II. Quelle entreprise, M. T. C. F. ! L'éducation de la jeu
■ ' "Fasciuatio augaoitatis obscurat hona. » Sap. , cap. iv, v. ra.
MAJNDEMEriiT. ^
nesso est un des objets les plus importants de la sollicitude «et du zèle des pasteurs. Nous savons que, pour réformer le inonde, autant que le peimettent la faiblesse et la corruption de notre nature , il suffirait d'observer , sous la direction et l'impression de la grâce , les premiers rayons de la raison humaine, de les saisir avec soin et de les diriger vers la route qui conduit à la vérité. Par là ces esprits , encore exempts de préjugés, seraient pour toujours en garde contre l'erreur; ces cœurs, encore exempts de grandes passions, prendraient les impressions de toutes les vertus. Mais à qui convient-il mieux qu'à nous et à nos coopérateurs dans le saint ministère de veiller ainsi sur les premiers moments de la jeunesse chrétienne ; de lui distribuer le lait spirituel de la religion, a/in qu'il croisse pour le salut '^ ; de préparer de bonne heure par de salutaires leçons des adorateui's sincères au vrai Dieu, des sujets fidèles au souverain, des hommes dignes d'être la ressource et l'ornemeut de la patrie?
III. Or, M. T. C. F. , l'auteur A' Emile propose un plan d'éducation qui, loin de s'accorder avec le christianisme, n'est pas même propre à foinicr des citoyens ni des hommes. Sous le vain prétexte de rendre l'homme à lui même et de faire de son élève l'élève de la nature , il met en principe une asseitiou démentie, non-seulement par la religion, mais encore par l'expérience de tous les peuples et de tous les tempsi « Posons , « dit-il, pour maxime incontestable, que les premiers mouve- '< ments de la nature sont toujours droits; il n'y a point de pei- " versité originelle dans le cœur humain. « A ce langage on ne reconnaît point la doctrine des saintes Lcritures et de l'Église touchant la révolution qui s'est faite dans notre nature; on perd de vue le rayon de lumière qui nous fait connaître le mystère de notre propre cœur. Oui, M. T. C. F. , il se trouve en nous un mélange frappant de grandeur et de bassesse , d'ardeur pour la vérité et de goût pour l'erreur, d'inclination pour la vertu et de penchant pour le vice. Etonnant contraste, qui, en déconcertant la philosophie païenne, la laisse errer dans
« << Sicut modo gcniti infantes , rationabile sine dolo lac ooacupiscite , iit iu « co crescatis in salutem. » i. Pet., cap. ii.
de vaines spéculations ! contraste dont la révélation nous découvre la source dans la chute déplorable de notre premier père ! L'homme se sent entraîné par une pente funeste ; et comment se raidirait-il contre elle , si son enfance n'était dirigée par des maîtres pleins de vertu, de sagesse, de vigilance , et si , durant tout le cours de sa vie , il ne faisait lui-même , sous la protection et avec les grâces de son Dieu , des efforts puissants et continuels? Hélas ! M. T. C. F. , malgré les principes de l'éducation la plus saine et la plus vertueuse , malgré les promesses les plus magnifiques de la religion et les menaces les plus terribles , les écarts de la jeunesse ne sont encore que trop fréquents, trop multipliés ! dans quelles erreurs, dans quels excès, abandonnée à elle-même, ne se précipiterait-elle donc pas? C'est un torrent qui se déborde malgré les digues puissantes qu'on lui avait opposées : que serait-ce donc si nul obstacle ne suspendait ses flots et ne rompait ses efforts?
IV. L'auteur à! Emile, qui ne reconnaît aucune religion, indique néanmoins , sans y penser , la voie qui conduit infailliblemcut à la vraie religion : « Nous , dit-il , qui ne voulons ff. rien donner à l'autorité, nous qui ne voulons l'ien enseigner a à notre Emile qu'il ne pût comprendre de lui-même par tout « pays , dans quelle religion l'élèverons-nous ? à quelle secte « agrégerons-nous l'élève de la nature]? Nous ne l'agrégerons « ni à celle-ci ni à celle-là ; nous le mettrons en état de choisir •< celle où le meilleur usage de la raison doit le conduire. » Plût à Dieu, M. T. C. F., que cet objet eût été bien rempli! Si l'auteur eût réellement '< mis son élève en état de choisir , '< entre toutes les religions, celle où le meilleur usage de la '< raison doit conduire , » il l'eût immanquablement préparé aux leçons du christianisme. Car, M. T. C. F. , la lumière naturelle conduit à la lumière évangélique ; et le culte chrétien est essentiellement « un culte raisonnable «. » En effet , « si le « meilleur usage de notre raison » ne devait pas nous conduire à la révélation chrétienne , notre foi serait vaine , nos espérances seraient chimériques. Mais conunent « ce meilleur usage » de la raison nous conduit-il au bien inestimable de la foi, et
" « Rationabilc oljseqiiium vestrum. » Rom. , cap. xii , v. i.
