PARTIE I, LETTRE II
et le catholique le plus sincère qui peut-être ait jamais existé.
Écoutez toutefois ce que dit ce vertueux prêtre à un jeune homme protestant qui s'était fait catholique, et auquel il donne des conseils. « Retour-r « nez dans votre patrie, reprenez la religion de vos « pères , suivez-la dans la sincérité de votre cœur , et « ne la quittez plus : elle est très-simple et très- « sainte; je la crois, de toutes les religions qui sont « sur la terre, celle dQH.t la morale est la plus pure « et dont la raison se contente le mieux*. »
Il ajoute un moment après : « Quand vous voûte drez écouter votre conscience, mille obstacles « vains disparaîtront à sa voix. Vous sentirez que , «dans l'incertitude où nous sommes, c'est une « inexcusable présomption de professer une autre « religion que celle où l'on est né , et une fausseté « de ne pas pratiquer sincèrement celle qu'on pro- « fesse. Si l'on s'égare, on s'ôte une grande excuse « au tribunal du souverain juge. Ne par donnera- 1- « il pas plutôt l'erreur où l'on fut uoiuri que celle « qu'on osa choisir soi-même**? »
Quelques pages auparavant, il avait dit : « Si j'a- « vais des protestants à mon voisinage ou dans ma « paroisse, je ne les distinguerais point de mes pa,- « roissiens en ce qui tient à la charité chrétienne; «je les porterais tous également à s'entr'aimer, à « se regarder comme frères , à respecter toutes «les religions, et à vivre en paix chacun dans la
Emile, tome ii. — Jl>id.
« sienne. Je pense que solliciter quelqu'un de qiiit- « ter celle où il est né, c'est le solliciter de mal «faire, et par conséquent faire mal soi-même. « En attendant de plus grandes lumières, gardons «l'ordre public; dans tout pays respectons les « lois , ne troublons point le culte qu'elles preste crivent, ne portons point les citoyens à la désce obéissance : car nous ne savons point certainece ment si c'est un bien pour eux de quitter leurs « opinions pour d'autres, Anous savons très-Cer- « tainement que c'est un mal de désobéir aux lois. »
Voilà, monsieur, comment parle un prêtre catholique dans un écrit où l'on m'accuse d'avoir attaqué le culte des réformés , et où il n'en est pas dit autre chose. Ce qu'on aurait pu me reprocher, peut-être, était une partialité outrée en leur faveur, et un défaut de convenance en faisant parler un prêtre catholique comme jamais prêtre catholique n'a parlé. Ainsi j'ai fait en toute chose précisément le contraire de ce qu'on m'accuse d'avoir fait. On dirait que vos magistrats se sont conduits par gageure : quand ils auraient parié de juger contre l'évidence , ils n'auraient pu mieux réussir.
Mais ce livre contient des objections, des difficultés , des doutes ! Eh ! pourquoi non , je vous prie? Où est le crime à un protestant de proposer ses doutes sur ce qu'il trouve douteux, et ses objections sur ce qu'il en trouve susceptible ? Si ce qui vous paraît clair me paraît obscin-, si ce que vous jugez démontré ne me semble pas l'être, de quel droit prétendez-vous soumettre ma raison à la vôtre;