ACTE III, SCÈNE V
Du tyran de TÉpire alloit ravir h. femme; Je servois à regret ses desseins amoureux; Mais le sort irrité nous avSugloit tous deux. Le tyran m'a surpris sans défense et sans armes. J'ai vu Pirithous, triste objet de mes larmes, Livré par ce barbare à des^monstres cruels Qu il nourrissoit du sang des malheureux mortels. Moi-même il m'enferma dans des cavernes sombres, Lieux profonds et voisins de Fempire des ombres. Les dieux, après six mois , enfin m'ont regardé « : J'ai su tromper les yeux par qui j'étois gardé. D'un perfide ennemi j'ai purgé la nature ; Â ses monstres lui-même a servi de pâture. Et lorsque avec transport je pense m'approcher De tout ce que les dieux m'ont laissé de plus cher; Que dis-je? quand mon ame, à soi-même rendue, Vient se rassasier d'une si chère vue.
Je n'ai poiu* tout accueil que des frémissements; Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements. Et moi-même, éprouvant la terreur que j'inspire, Je voudrois être encor dans les prisons d'Épire. Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé. Qui m'a trahi? Pourquoi ne suis-je pas vengé? La Grèce, à qui mon bras fut tant de fois utile, A-t-elle au criminel accordé quelque asile? Vous ne répondez point! Mon fils, mon propre fils, Est-il d'intelligence avec mes ennemis? ^ Entrons : c'est trop garder un doute qui m'accable.
if ont regardé: expression tirée de la Bible, pour dire ont eu pitié de moi, m*ont regardé favorablement, (G.)
4io PHÈDRE.
Gonnoissons à-la-fois le crime et le coupable : Que Phèdre explique enfin le trouble où je la vol.