de là au terme précieux du salut? c'est à la raison elle-même que nous en appelons. Dès qu'on reconnaît un Dieu , 11 nes'ayit plus que de savoir s'il a daigné parler aux hommes autrement que par les impressions de la nature. Il faut doue examiner si les faits qui constatent la révélation ne sont pas supérieurs à tous les efforts de la chicane la plus artificieuse. Cent fois l'incrédulité a tâché de détruire ces faits , ou au moins d'en affaiblir les preuves , et cent fois sa critique a été convaincue d'impuissance. Dieu, par la révélation, s'est rendu témoignage à Uii-méme, et ce témoignage est évidemment « très -digne de « foi«. » Que reste -t -il donc à l'homme qui fait « le meilleur « usage de sa raison , » sinon d'acquiescer à ce témoignage ? C'est votre grâce, ô mon Dieu! qui consomme cette œuvre de lumière; c'est elle qui détermine la volonté, qui forme l'ame chrétienne : mais le développement des preuves et la force des motifs ont préalablement occupé , épuré la raison ; et c'est dans ce travail, aussi noble qu'indispensable , que consiste ce « meil- « leur usage de la raison , » dont l'auteur à' Emile entreprend de parler sans en avoir une notion fixe et véritable.
V. Pour trouver la jeunesse plus docile aux leçons qu'il lui prépare, cet auteur veut qu'elle soit dénuée de tout principe de religion. Et voilà pourquoi, selon lui, « connaître le bien « et le mal, sentir la raison des devoirs de l'homme, n'est pas « l'affaire d'un enfant.... J'aimerais autant, ajoute-t-il, exiger « qu'un enfant eût cinq pieds de haut , que du jugement à dix « ans. »
VI. Sans doute, M. T. C F., que le jugement humain a ses progrès et ne se forme que par degrés : mais s'ensuit-il donc qu'à l'âge de dix ans un enfant ne connaisse point la différence du bien et du mal , qu'il confonde la sagesse avec la folie , la bonté avec la barbarie , la vertu avec le vice ? Quoi ! à cet âge il ne sentira pas qu'obéir à son père est un bien , que lui désobéir est un mal ! Le prétendre , M. T. C. F. , c'est calomnier la nature humaine en lui attribuant une stupidité qu'elle n'a point.
VII. « Tout enfant qui croit en Dieu, dit encore cet auteur, « est idolâtre ou anthropomorphite. » Mais , s'il est idolâtre , il
" "Tcstunonia tua credibilia facta sunt uimis. » Psal. 92 , v. 5.
croit donc plusieurs dieux ; il attribue donc la nature divine à des simulacres insensibles. S'il n'est qu'anthroponiorphite , en reconnaissant le vrai Dieu il lui donne un corps. Or on ne peut supposer ni l'un ni l'autre dans un enfant qui a reçu une éducation chrétienne. Que si l'éducation a été vicieuse à cet égard , il est souverainement injuste d'imputer à la religion ce qui n'est que la faute de ceux qui l'enseignent mal. Au surplus, l'âge de dix ans n'est point l'âge d'un philosophe : un enfant , quoique bien instruit , peut s'expliquer mal ; mais en lui inculquant que la Divinité n'est rien de ce qui tombe ou de ce qui peut tomber sous les sens , que c'est une intelligence infinie , qui, douée d'une puissance suprême, exécute tout ce qui lui plaît, on lui donne de Dieu une notion assortie à la portée de son jugement. Il n'est pas douteux qu'un athée, par ses sophismes, viendra facilement à bout de troubler les idées de ce jeune croyant ; mais toute l'adresse du sophiste ne fera certainement pas que cet enfant , lorsqu'il croit en Dieu, soit idolâtre ou antliropomorphile ■) c'est-à-dire qq'il ne croie que l'existence d'une chimère.
VIII. L'auteur va plus loin, M. T. C. F. 5 il « n'accorde pas « même à un jeune homme de quinze ans la capacité de croire « en Dieu. ■" L'homme ne saura donc pas même à cet âge s'il y a un Dieu ou s'il n'y en a point; toute la nature aura beau annoncer la gloire de son Créateur, il n'entendra rien à son langage ! il existera sans savoir à quoi il doit son existence ! et ce sera la saine raison elle-même qui le plongera dans ces ténèbres ! C'est ainsi, M. T. C. F. , que l'aveugle impiété voudrait pouvoir obscurcir de ses noires vapeurs le flambeau que la religion présente à tous les âges de la vie humaine. Saint Augustin raisonnait bien sur d'autres principes , quand il disait , en parlant des premières années de sa jeunesse : « Je tombai « dès ce teraps-lù. Seigneur, entre les mains de quelques-uns « de ceux qui ont soin de vous invoquer ; et je compris, par ce « qu'ils me disaient de vous et selon les idées que j'étais ca- « pable de m'en former à cet âge-là , que vous étiez quelque « chose de grand , et qu'encore que vous fussiez invisible et « hors de la portée de nos sens , vous pouviez nous exaucer et « nous secourir. Aussi commencai-je, dès mon enfance, à yoiis
« pi'ier et vous regarder eommc mon recours et mon appui , « et, à mesure que ma langue se dénouait, j'employais ses « premiers mouvements à vous invoquer *. »
ÏX. Continuons , M. T. C. F. , de relever les paradoxes étranges de l'auteur d'^//zi7e. Après avoir réduit les jeunes gens à une ignorance si profonde par l'apport aux attributs «^t aux droits de !a Divinité, leur accordera-t-il du moins l'avantage de se connaître eux-mêmes? Sauront-ils si leur ame est une substance absolument distinguée de la matière ? ou se regarderont-ils comme des êtres purement matériels et soumis aux seules lois du mécanisme? L'auteur à' Emile doute qu'à dixhuit ans il soit encore temps que son élève apprenne s'il a une ame: il pense que, « s'il l'apprend plus tôt, il court risque de « ne le savoir jamais. » Ne veut-il pas du moins que la jeunesse soit susceptible de la connaissance de ses devoirs ? Non : à l'en croire , « il n'y a que des objets physiques qui puissent « intéresser les enfants , surtout ceux dont on n'a pas éveillé « la vanité , et qu'on n'a pas corrompus d'avance par le poison « de l'opinion : » il veut en conséquence que tous les soins de la première éducation soient appliqués à ce qu'il y a dans l'homme de matériel et de terrestre: « Exercez, dit-il, son « corps, ses organes, ses sens, ses forces ; mais tenez son ame « oisivp autant qu'il se pourra. » C'est que cette oisiveté lui a paru nécessaire pour disposer l'ame aux erreurs qu'il se proposait de lui inculquer. Mais ne vouloir enseigner la sagesse à l'homme que dans le temps où. il sera dominé par la fougue des passions naissantes , n'est-ce pas la lui présenter dans le dessein qu'il la rejette ?
