Romains et , après eux les Francs ont eu la souveraineté de ce littoral , tout au moins jusqu'au règne de Charles-Ie--Chauve et de Baudouin Bras-de-Fer ; il est donc incontestable que ces chefe des Saxons sont les premiers qui , sous la souveraineté des Romains et des rois Francs , ont gouverné le Littus Saxonicum et par conséquent la Flandre ; qu'importe donc, le titre qu'ils ont portés ou que le vulgaire leur a donné? il suffit qu'on ne puisse assigner, pendant les huit premiers siècles , d'autres gouverneurs de la Flandre que ces chei^ des Saxons ; le titre de foreitier est même un titre ^officier et non pas celui d'un souverain^ il s'accorde donc avec la souveraineté des Romains et des rois Francs , dont ils étaient les officiers royaux, et celui de forestiers s'accorde avec la nature du Littus Saœomcum , qui consistait , dans ces temps, en forêts, que ces Saxons en leur qualité de Leti étaient chargés de dérober pour rendre le sol à la culture , comme je Tai prouvé ci-dessus (N^ 50).

Cette première origine véritable ayant été ensevelie dans Toubli , comme toutes celles du berceau des nations , il n'en restait plus que des idées confuses à l'époque où nos premiers chroniqueurs ont commencé à rassembler leurs premiers matériaux, et c'est sur ces notions confuses que nos premiers annalistes ont fabriqué toutes ces fables; l'histoire des premiers siècles de Rome n'est elle donc point aussi réputée toute fabuleuse, de l'aveu même deTite-Live, son plus éloquent historien?

L'on découvre même la preuve de cette confusion dans l'histoire de nos soi-disant forestiers ; nos historiens , en effet ,

DE rANCniINX BELGIQUE. 1 17

ne sont d'accm*d ni sur la succession de ces forestiers , ni sur le siècle dans lequel ils auraient régné.

Il ne panât pas douteux d'ailleurs ^ que cet Od4mcrms dont parle Grégoire de Tours , dans l'année 463 , ne soit le même Odocbore que Sanderus (ait passer pour le septième forestier, et qui serait mort en 837 et enterré dans l'église d'Harlebeke , tandis que cette église ne date que de l'année 1063 ; il nous donne pour sixième forestier un Engelraninus^ sans indiquer l'époque où il a yécu ; mais comme il le place après Lideric II , dont il fixe le décès en 808 , il le rapproche assez pour l'identifier avec le comte Engelram de Charles-le-Chauve , en Tannée 844 ; et alors , comment peut-il placer pour septième forestier cet Odoacre dont il fixe le décès en 837, et auquel il donne pour fils Baudouin , ditBras*de«FerP c'est même ajouter encore à la contradiction que de faire passer tous ces soi-disant forestiers pour les premiers souverains de la Flandre, tandis qu'il est incontestable que Baudouin Bras-de^Fer a reçu le comté de Flandre de Charles-le-Chauye et qu'il n a pu l'obtenir qu'à titre dihonor, c'est-à-dire de bénéfice, puisque l'hérédité des comtés ne date que de plus tard , comme il sera démontré dans la deuxième partie , au chapitre des bénéfices et des fiefs s tout ceci semble m'indiquer que l'existence de ces forestiers, comme ducs des Saxons, est yéritable; mais que la série de leur succession et de leur existence comme comtes souverains de Flandre est fabuleuse.

55. Mais pour avoir déterminé la ligne de démarcation entre le Mempiscus et le Liitus Saxonicum , nous ne connaissons pas encore la circonscription de la Flandre, qui faisait partie du I4ttu9 ; elle avait bien fait , originairement , partie du territoire des Ménapiens avant que l'autre partie ne fut érigée

