‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 11 sur 328 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Madame, c est à moi d accomplir sa promesse. Mais il faut, croyez^moi, sans attendre plus^rd ', « Ainsi que notre hymen presser notre départ: Nos intérêts conununs et mon cœur le demandent. Prêts à vous recevoir mes vaisseaux vous attendent; Et du pied de lautel vous y pouvez monter. Souveraine des mers qui vous doivent porter. •

MONIME

Seigneur, tant de bontés ont lieu de me confondre. Mais , {>uisque le temps presse , et qu'il faut vous répondre , Puis-je, laissant la feinte et les déguisements, Vous découvrir ici mes secrets sentiments > ? /

PHARNACE

Vous pouvez tout.

Je crois que je vous suis connue.

Éphèse est mon pays; mais je suis descendue^ D'aïeux, ou rois, seigneur, ou héros qu'autrefois

' C'est le «eul vers foible dans cette magnifique tirade de Phar- Dace , remplie de vers admirables. Phaniace , d'après son caractère fourbe, Teut ëblonir Monime par le faste des promesses, par un vain^talage de grandeur. Remarquez sur-tout la beauté et Tharmonie du dernier vers. (G.)

* Va a. Pnit-je , en ▼ons proposant met pins chers iotéréu , Vous découvrir ici mes sentiments secrets?

' Tout ce que Mouime dit ici étoit sans doute contiu de PLarnace ; mais elle ne lui rappelle ses aïeux et sa naissance, que parceque Phamace paraît Fonblier en lui parlant d*nn ton impérieux. L'auteur ne pouToit avec plus d'adresse faire connoître Monime aux spectateurs. (L. B.) Selon Plntarque, Monime n*étoit point dïpbèse, mais de Blilet. ( Fie de Lucuilus, chap. 9. )

a4 MITHKIDATE.

Leur vertu, chez les Grecs , mit au-dessus des rois. Mithridate me vit; Éphèse, et ribnie, A son heureux empire étoit alors unie/ : Il daigna m'envoyer ce gage de sa foi. Ce fut pour ma famille une suprême loi : Il fallut obéir. Esclave couronnée, • Je partis pour Thymen où j etois destinée. Le roi, qui m'attendoit au sein de ses états , Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas, Et, tandis que la guerre occupoit son courage # M'envoya dans ces lieux éloignés de Forage. J y vins : j y suis encor. Mais cependant, seigneur, Mon père paya cher ce dangereux honneur : Et les Romains vainqueurs, pour première victime, Piîrent Philopœmen, le père de Monime^.

Sous ce titre funeste il se vit immoler; Et c'est de quoi, seigneur, j ai voulu vous parler. Quelque juste fureur dont je sois animée. Je ne puis point à Rome opposer une armée; Inutile témoin de tous ses attentats, • Je n'ai pour me venger ni sceptre ni soldats; Enfin, je n'ai qu'un cœur. Tout ce que je puis fayre^,

■ Var. a ton heureux empire ëtoit encore unie.

* Il ne peut être ici question du cëlébre Philopœmen, chef des Achéens, mort long-temps ayant la naissance de Mithridate ; mais il y a beaucoup d'adresse à supposer Monime fille d'an des descendants de ce grand homme : cette origine donne pins d'ëdat et de dignité au personnage ; la haine de Monime pour les Romains se ^ trouve bien motivée par le désir de venger la mort de son père. (G.)

^ Va r. Seigneur, je n'ai qu'un cœur. Tout ce que je puis faire.

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