X. Qu'une semblable éducation , M. T. C. F. , est opposée à celle que prescrivent de concert la vraie religion et la saine raison ! Toutes deux veulent qu'un maître sage et vigilant épie en quelque sorte dans son élève les premières lueurs de l'intelligence pour l'occuper des attraits de la vérité, les premiers mQuvements du cœur pour le fixer par les charmes de la vertu. Combien en effet n'est-il pas plus avantageux de prévenir les obstacles que d'avoir à les surmonter? Combien n'est-il [>as à
* Confess. , lib. i. cap. ix.
lO MANDEMENT,
craindre que, si les impressions du vice précèdent les leçons de la vertu , riiomnic parvenu k un certain âge ne manque de courage ou de volonté pour résister au vice? Une heureuse expérience ne prouve-t-elle pas tous les jours qu'après les dérèglements d'une jeunesse imprudente et emportée on revient enfin aux bons principes qu'on a reçus dans l'enfance?
XI. Au reste, M. T. C. F., ne soyons point surpris que l'auteur d'Emile remette à un temps si reculé la connaissance de l'existence de Dieu , il ne la croit pas nécessaire au salut. « Il « est clair, dit-il par l'organe d'un personnage chimérique, il « est clair que tel homme , parvenu jusqu'à la vieillesse sans « croire en Dieu , ne sera pas pour cela privé de sa présence « dans l'autre , si son aveuglement n'a point été volontaire , et « je dis qu'il ne l'est pas toujours. » Remarquez, M. T. C. F. , qu'il ne s'agit point ici d'un homme qui serait dépourvu de l'usage de sa raison , mais uniquement de celui dont la raison ne serait point aidée de l'instruction. Or une telle prétention est souverainement absurde, surtout dans le système d'un écrivain qui soutient que la raison est absolument saine. Saint Paul assure qu'entre les philosophes païens plusieurs sont parvenus , par les seules forces de la raison , à la connaissance du vrai Dieu. « Ce qui peut être connu de Dieu, « dit cet apôtre, leur a été manifesté, Dieu le leur ayant fait « connaître , la considération des choses qui ont été faites dès » la création du monde leur ayant rendu visible ce qui est in- « visible en Dieu, sa puissance même éternelle et sa divinité ; « en sorte qu'ils sont sans excuse, puisque ayant connu Dieu, « ils ne .l'ont point glorifié comme Dieu et ne lui ont point « rendu grâces : mais ils se sont perdus dans la vanité de leur '< raisoimement , et leur esprit insensé a été obscurci ; en se '< disant sages , ils sont devenus fous «. »
XII. Or, si tel a été le crime de ces hommes , lesquels, bien
" « Quod uotum est Dei manifestum est iu illis : Deus enim illis mauifestavit. t< luvisibilia enim ipsius , à crcaturâ niuudi , per ea qiiœ facta sunt , Intellecta « couspiciuntur , sempiterna quoque ejiis virtus et divinitas , ità ut sint incxcii- « sabiles, quià cùm coguovisseut Deiim , uon sicut Deum glorificaveruut, aut « gratias egerunt , scd evanuerunt in cogitationibus suis , et obscuratiim est iu- « sipicns ror eorum ; dicentos euim se esse sapientes , stulti facti suut. » Rom. , cap. I, V. ig, 22.
qu'assujettis par les préjuges de leur éducation au culte des idoles , n'ont pas laissé d'atteindre à la connaissance de Dieu , comment ceux qui n'ont point de pareils obstacles à vaincre seraient-ils innocents et justes au point de mériter de jouir de la présence de Dieu dans l'autre vie ? Comment seraient - ils excusables ( avec une raison saine telle que l'auteur la suppose ) d'avoir joui durant cette vie du grand spectacle de la nature, et d'avoir cependant niéconnu celui qui l'a créée , qui la conserve et la gouverne?
