‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 261 sur 328 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

PHÈDRE

Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon or^e ! Quel feu mal étou£Fé dans mon cœur se réveille ! Quel coup de foudre, ô ciel! et quel funeste avis ! Je volois tout entière au secours de son fils ' ; Et, m'arrachant des bras d'Œnone épouvantée,

' Ici tout est parfaitement co^içu. Le sentiment qui amène Phèdre au secours de Tinnocence est noble et intéressant ; il prouve que le crime n*est pas dans son cœur, et que ce n'est pas ce cœur qui a consenti à la calomnie ; et , dans le moment où elle a le plus de droits k la compassion, ie coup de foudre tombe sur elle; car o*en est un pour une femme qui aime comme Phèdre, et qui aime malgré elle. Que de beautés déjà, sans ce qu'on va Toir! Et toutes dépendent de cet épisode tant blâmé des amours d*Hippolyte et d*Aricie. Ah ! que ne commet-on souvent de pareilles fautes , dût-on faire toojoors de semblables critiques ! nous aurions des chefsd'oeu^re do plus. (L.)

424 PHÈDHIS.

Je cédois au remords dont j'étcHS tourmentée. Qui sait même où m'alloit porter ce repentir? Peut-être à m'aocuser j'aurois pu consentir; Peut-être, si la voix ne m'eût été coupée , L'afFreuse vérité me seroit échappée.

Uippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi l Aricie a son cœur! Aride a sa foi !

Ah, dieux l Lorsqu'à mes vœux Tingrat inexorable S'armoit d'un œil si fier, d'un fix)nt si redoutable » Je pensois qu'à l'amour son cœur toujours fermé Fût contre tout mon sexe également armé : Une autre cependant a fléchi son audace; Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. Peut-être a-t-il un cœur facile à s'attendrir : Je suis le seul objet qu'il ne sauroit souffrir >. Et je me chargerois du soin de le défendre !

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