‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 96 sur 328 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

IPHI6ÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS.

De cet accueil que dois-je soupçonner?

D'une secrète horreur je me sens frissonner : Je crains » malgré moi-même , un malheur que j'ignore. Justes dieux! vous savez pour qui je vous implore !

' Quel tendra et {nrodi|;ieax effet cause Tarrit^e d'Iphigédie ! Elle yoim auprès de son père aux yei» d'Ériphile même , de son pire,' qui a pris enfin la résolution de la sacrifier ; chaque mot de cette scène tourne le poignard dans le cœur. Iphigënie ne dit pas des choses outrées , comme dans Euripide : je voudrois être folle, on faire la folle, pour vous égayer, pour vous plaire. Tout est noble dana la pièce fraoçoise, mais d'yme simplicité attendrissante; et la scène finit par ces mots terribles : Fous y serez, ma fille, sentence de mort , après laquelle il ne faut plus* rien dire. On prétend que ce mot déchirant est dans Euripide ; on le répète saus cesse : non, 0 n'y est pas... Biais, comment se pent-il firirê qu'après cet arrêt de mort qn'IjphigéBÎe ne comprend point, mais que le spectateur entend avec tant d*émotion , il y ait encore des scènes touchantes dans le même acte , et même des coups de théâtre frappants? c'est là, seloti moi, qu*est le comble de la perfection. (Volt.) ( Vojfex la scène it de Tacte ni de VIphigénie d*Euripide. )

176 IPHIGÉNIE

ÉRi'PHILE.

Quoi! parmi tous les soins qui doivent Taccabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler! Hélas! à quels soupirs suis-je donc condamnée. Moi qui, de mes parents toujours abandonnée, Étrangère par-tout, n ai pas, même en naissant. Peut-être reçu d'eux un regard caressant! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère; Et, de quelque disgrace enfin que vous pleuriez. Quels pleurs par un amant n&sont point essuyés!

IPHIGÉNIE

Je ne m'en défends point: mes pleurs, belle Ériphile,

Ne tiendront pas long-temps contre les soins d'Achille;

Sa gloire, son amour,* mon père, mon devoir.

Lui donnent sur mon ame un trop juste pouvoir.

Mais de lui-même ici que faut-il que je pensé? I

Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience ,

Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher,

Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,

S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue

Qu'avec tant de transports je croyois attendue?

Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux.

Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux.

Je l'attendois par-tout; et, d'un regard timide,

Sans cesse parcourant les chemins de l'AuIide,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi ,

Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.

Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue;

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