XIII. Le même écrivain, M. T. C. F., embrasse ouvertement le scepticisme par rapport à la création et h l'unité de Dieu. « Je sais , fait-il dire encore au pei^sonnage supposé qui « lui sert d'organe , je sais que le monde est gouverné par une « volonté puissante et sage ; je le vois, ou plutôt je le sens, et « cela m'importe <à savoir. Mais ce même monde est-il éternel « ou créé? y a-t-il un principe unique des choses? y en a-t-il « deux ou plusieurs , et quelle est leur nature ? Je n'en sais « rien , et que m'importe ?... Je renonce à des questions oi- « sensés , qui peuvent inquiéter mon amour-propre , lïiais qui « sont inutiles à ma conduite et supérieures à ma raison. » Que veut donc dire cet auteur téméraire ? Il croit que le monde est gouverné par une volonté puissante et sage ; il avoue que cela lui impoi'te à savoir, et cependant « il ne sait, dit-il, s'il n'y « a qu'un seul principe des choses » ou s'il y en a plusieurs , et il prétend qu'il lui importe peu de le savoir. S'il y a une volonté puissante et sage qui gouverne le monde , est-il concevable qu'elle ne soit pas l'unique principe des choses ? et peut-il être plus important de savoir l'un que l'autre? Quel langage contradictoire ! Il ne sait « quelle est la nature » de Dieu, et bientôt après il reconnaît que cet Être suprême est doué d'intelligence, de puissance, de volonté, et de bonté. N'est-ce donc pas là avoir une idée de la nature divine ? L'unité de Dieu lui paraît une question oiseuse et supérieure à sa raison ; comme si la multiphcité des dieux n'était pas la plus grande de toutes les absuidités ! « La pluralité des dieux , dit « énergiquement Tertullien , est ime nullité de Dieu « ; » ad-
<^ « Deus cùm summum magnum sit, rectè veritas uostra proniinciavlt : Dons « si non unus est , non est. » Tertul. advers. Marcionem , lib. i.
la MANDEMENT.
mettre un Dieu , c'est admettre un Être suprême et indépendant auquel tous les autres êtres soient subordonnés. Il implique donc qu'il y ait plusieurs dieux.
XIV. Il n'est pas étonnant, M. T. C. F. , qu'un homme qui donne dans de pareils écarts touchant la Divinité s'élève contre la religion qu'elle nous a révélée. A l'entendre, toutes les révélations en général « ne font que dégrader Dieu en lui donnant « des passions humaines. Loin d'éclaircir les notions du grand « Etre , poursuit-il , je vois que les dogmes particuliers les em- ". brouillent ; que, loin de les ennoblir, ils les avilissent; qu'aux rt mystères inconcevables qui les environnent, ils ajoutent des « contradictions absurdes. » C'est bien plutôt à cet auteur, M. ï. C. F., qu'on peut reprocher l'inconséquence et l'absurdité. C'est bien lui qui dégrade Dieu , qui embrouille et qui avilit les notions du grand Etre, puisqu'il attaque directement son essence en révoquant en doute son unité.
XV. II a senti que la vérité de la révélation chrétienne était prouvée par des faits ; mais les miracles formant une des principales preuves de cette révélation, et ces miracles nous ayant été transmis par la voie des témoignages , il s'écrie : « Quoi ! « toujours des témoignages humains ! toujours des hommes qui « me rapportent ce que d'autres horomes ont rapporté ! Que « d'hommes entre Dieu et moi ! » Pour que cette plainte fût sensée, M. T. C. F. , il faudrait pouvoir conclure que la révélation est fausse dès qu'elle n'a point été faite à chaque homme en particulier; il faudrait pouvoir dire: Dieu ne peut exiger de moi que je croie ce qu'on m'assure qu'il a dit , dès que ce n'est pas directement à moi qu'il a adressé sa parole. Mais n'estil donc pas une infinité de faits, même antérieurs à celui de la révélation chrétienne , dont il serait absurde de douter ? Par quelle autre voie que par celle des témoignages humains l'auteur lui-même a-t-il donc connu cette Sparte , cette Athènes , cette Rome dont il vante si souvent et avec tant d'assurance les lois, les mœurs et les héros? Que d'hommes entre lui et les événements qui concernent les origines et la fortune de ces anciennes républiques ! Que d'hommes entre lui et les historiens qui ont conservé la mémoire de ces événements ! Son scepticisme n'est donc ici fondé que sur l'intérêt de son incrédulité.
