‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 42 sur 328 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

HONIME, MITHRIDATE.

MITHillDATB.

Enfin j'ouvre les yeux, et je me fais justice : C'est faire à vos beautés un triste sacrifice. Que de vous présenter, madame, avec ma foi , Tout Fâge et le malheur que je traîne avec moi. Jusqu ici la fortune et la victoire mêmes * Cachoient mes cheveux blan^ sous trente diadèmes.

roo; elle est Talable, et doit éire admise. Quand Teffet relive le moyen, Ton jastifie Tautre, à moins que lè moyen ne soit hors de )a raison et de la nature ; car jamais rien de faux n*est excusable. 11 van^roit epcore mieux, sans doute, n avoir besoin d'aucune espèce de justification ; et c*est encore Racine qui a le plus souTent cet avantage. (L. )

' Mêmes est ici adverbe , et non adjectif; il ne peut donc prendra le pluriel, ce qui n'écoit peut-être pas une faute du temps de Racine; car on retrouve le même mot , employé comme adverbe, avec le pluriel , dans les ëpitres VIII et X de Boileau. Mais quelle magnifique image ! quel nombre ! quelle harmonie l Remarquons que le rôle de Mithridate est écrit avec une pompe et une majesté qui relèvent encore la grandeur d'un roi qui portoit trente diadèmes. Le style de ce rôle a un caractère si imposant, qu'il seroit facile, en prenant des vers an hasard dans la pièce, de reconnoitre si le poète fait parler Blithridate on quelque autre personnage.

Mais ce temps*là n'est plus : je régnois ; et je fuis.

Mes ans se sont accrus ; mes honneurs sont détruits ;

Et mon front, dépouillé d'un si noble avantage ,

Du temps tjui la flétri laisse voir tout loutrage.

D'ailleurs mille desseinsjpartagent mes esprits :

D'un camp prêt à partir vous entendez les cris;

Sortant de mes vaisseaux, il faut que j'y remonte.

Quel temps pour un hymen, qu'une fiiite si prompte,

Madame ! Et de quel front vous unir à mon sort.

Quand je ne cherche plus que la guerre et la mort?

Cessez pourtant, cessez de prétendre à Phamace:

Quand je me fais justice, il faut qu'on se la fasse.

Je ne souffrirai point que ce fils odieux,

Que je viens pour jamais de bannir de mes yeux,

Possédant une amour qui me fut déniée ',

Vous fasse des Romain^devenir L'alliée.

Mon trône vous est dû : loiii de m'en repentir,

Je vous y place même avant que de partir.

Pourvu que vous vouliez qu'une main qui m'est chère,

Un fils , le digne objet de l'amour de son père,

Xipharès , en un mot, devenant votre époux,

Me venge de Pharnace , et m'acquitte envers vous.

• Dénié pour refusé. Ce mot a peut-être Weilli comine le diseot quelques commentateurs , et cependant il n'en est pas moins bon. D'après la définition de l'académie, il ne signifie pas seulement refu^ ser^ mais réfuter quelque chcte que la Justice ne veut pas quon refuse. Cest donc un mot dont notre lang^ue ne peut se passer, et l'exemple des plus grands poètes doit en consacrer l'usage, puisqu'il est encore employé dans Iphi^énicy act. I, se. i ; dans Boileau, Art poé» tique; et dans Voltaire, Mort de César. Alliée rime mal aTec déniée.

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