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HARMONIES ÉLÉMENTAIRES DES PLAia'E&
Les plantes ont autant de parties principales, quUI y a dYlémcnts avec lesquels elles cnlrelicnncnt des relations. Elles en ont par les fleurs, avec le soleil qui féconde et mûrit leur ficmence; par les feuilles, avec les eaux qui les arrosent; par les tiges, avec les vents qui les agitent; par les racines, avec le terrain qui les porte ; et par les graines, avec les lieux où elles doivent naître. Ce n'est pas que ces parties principales niaient encore des relations indirectes avec les autres éléments, mais il nous suffira de nous arrêtera celles qui sont immédiates.
ll\RMONl£S ^XÉMENTAIRES DES PLANTES AVEC LE SOLEIL, PAR LES FLEURS.
Quoicpie les botanistes aient fait de grandes et laborieuses recherches sur les plantes, ils ne se sont occupés d'aucun de ces rapports. £nchahiés par leurs systèmes, ils se sont attachés particulièrement à les considérer du côté des fleurs; et ils les ont rassemblées dans la m^me classe, quand ils leur ont trouvé ces ressemblances extérieures, sans chercher même quel pouvait être Tusage particulier des différentes parties de la floraison. A la vérité, ils ont reronmi celui des étamines, desanihères et des stigmates, ])our la fécondation
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du fruit; mais, cclui-l!^ et quelques autres qui regardent Torganisation intérieure exceptés, ils ont nc^gligi^ ou méconnu les rapports que lu plante entière a avec le reste de la nature.
Cette division partielle les a fait tomber dans la plus i^trange confusion; car, en regardant les fleurs comme les caractères principaux de la végétation, et en comprenant dans la nu^me classe celles qui étaient semblables, ils ont réuni des plantes fort étrangères les unes aux autres, et ils en ont séparé, au contraire, qui étaient évi-^ demment du même genre. Tel est, dans le premier cas, le chardon de bonnetier, appelé r///;sacus, qu^ils rangent avec les scabieuses, ;\ cause de la ressemblance de quelques parties de sa fleur, quoiqu'il présente, dans ses branches, ses feuilles, son odeur, sa semence, ses épines et le reste de ses qualités, un véritable chardon ; et tel est, dans le second, le marronnier dMnde , qu ils ne comprennent pas dans laclasse des cliAtaigniers, parce quMl a des fleurs différentes. (Ihusser les plantes par les fleui*s, c'est -;Vdire, par les parties de leur fécondation, c'est classer les animaux par celles de la génération.
Cependant, quoiqu'ils aient rapporté le caractère d'une plante à sa fleur, ils ont méconnu Tusage de sa partie la plus éclatante, qui est celui de la corolle. Us appellent corolle, ce que nous appelons les feuilles d'une fleur, du mot latin
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corolla, parce que ces feuilles sont disposées en forme de petites couroniies dans un grand noat bre d^espèces , et ils ont donné le nom de pétala aux divisions de cette couronne. A la vérité, quelques-uns Font reconnue propre à couvrir les parties de la fécondation avant le développement de la fleur ; mais son calice y est bien plus propre, par son épaisseur ^ par ses barbes, et quelquefois par les épines dont il est revêtu. D^ailleun, quand la corolle laisse les étamines à découvert, ^t qu^elle reste épanouie pendant des semaines entières, il faut bien qu'elle serve à quelque autre usage ; car la nature ne fait rien en vain.