MANDEMENT. l3
XVT. « Qu'uu liomme, ajoute- 1- il plus loin, vienne nous « tenir ce langage : Mortels , je vous annonce les volontés du « Très-Haut ; reconnaissez à ma voix celui qui m'envoie. J'or- « donne au soleil de changer sa course, aux étoiles de former « im autre arrangement, aux montagnes de s'aplanir, aux flots « de s'élever, à la terre de prendre un autre aspect : à ces mer- « veilles qui ne reconnaîtra pas à l'instant le maître de la na- « ture? » Qui ne croirait, M. T. C. F., que celui qui s'exprime de la sorte ne demande qu'à voir des miracles pour être chrétien ? Écoutez toutefois ce qu'il ajoute : « Reste enfin , dit-il ,
« l'examen le plus important dans la doctrine annoncée
" Après avoir prouvé la doctrine par le miracle , il faut prou- « ver le miracle par la doctrine.... Or que faire en pareil cas ? « Une seule chose : revenir au raisonnement , et laisser là les « miracles. Mieux eût-il valu n'y pas recourir. » C'est dire : Qu'on me montre des miracles, et je croirai; qu'on me montre des miracles, et je refuserai encore de croire. Quelle inconséquence ! quelle absurdité ! Mais , apprenez donc une bonne fois , M. T. C. F. , que dans la question des miracles on ne se permet point le sophisme reproché par l'auteur du livre de l'Éducation. Quand une doctrine est l'econnue vraie, divine, fondée sur une révélation certaine , on s'en sert pour juger des miracles, c'est-à-dire pour rejeter les prétendus prodiges que des imposteurs voudraient opposer à cette doctrine. Quand il s'agit d'une doctrine nouvelle qu'on annonce comme émanée du sein de Dieu , les miracles sont produits en preuves ; c'està-dire que celui qui prend la qualité d'envoyé du Très-Haut confirme sa mission, sa prédication, par des miracles qui sont le témoignage même de la Divinité. Ainsi la doctrine et les miracles sont des arguments respectifs dont on fait usage selon les divers points de vue où l'on se place dans l'étude et dans l'enseignement de la religion. Il ne se trouve là ni abus du raisonnement, ni sophisme ridicule, ni cercle vicieux. C'est ce qu'on a démontré cent fois ; et il est probable que l'auteur d'Emile n'ignore point ces démonstrations : mais , dans le plan qu'il s'est fait d'envelopper de nuages toute religion révélée, toute opération surnaturelle, il nous impute malignement des procédés qui déshonorent la raison ; il nous représente comme
l4 MANDEMENT.
des enthousiastes, qu'un faux zèle aveugle au [>oint de prouver deux principes l'un par l'autre sans diversité d'objet ni de méthode. Où est donc , M. T. C. F. , la bonne foi philosophique dont se pare cet écrivain?
XVII. On croirait qu'après les plus grands efforts pour décréditer les témoignages humains qui attestent la révélation chrétienne , le même auteur y défère cependant de la manière la plus positive , la plus solennelle. Il faut , pour vous en convaincre, M. T. C. F., et en même temps pour vous édifier, mettre sous vos yeux cet endroit de son ouvrage : « J'avoue « que la majesté de l'Écriture m'étonne ; la sainteté de l'Écri- « ture parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes : n avec toute leur pompe, qu'ils sont petits auprès de celui-là I '< Se peut-il qu'un livre , à la fois si sublime et si simple , soit « l'ouvrage des hommes ? se peut-il que celui dont il fait l'hisn toire ne soit qu'un homme lui-même? Est-ce là le ton d'un « enthousiaste , ou d'un ambitieux sectaire ? Quelle douceur ! « quelle pureté dans ses mœurs ! quelle grâce touchante dans « ses instructions ! quelle élévation dans ses maximes ! quelle '( profonde sagesse dans ses discours ! quelle présence d'esprit, n quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel em- « pire sur ses passions ! Où est l'homme , où est le sage qui sait « aeir, souffrii- et mourir sans faiblesse et sans ostentation?.... '< Oui , si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage , la vie et « la mort de Jésus sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire « de l'Évangile est inventée à plaisir?.... Ce n'est pas ainsi qu'on n invente; et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont « moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Il serait plus inconn cevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce '( livre , qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais '< les auteurs juifs n'eussent trouvé ce ton ni cette morale; et '< l'Évangile a des caractères de vérité si grands , si frappants , '< si parfaitement inimitables , que l'inventeur en serait plus « étonnant que le héros. » Il serait difficile, M. T. C. F. , de rendre un plus bel hommage à l'authenticité de l'Évangile. Cependant l'auteur ne la reconnaît qu'en conséquence des témoignages humains. Ce sont toujours des hommes qui lui rapportent ce que d'autres hommes ont rapporté. Que d'hommes
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entre Dieu et lui ! Le voilà donc bien évidemment en contradiction avec lui-même; le voilà confondu par ses propres aveux. Par quel étrange aveuglement a-t-il donc pu ajouter : « Avec « tout cela ce même Evangile est plein de choses incroyables, « de choses qui répugnent à la raison, et qu'il est impossible « à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre. Que faire au « milieu de toutes ces contradictions? Être toujours modeste et « circonspect.... Respecter en silence ce qu'on ne saurait ni « rejeter ni comprendre , et s'humilier devant le grand Êti'e qui « seul sait la vérité. Voilà le scepticisme involontaire où je suis n resté. » Mais le scepticisme , M. T. C. F. , peut-il donc être involontaire , lorsqu'on refuse de se soumettre à la doctrine d'un livre qui ne saurait être inventé par les hommes , lorsque ce livre porte des caractères de vérité si grands , si frappants , si parfaitement inimitables , que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros ? C'est bien ici qu'on peut dire que « l'iniquité a menti contre elle-même '^. «
XVIII. Il semble , M. T. C. F. , que cet auteur n'a rejeté la révélation que pour s'en tenir à la religion naturelle : « Ce « que Dieu veut qu'un homme fasse, dit-il, il ne le lui fait n pas dire par un autre homme, il le lui dit à lui-même, il « l'écrit au fond de son cœur. » Quoi donc ! Dieu n'a-t-il pas écrit au fond de nos cœurs l'obligation de se soumettre à lui dès que nous sommes sûrs que c'est lui qui a parlé? Or, quelle certitude n'avons-nous pas de sa divine parole ! Les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont, de l'aveu même de l'auteur ^ Emile, moins attestés que ceux de Jésus -Christ. La religion naturelle conduit donc elle-même à la religion révélée. Mais est -il bien certain qu'il admette même la religion naturelle, ou que du moins il en reconnaisse la nécessité? Non, M. T. C. F. « Si je me trompe , tlit-il , c'est de bonne foi. Cela « me suffit pour que mon erreur même ne me soit pas imputée « à crime. Quand vous vous tromperiez de même, il y aurait « peu de mal à cela. » C'est-à-dire que, selon lui, il suffit de se persuader qu'on est en possession de la vérité ; que cette persuasion, fût -elle accompagnée des plus monstrueuses er-
n <e Mentita est iniquila» sibi. » Psal. 9ifi , v. la.