en comté, Pagus ou province sous le nom de Mempùcus; mais la partie détachée de ce territoire, qui s'est trouvée depuis comprise dans le Littus Saxonicum , ne renfermait pas tout ce Littus depuis Boulogfne jusqu'en Zélande , car nous avons déjà vu que plusieurs autres peuples barbares s'y trouvaient établis sous le nom général de SaaonSj Frisons, Certes, etc. Pour connaître l'ancienne circonscription de la Flandre, nous avons besoin d'entrer dans quelque développement ; le royaume des Francs était organisé en trois espèces de comtés : grands , médiocres et petits ; les grands étaient des espèces de gouvememens généraux comprenant les comtés médiocres et petits; ainsi, le comté d'EngeIram, qui comprenait, suivant le capitulaire de Charles-le»Chauve de l'année 844 , les Pagos ou comtés de Noyon, de Yermandois, de l'Artois, de Courtrai et de Flandre , comprenait dans son ressort tous les comtés ou pays situés entre la Somme , l'Escaut et la mer ; il comprenait donc tous les comtés médiocres et petits du Mempiscus et du Littus Saxonicum. Gomme les grands comtés, tels que celui d'EngeIram , comprenaient les médiocres , ceux-ci comprenaient les petits ; mais déjà , dans le partage de Louis-le-Débonnaire de l'année 837, il n'est fait mention, quant au littoral Saxon, que des seuls Franderes , quoique cette côte fut occupée par toutes ces autres peuplades barbares, partagées en petits comtés sous leurs chefs nationaux respectifs. On y trouve cependant le Mempiscus , X Artois , Térouane , Boulogne et ^ St. Quentin et , du côté opposé , le Brabant. Il suit de là , que toute la partie du Littus Saxonicum , renfermée entre tous ces pays , était , dès l'année 837 , appelée Franderes , comme elle est appelée Flandra dans le capitulaire de Charlesle-Chauve , de 844 et Flandrensis Pagus dans la charte du

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même prince pour Téglise de Tournai, en 854 (M. Ainsi, ces Franderes ou cette Flandra , formant le Pagus Fïandrensù en 854, était déjà constituée en comté , tout au moins médiacre, et comprenait tous ces petits comtés de Saxons , s'étendant depuis les comtés de Boulogne , de St. Quentin , de l'Artois et de Térouane , par la ligne de démarcation du Mempiscus , jusqu'à Anyers , où commençait le Brabant. La Flandre était donc en 865 , plus étendue , que ne l'a cru le père Henschenius , qui l'a circonscrite dans Bruges , l'Ecluse , Damme , Ardenburg et Ysendycke.

On ne connaît au comte d'Engelram qui , en 844, gouyemait pour Charles-le-Ghau ve , tout le pays entre la Somme, l'Escaut et la mer, aucun autre successeur que Baudouin Bras-de-Fer, qm' enleva en 86â, la belle Judith, fille de Charles-le-Chauve , sans que celui-ci ait osé s'en yenger par la yoie des armes; Baudouin était , à cette époque , comte du Pagus Flcmdreniis; et quoique nous ayons donné à ce comté ou Pagus une plus grande étendue , que le père Henschenius , si Baudouin n'eût eu que la Flandre , Charles-le-Chauye n'eût pas eu de peine à le faire rentrer dans le deyoir et à le punir ; on doit donc admettre ayec tous les historiens, que Baudouin n'était pas seulement comte du Pagus Flandrensts ^ mais qu'il ayait succédé à Engelram dans le gra/nd comté de tous les comtés médiocres et petits , situés entre la Somme , l'Escaut et la mer.

Mais , dira-t-on , comment s'est-il ayisé de prendre , entre tous ces comtés , le titre de cornes Flandrensis ou comté de Flandre.

(1) Capital. Tom. 2, Col. 68 et 75.

On peut répondre à cette objection ; en demandant comment on pourrait prouver quil ait pris ce titre?

Hincmar et le Pape , qui ont négocié la réconciliation de Baudouin avec Charles-le-ChauTe , ne lui donnent point ce titre de cornes Flandrensù en 864 ; ils le titrent encore tout uniment de cornes et Marchio; Louis 'd'Outre-Mer donne encore, en 950, au comte Âmold-le-Vieux, les mêmes titres (0 que Baudouin portait en 842 (^) .

Le premier de nos comtes, que je trouve avoir ajouté à son marquisat la domination de Flandre, et avoir qualifié son comté de souverain , est Âmold-le-Grand dans une charte de Tannée 961 , ou il se titre per Dei Mùericordiam Flandriœ Marchio^) \ je reprendrai ce point tantôt.

C'est donc une erreur d'avancer que Baudouin Bras-de-Fer ou ses successeurs ont porté le titre de comtes de Flandre, et c'en est une plus grande de dire , qu'après sa réconciliation avec Charles>le-Chauve, celui-ci lui a àonné héréditairementle comté de Flandre et tout le pays entre la Somme , l'Escaut et la mer, comme l'ont avancé Meyerus (^) et tous les historiens après lui .

