‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 325 sur 328 · ACTE V, SCÈNE VI. 54i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI. 54i

Ah! pourquoi les mortels ne peuvent-ils pas k leur tour maudire les dieux, et les dévouer au trépas!

DIANE

Arrête et calme-toi: tu ne descendras pas sans vengeance sur les sombres bords; etPinjuste courroux de Vénus ne se sera pas impunément exercé sur un mortel si recommandable par sa piété et sa vertu : le plus cher favori de cette déesse cruelle expiera les fureurs de sa souveraine ' ; il tombera sous les traits inévitables que va lui lancer ma main. Pour toi, cher et infortuné Hippolyte! si le sentiment de la gloire peut adoucir l'amertume de tes regrets , apprends qu'on te rendra les plus grands honneurs dans ta patrie: désormais les vierges viendront, avant de subir le joug de l'bymen , déposer leur chevelure sur ton tombeau; leurs larmes couleront sur ta cendre; elles consacreront ta mémoire par des chants funèbres ^y et la passion malheureuse de Phèdre sera l'objet éternel de leurs entretiens. Et toi , fils du vieux Egée , prends ton fils dans tes bras , adoucis ses derniers moments par les témoignages de la tendresse paternelle; ce n'est pas volontairement que tu t'en es privé : il faut excuser les fautes que les dieux font commettre aux hommes. Et toi y mon cher Hippolyte, je te recommande de ne point haïr ton père: tu connois l'affreuse fatalité qui a causé ta perte. Adieu : le dernier souffle de ta vie est prêt à s'exhaler : il ne m'est pas permis de voir cet objet funèbre y et de souiller mes yeux du spectacle de la mort.

' AUiuîon à la mort d'Adonis , qu'un sanglier fit périr à la chasse. On suppose que cet animal féroce fut envoyé par Diane pour venger la mort dHippolyte. (G.)

' Ces fêtes en l'honneur d'Hippolyte se célëbroient toiu les ans k Tréxéne , dans un temple que Diooêde avoit £ût élever à ce héros. (G.)

542 HIPPOLYTE

Retournez vers TOlympe, ô vierge immortelle et fortunée, et que ce long entretien avec un mourant n^altère point votre immuable félicité! Je vous ai toujours obéi: fidèle à vos ordres jusqu'au dernier moment , j^oublie l'injustice de mon père. Ah! quel épais nuage vient couvrir mes yeux! Approchez, mon père, embrassez-moi; soulevez mon corps !

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