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leurs , ne peut jamais être un sujet de repi'oche ; qu'on doit toujours regarder comme un homme sage et religieux celui qui, adoptant les erreurs même de l'athéisme, dira qu'il est de bonne foi. Or, n'est-ce pas là ouvrir la porte à toutes les superstitions , à tous les systèmes fanatiques , à tous les délires de l'esprit humain? ]^'est-ce pas permettre qu'il y ait dans le inonde autant de religions , de cultes divins , qu'on y compte d'habitants? Ah! M. T. C. F. , ne prenez point le change sur ce point. La bonne foi n'est estimable que quand elle est éclairée et docile. Il nous est ordonné d'étudier notre religion, et de croire avec simplicité. INi^ous avons pour garant des promesses l'autorité de l'Église. Apprenons à la bien connaître, et jetons-nous ensuite dans son sein. Alors nous pourrons compter sur notre bonne foi , vivre dans la paix , et attendre sans trouble le moment de la lumière éternelle.
XIX. Quelle insigne mauvaise foi n'éclate pas encore dans la manièi'e dont l'incrédule que nous réfutons fait raisonner le chrétien et le catholique ! Quels discours pleins d'inepties ne préte-t-il pas à l'un et à l'autre pour les rendre méprisables ! Il imagine un dialogue entre un chrétien , qu'il traite d'inspiré, et l'incrédule , qu'il qualifie de raisoTineur ; et v oici comme il fait parler le premier : « La raison vous apprend que le tout « est plus grand que sa partie : mais moi , je vous apprends « de la part de Dieu que c'est la partie qui est plus grande que « le tout. » A quoi l'incrédule répond : « Et qui ètes-vous pour n m'oser dire que Dieu se contredit? et à qui croirai-je par « préférence, de lui qui m'apprend par la raison des vérités '( éternelles, ou de vous qui m'annoncez de sa part une ab- « surdité ? »
XX. Mais de quel front, M. T. C. F., ose -t- on prêter au chrétien un pareil langage ? Le Dieu de la raison , disons-nous , est aussi le Dieu de la révélation. La raison et la révélation sont les deux organes par lesquels il lui a plu de se faire entendre aux hommes, soit pour les instruire de la vérité, soit pour leur intimer ses ordres. Si l'un de ces deux organes était opposé à l'autre , il est constant que Dieu serait en contradiction avec lui-même. Mais Dieu se contredit-il parce qu'il commande de croire des vérités incompréhensibles? Vous dites,
Ci impies ! que les dogmes que nous regardons comme révélés combattent les vérités éternelles : mais il ne suffit pas de le dire. S'il vous était possible de le prouver , il y a long-temps qu<^ vous l'auriez fait, et que vous auriez poussé des cris de victoire.
XXI. La mauvaise foi de l'auteur à! Emile n'est pas moins révoltante dans le langage qu'il fait tenir à un catholique prétendu : « Nos catholiques , lui fait-il dire, font grand bruit de « l'autorité de l'Église; mais que gagnent-ils à cela, s'il leur « faut un aussi grand appareil de preuves pour élabhr cette « autorité , qu'aux autres sectes pour établir directement leur « doctrine ? L'Église décide que l'ï'.glise a droit de décider : ne « voilà-t-il pas une autorité bien prouvée? » Qui ne croirait, M. T. C. F. , à entendre cet imposteur, que l'autorité de l'Église n'est prouvée que par ses propres décisions , et qu'elle procède ainsi : « Je décide que je suis infaillible, donc je le <■ suis ? » imputation calomnieuse , M. T. C. F. La constitution du christianisme, l'esprit de l'Évangile, les erreurs mêmes et la faiblesse de l'esprit humain tendent à démontrer que l'Église, établie par Jésus-Christ , est une Église infaillible. Nous assurons que , comme ce divin législateur a toujours enseigné la vérité, son Église l'enseigne aussi toujours. Nous prouvons donc l'autorité de l'Église, non par l'autorité de l'Église, mais par celle de Jésus - Christ , procédé non moins exact que celui qu'on nous reproche est ridicule et insensé.