Les honores , c'est-à-dire les comtés et les Bénéfices sous Charles-le-Ghauve , étaient encore amovibles au gré du roi , et sont demeurés tels jusqu'à Hugues Capet qui les a rendus, le premier, héréditaires, comme il sera prouvé ci-après (N^208); ce ne fut donc qu'à titre diHonor, que Baudouin posséda le comté d'EngeIram, comme Engelram l'avait possédé aussi; Baudouin, en enlevant la fille de son sénieur Charles-le- Chauve , avait commis un acte de félonie ; il fut excommunié

(1} Mirai, Tom. 1, p. 25, 132 et 260. — (2) Ibid. p. 22. (8) Ibid. Tom. 1 , p. 43. — (4) Ad ann. 863.

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par le Pape et , par conséquent , déchu de tous ses honores ; mais après la réconciliation et la levée de l'excommunication^ Charles-le-Chauve le réintégra dans ses honores, comme le rapporte Hincmar, archevêque de Rheims , dans sa lettre au Pape, de l'année 864, a et honores Balduino pro yestra so«ce lummodô petitione donaviti})* »

Il y a loin de là à une concession héréddtaire du comté de Flandre , qui formerait d'ailleurs , un anachronisme dans la législation de cet âge ; mais il n'est pas étonnant , il est même conforme à la législation de cette époque , qu'Arnold-le-Grand se portât comme souverain héréditaire du comté de Flandre en 961 , puisque à cette époque tous les comtés étaient déjà rendus héréditaires.

Mais , à quelqu'époque , qu'Arnold-le-^rand ou un de ses prédécesseurs aient pris le titre de comte de Flandres , d'où Tient que , gouvernant déjà comme comtes , depuis Gharles-le- Chauve les comtés entre la Somme , l'Escaut et la mer , tous ont pris exclusivement le titre de comtes de Flandres y depuis même qu'ils avaient obtenu la souveraineté héréditaire de tous ces comtés ?

Je regarde ce sujet comme appartenant au domaine des conjectures; il semble, que nos premiers comtes résidaient à Bruges , où , selon Sanderus , Baudouin Bras-de-Fer bâtit le Bourg ; Bruges était située dans la Flandre , et déjà , en 844 , la Flandre formait un Pagus assez important pour figurer dans le partage de Louis-le-Débonnaire comme un lot ; déjà sous le nom de Fraudera étaient compris tous les autres comtés du Littus Saxonicum ; et comme on donne quelques fois le nom

(1) Misai, Toin. 1 , p. 26.

du pays où réside le souyerain , à tous ses Etats collectivement , comme on dit : l'empire de Rome , d'Autriche , de France , d'Angleterre, etc., il se peut que l'on ait donné le nom de Flandres , en pluriel , à tous les comtés compris entre la Somme , l'Escaut et la mer ; cette conjecture trouve d'ailleurs un appui dans la circonstance qu'Arras a été la capitale de la Flandre, jusqu'à ce qu'en l'année 1199, l'Artois a été érigé en comté particulières .

56. Je sens que j'ai été un peu diffus; mais n'ai«je pas dû l'être P aurai&-je pu exiger qu'on m'eût cru sur parole , lorsque je venais accréditer des notions opposées à toutes celles , qui nous ont été données jusqu'ici par tous les historiens du pays ? il a donc fallu discuter et démontrer pour mettre les antiquaires à même de prononcer en connaissance de cause ; je ne crois pas moins nécessaire de donner un court résumé de cette discussion, pour satisfaire au goût de cette autre classe de lecteurs qui n'aura pas l'envie d'approfondir les sources de l'histoire de la patrie.

Les Francs, devenus maîtres de la Belgique, après leur coalition avec les Belges au Y^ siècle , ont entièrement changé la division territoriale et civile , qui avait existé sous l'empire des Romains , pendant cinq siècles.

Ils ont divisé le territoire en Pagos ou provinces , dont ils ont formé trois classes , savoir : des grands ou Fortiares; des moyens ou Médiocres , et des petits ou Minores.

En conséquence , ils ont organisé l'administration par comtés ainsi subdivisés.

