‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 61 sur 328 · ACTE V, SCÈNE I. io · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. io

Au moins, en tenninant ma vie et mon supplice, Ne pouvois-tu me rendre un funeste service? A mes tristes regards, va, cesse de t'offrir; D'autl-es armes sans toi sauront me secourir : Et périsse le jour et la rnsSn meurtrière Qm jadis sur mon front t'attacha la première ■ !

PHŒDIMK.

On vient, madame, on vient; et j'espère qu'Arcas',. Pour bannir vos frayeurs, porte vers vous ses pas.

SCEKE IL

MONIME, PHŒDIME, ARGAS.

MONIME

En est-ce fait, Arcas? et le cruel Pharnace...

ARGAS.

Ne me demandez rien de tout ce qui se passe. Madame : on m'a chargé d'un plus funeste emploi; Et ce poison vous dit les volontés du roi.

PHŒDIME.

Malheureuse princesse!

MONIME

Ah ! qupl comble de joie !

cette apostrophe est extrêmement touchante : elle est particulièrement recommandable par rélëffaoce , la douceur, et le charme da Mtjl^. (G.) ^

' Qui ne se rapporte qu'à la main : il y a une ellipse. Périsse le ÎQttr oik ce bandeau fut attaché sur mon front, et la main qui me rattacha la première. (G.)

io4 MITHRIDATE.

Donnez. Dites, Ârcas, au roi qui me Fenvoie Que de tous les présents que ma faits sa bonté. Je reçois le plus cher et le plus souhaité. A la fin je respire ; et le ciel me délivre Des secours importuns qut me forçoient de vivre. Maîtresse de moi-même, il veut bien qu'une fois ' Je puisse de mon sort disposer à mon choix ■ .

* PHOEDIME.

Hélas!

MONIME

Retiens tes cris; et. par d'indignes larmes, De cet heureux moment ne trouble point les charmes. Si tu m'aimois, Phœdime, il falloit me pleurer ^ Quand d'un titre funeste on me vint honorer. Et lorsque, m'arrachant du doux sein de la Grèce, Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse. Retourne maintenant chez ces peuples heureux; Et, si mon nom encor s'est conservé chez eux,

' C'est une espèce d'imitation de la rëpons* de Sophonisbe à Tesclave qui lui apporta le poison de la part de Massinissa : ■ Ac- « cipio , inquit , nuptiale munus; nec ingratum, si nihil majus vir • uxori prœstare potnit. » (TrrE-LrvE, Hv. XL, ch. lo.) Plutarque écrit que Statira, sœur de Mithridate, « fit remercier ce prince, « dans une circonstance pareille, de l'attention qu'il avoit eue de « se souvenir d'elle, et d'êmpécher qu'elle ne tombât au pouToir « du vainqueur. » (Jj. B.)

* Excellent morceau : voilà cet intérêt de style , sans lequel celui des situations ne ^e soutient qu'à l'aide du théâtre et de l'actrice. Ici la douleur devient plus douce et plus talme, sans é^ moins touchante, et ce contraste avec le morceau précédent est encore un autre genre de mérite. Monime est plus tranquille , parcequ'elle se croit sûre de mourir. Ses paroles sont pleines de ce pathétique

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