XXIL Ce n'est pas d'aujourd'hui , M. T. C. F. , que l'esprit d'irréligion est un esprit d'indépendance et de révolte. Et comment en effet ces hommes audacieux, qui refusent de se soumettre à l'autorité de Dieu même , respecteraient-ils celle des rois qui sont les images de Dieu, ou celle des magistrats qui sont les images des rois ? « Songe , dit l'auteur à^ Emile ;\ son « élève , qu'elle ( l'espèce humaine ) est composée essentiellc- « ment de la collection des peuples ; que quand tous les rois.... « en seraient ôtés , il n'y paraîtrait guère , et que les choses 'C n'en iraient pas plus mal.... Toujours , dit-il plus loin , la mul- « titude sera sacrifiée au petit nombre et l'intérêt public à l'in- « térèt particulier: toujours ces noms spécieux de justice et de « subordination serviront d'instrument à la violence et d'armes « à l'iniquité. D'où il suit, continue-t-il, que les ordres distinn. VI. 2
l8 MANDEMF.NT.
« gués, qui se prétendent utiles aux autres, m; sont en effet « utiles qu'à eux-mêmes aux dépens des autres. Par où l'on « doit juger de la considération qui leur est duc selon la justice « et la raison. » Ainsi donc, M. T. C. F., l'impiété ose critiquer les intentions de celui « par qui régnent les rois « ; » ainsi elle se plaît à empoisonner les sources de la félicité publique , en soufflant des maximes qui ne tondent qu'à produire l'anarchie et tous les malheurs qui en sont la suite. Mais que vous dit la
religiorr? « Craignez Dieu , respectez le roi *. Que tout
« homme soit soumis aux puissances supérieures : car il n'y a « point de puissance qui ne vienne de Dieu ; et c'est lui qui a « établi toutes celles qui sont dans le monde. Quiconque résiste « donc aux puissances résiste à l'ordre de Dieu, et ceux qui y n résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes '". »
XXIII. Oui , M. T. C. F. , dans tout ce qui est de l'ordre civil, vous devez obéir au prince et à ceux qui exercent son autorité comme à Dieu même. Les seuls intérêts de l'Etre suprême peuvent mettre des bornes à votre soumission ; et si on voulait vous punir de votre fidéUté à ses ordres , vous devriez encore souffrir avec patience et sans murmure. Les Néron , les Domitien eux-mêmes , qui aimèrent mieux être les fléaux de la terre que les pères de leurs peuples , n'étaient comptables qu'à Dieu de l'abus de leur puissance. « Les chrétiens , dit saint « Augustin , leur obéissaient dans le temps à cause du Dieu de l'éternité ^i
XXIV. Nous ne vous avons exposé, M. T. C. F. , qu'une partie des impiétés contenues dans ce traité de l'Education, ouvrage également digne des anathèmes de l'Église et de la sévérité des lois. Et que faut-il de plus pour vous en inspirer une juste horreiu- ? Malheur à vous , malheur à la société , si vos enfants étaient élevés d'après les principes de l'auteur
« « Per me reges régnant. » Prov. , cap. vin , v. i5.
b « Deum timete : regem bonorificate. » I. Pet. , cap, ii , v. 17.
<" « Omnis anima potestatibiis snLlimioribns subdita sit : non est enim potcstas « nisi à Deo ; qux aiitem simt , à Deo onlinata' suut. Itaqiie , qui rcsistit po- « testât! , Dei ordiuationi rcsistit. Qui autem rcsistmit , ipsi sibi damnatiouem « acquirunt. » Rom. , cap. xiii , v. 1,2.
«^ n Subditi crant proptcr Domimim a?terniim , etiam domino temporali. » AuG. Enarrat. in psal. 12/1.
à' Emile ! Comme il n'y a que la religion qui nous ait appris à connaître l'homme , sa grandeur , sa misère , sa destinée future , il n'appartient aussi qu'à elle seule de former sa raison , de perfectionner ses mœurs , de lui procurer un bonheur solide dans cette vie et dans l'autre. Nous savons, M. T. C. F., combien une éducation vraiment chrétienne est délicate et laborieuse : que de lumière et de prudence n'exige-t~elle pas ! quel admirable mélange de douceur et de fermeté ! quelle sagacité pour se proportionner à la différence des conditions, des âges , des tempéraments et des caractères , sans s'écarter jamais en rien des règles du devoir ! quel zèle et quelle patience pour faire fructifier dans de jeunes cœurs le germe précieux de l'innocence, pour en déraciner, autant qu'il est possible, ces penchants vicieux qui sont les tristes effets de notre corruption héréditaire j en un mot , pour leur apprendre , suivant la morale de saint Paul, à « vivre en ce monde avec tempérance, « selon la justice et avec piété , en attendant la béatitude que « nous espérons « ! » Nous disons donc à tous ceux qui sont chargés du soin également pénible et honorable d'élever la jeunesse : Plantez et arrosez , dans la ferme espérance que le Seigneur, secondant votre travail, donnera l'accroissement; '< insistez à temps et à contre-temps, selon le conseil du môme « apôtre; usez de réprimande, d'exhortation, de paroles sé- « vères, sans perdre patience et sans cesser d'instruire *. » Surtout, joignez l'exemple à l'instruction : l'instruction sans l'exemple est un opprobre pour celui qui la donne , et un sujet de scandale pour celui qui la reçoit. Que le pieux et charitable Tobie soit votre modèle : « Recommandez avec soin à « vos enfants de faire des œuvres de justice et des aumônes, « de se souvenir de Dieu , et de le bénir en tout temps dans la « vérité et de toutes leurs forces c; » et votre postérité, comme
" " Erudieus nos, ut, abnegantes impietatem et s.necularia desideria, sohric, « et juste, et piè vivamus in boc sa-culo , exspectautcs beatam spem.» Tit. , cap. ri , V. 12 , i3.