Lors donc qu'on veut étudier l'histoire de cet âge, on doit

(I) Chron, Bertih, C. 46; p. 0.

feire attention de ne pas confondre les Pagos avec les comtés; car les Pagi reçurent , en général , des limites déterminées et stables , dès que ces nations eurent renoncé à leur espèce de yie nomade ; au lieu que les comtés n'en eurent pas d'autres que celles que le roi voulut bien leur assigner, de là vint qu'un Pagus fut tantôt sous tel comté et tantôt sous tel autre; ne soyons donc pas non plus étonnés en ne crions pas aussitôt à la contradiction , lorsque nous rencontrons un lieu quelconque , indiqué comme situé dans tel Pagus, tandis qu'une autre charte contemporaine le place dans un Pagus différent; c'est que l'une en a indiqué la situation par le Pagure fortior et l'autre par le PcytM Mediocris ou Mtnor; c'est, comme si une charte indiquait la yille de Renaix située dans la baronnie de Renaix ; une deuxième , la baronnie de Renaix dans le comté d'Alost; et une troisième la ville de Renaix dans le comté de Flandre, qui comprend le comté d'Alost.

Tous ces comtés, consistant originairement en fonctions personnelles , étaient désignés par le nom du fonctionnaire , c'était le comté d'Engelramniut , de WalcatuluSj etc.; l'empereur lui-même n'eût que le titre personnel à'imperator Frcm-corum.

Charlemagne , qui voulut consolider la succession au thrône dans sa famille , rendit la souveraineté territoriaie et se déclara imperator Franciœ^ Rex Italiœ; ainsi, le pouvoir souverain fut attaché au territoire.

Ce nouveau système fut successivement appliqué à tous les pouvoirs civils; ce ne fut plus le comté dPEverard, de Bau^ douin y ce fut le comté de Flandre ; ainsi les comtés prirent le nom des Pagu^s , et dès-lors , on rencontre les comtés de Hwnau, de Boulogim,à& HoUande, etc.; cette innovation nous

l'Austrasie et la Neustrie , depuis sa source jusqu'à son embouchure (0; ainsi la Flandre, TArtois, le Tournésis et la chàtellenie de Lille appartenaient à la Neustrie ; et le Hainaut avec le Brabant et les proyinces ultérieures , telles que le Gambresis , le Namurois et le pays de Liège , à ïAustrtuie.

VAtMtrasie appartenait à l'empire de Lothaire, la Neustrie à la couronne de France : de là yient la distinction de Flandre sous Tempire et de Flandre sous la couronne (Ylaendereu order 't Rtck en Vlaenderbn onder de Kroone); le pays d'Alost, réuni à la Flandre , mais situé sur la riye droite de TEscaut est encore appelé Vlaenderen onder 'tRyck, ainsi que la partie du pays de Termonde et Bomhem , située sur la même riye ; à ce titre . ils prêtaient séparément serment dans les inaugurations de la Flandre et siégeaient, dans l'assemblée des états, après les autres yilles et châtellenies de la Flandre sous la couronne.

Nos écriyains partagent la Flandre en trois parties : Vlmpd^ riale^ la Gallicane et VAllotUale; la première est celle sous l'empire , la deuxième se compose des yilles et châtellenies de la Flandre sous la couronne , où Ion parle les deux langues , et la troisième , du pays de Waes , de la partie des pays de Termonde et Bornhem située sur la riye gauche et des quatre métiers d'Assenede , Hulst , Axel et Bouchante (^) ; ce fut à raison de cette qualité allodiale , que nos comtes ne youlurent reconnaître ni la suzeraineté des rois de France , ni le droit de ressort du parlement de Paris sur cet alleu.

La Hollande était donc de l'Austrasie, mais les îles de la Zélande, eu égard à l'ancien cours de l'Escaut, semblent ayoir

(1) GnssQuiÈRE, Tom. 2, p. 26 et seq. — (2) Clibcq sur Wiuaut, Tit. 81.

appartenu à la Neustrie; elles ont cependant été le sujet de longues et cruelles guerres.

Il y eut, enfin,' encore une autre division de la Flandre en GaUiccme et Flamingante^ qui semble dater de l'année 1053; la Fossa Bolana , qui fut creusée cette même année , et qui de Lens en Artois allait à la mer, séparait ces deux parties de la Flandre a).

Tel était l'état de la Belgique sous les derniers rois Carloyingiens; un esprit d'usurpation, dont les premiers germes s'étaient manifestés sous Charlemagne , fermenta sous Louisle-Débonnaire , éclata sous Gharles-le-Chauye , et amena sous Hugues Gapet la féodalité.

(1) V. mon Hiêtmr9 de» Etats Généraux, N* 86.

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