b « Insta opportune , importuné ; arj^uc , ol)secra , increjia in omni paticntiâ « et doctrinâ.» II. Timot. , cap. ir, v. 1,2.
'■ « Filiis vestris mandate ul faciant justitias et eleemosyuas , ut sint mcmorcs « Dci et benedicant ou m in omni tempore , in veritate et in totâ virtute suâ. » Toi). , cap. xtv, V. II.
celle de ce saint patriarche , ■< sera aimée de Dieu et des « hommes «. »
XXV. Mais en quel temps l'éducation doit-elle commencer? Dès les premiers rayons de l'intelligence ; et ces rayons sont quelquefois prématurés. >< Formez l'enfant à l'entrée de sa voie, " dit le Sage ; dans sa vieillesse même il ne s'en écartera « point*, y Tel est en effet le coiu-s ordinaire do la vie humaine; au milieu du délire des passions et dans le sein du libertinage , les principes d'une éducation chrétienne sont ime lumière qui se ranime par intervalle pour découvrir au pécheur toute l'horreur de l'abîme où il est plongé et lui en montrer les issues. Combien encore une fois qui , après les écarts d'une jeunesse Hcencieuse, sont rentrés, par l'impression de cette lumière, dans les routes de la sagesse, et ont honoré par des vertus tardives, mais sincères, l'humanité, la patrie, et la religion.
XXTI. Il nous reste , en finissant, M. T. C. F. , à vous conjurer , par les entrailles de la miséricorde de Dieu , de vous attacher inviola])lcraent à cette religion sainte dans laquelle vous avez eu le bonheur d'être élevés, de vous soutenir contre le débordement d'une philosophie insensée , qui ne se propose rien moins que d'envahir l'héritage de Jésus-Christ, de rendre ses promesses vaines , et de le mettre au rang de ces fondateurs de religion dont la doctrine frivole ou pernicieuse a prouvé l'imposture. I-a foi n'est méprisée , abandonnée , insultée , que par ceux qui ne la connaissent pas , ou dont elle gène les désordres. Mais les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. L'Égîisc chrétienne et catholique est le commencement de l'empire éternel de Jésus-Christ, n Rien de plus fort « qu'elle , s'écrie saint Jean Damascène ; c'est un rocher que « les flots ne renversent point ; c'est une montagne que rien ne « peut détruire '^. »
« « Omnis antem coguatlo «jns , et omuis generatio ejus in lionà viiâ et in « sanctà conversa tione pcrmansit , ità ut acrepti essent tam Deo quàm liomi- <t iiibus et cunctis liahitatnribns in terra. >• Tob. , cap. xiv , v. 17.
/' « Adolescens jiixtà viam snam , ctiam rùni semierit non recedet ab eà. - Prov. , cap. ssir , v. 6.
'■ « ÎSibil ecclesià valentlùs , riipc fortior est... .Semper vigct. Cm- eain scrip- <' tura incrtem appellavit ? iitique qiiia cverti non potest. » Daniasc. , tome 11 ,
XXVII. A ces causes , vu le livre qui a pour titie , Emile ou de l'Education, parJ. J. Rousseau, citoyen de Genève, à Amsterdam, chez Jean Néaulme, libraire, 1762; après avoir pris l'avis de plusieurs personnes distinguées par leur piété et par leur savoir, le saint nom de Dieu invoqué, nous condamnons ledit livre comme contenant une doctrine abominaljle , propre à renverser la loi naturelle et à détruire les fondements de la religion chrétienne , établissant des maximes contraires à la morale évangélique ; tendant à troubler la paix des états , à révolter les sujets contre l'autorité de leur souverain ; comme contenant un très -grand nombre de propositions respectivement fausses , scandaleuses , pleines de haine contre l'Église et ses ministres, dérogeantes au respect dû à l'Écriture sainte et à la tradition de l'Église , erronées , impies , blasphématoires , et hérétiques. En conséquence , nous défendons très-expressément à toutes personnes de notre diocèse de lire ou retenir ledit livre , sous les peines de droit. Et serajiotre présent mandement lu au prône des messes paroissialip des églises de la ville , faubourgs et diocèse de Paris , publié et affiché partout où besoin sera. Donné à Paris , en notre palais aichiépiscopal, le vingtième jour d'août mil sept cent soixante-deux.
Signé \ CHRISTOPHE,
archevêque de Paris.
Par Monseigneur ,
De La Touche.