La corolle paraît être destinée à réverbérer les rayons du soleil sur les parties de la fécoudationi et nous n'en douterons pas, si nous en considérons la couleur et la forme dans la plupart des fleurs. Nous avons remarqué, dans TEtude précédente , que de toutes les couleurs, la blanche était la plus propre à réfléchir la chaleur : or, elle est en général celle que la nature donne aux fleurs qui écloscntdans des saisons et des lieux froids, comme nous le voyons dans les perce-neiges, les muguets, les hyacinthes, les narcisses, et Tanémonc nemorosa, qui fleurissent au commencement du printemps. Il faut aussi ranger dans cette couleur celles qui ont des nuances légères de rose ou d'azur, comme plusieurs hyacinthes ; ainsi que celles qui ont des teintes jaunes
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et ëclaUntes « comiiie lo8 fleurs des pissenlits, des bassinets des pi^s et des {;in)flées de murailles. Mais celles qui s'ouvrent dans des saisons el des lieux chauds, comme les nielles, les co(]uelicots etlesbluets, qui croissent VM dans les moissons, onl des couleurs tories, telles que le pourpre, le giHM rouge et le l>leu, qui absorbent la chaleur, sans la rt^fléchir beaucotq). Je ne sache pas cependant qu*il y ait de Heur tout-«Vrait noii*e; car alors ses pétales, sans rt'llexion, lui seraient inutiles. £n général, de quelque couleur que soit une fleur, la partie inférieure de î*a corolle, qui rëfltfchit les rayons du soleil, est d*uiie teinte beaucoup plus pAte que le reste. Klle y est nuhne si remarquable , que les botanistes , tpii regardent en général les couleui^s, dans les fleui*s, comme de simples accidents, la distinguent sous le nom «d*onglet. » L\)nglel est, par rapport à la fleur, ce que le ventre est par rapport aux animaux : sa nuance est prestpie toujours plus claire que celle du reste du pétale.
Les formes des fleurs ne s(uit pas moins propres que leurs couleui-s à n41échir la chalem*. Leurs corolles divisées en pétales, ne sont qu'un assemblage de niiroii*s dirigés vers un foyer. Elles en ont t.intât quatre qui sont plans, comme la fleur du chou dans les ci^cil^res; ou mi cercle entier, comme les niat*guerites dans les radiées ; ou des portions sphériques, comme les roses; ou
des sphères entières, comme les grelots du mu-l' guet; ou des cônes tronqués, comme la digitale, dont la corolle est faite comme un de à coudre. La nature a mis au foyer de ces miroirs plans, ^phériques, elliptiques, paraboliques, etc., les parties de la fécondation des plantes , comme eik a mis celles de la génération dans les animaax, aux endroits les plus chauds de leur corps. Ces courbes, que les géomètres n^ont pas encore examinées , sont dignes de leurs plus profondes recherches. Il est même bien étonnant qu'ib aient employé tant de savoir pour trouver des courbes imaginaires et souvent inutiles , et quHls n'aient pas cherché à étudier celles que la nature emploie avec tant de régularité et de variété dans une infmité d^objels. Quoi quUl en soit, les botanista s^cn sont encore mohis souciés. Us comprennent celles des fleurs sous un petit nombre de classes, sans avoir aucun égard à leur usage , ni même le soupçonner. Us ne font attention qu^à la division de leurs pétales, qui ne change souvent rien à la configuration de leurs courbes, et ils réunissent fréquemment, sous le même nom, celles qui sont le plus opposées. Cest ainsi qu^ils comprennent, sous le nom de « monopétales, » le sphéroïde du muguet et la trompette du convolvulus.
Nous obsei-verons à ce sujet une chose très-re marquabie , c'est que souvent telle est la courbe que forme le limbe ou extrémité supérieure du
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pétale, telle est celle du plan du pëtale même ; de sorte que la nature nous présente la coupe de chaque fleur dans le contour de ses pétales , et nous donne à -la -fois son plan et son élévation. Ainsi, les roses et rosacées ont le limbe de leurs pétales en portion de cercle , comme la courbure de ces mêmes fleurs; les œillets et les bluels qui ont leurs bords déchiquetés , ont les plans de leurs fleurs plissés comme des éventails, et forment une multitude de foyers. On peut , au défaut de quelque fleur naturelle , vérifier ces curieuses remarques sur les dessins des peintres qui ont dessiné le plus exactement les plantes, et qui sont en bien petit nombre. Tel est, entre autres, Âubriel, qui a dessiné celles du Voyage au Levant de Tournefort, ^ avec le goût d'un peintre, et la i>récision d'un botaniste. On y verra la -confirmation de ce que je viens de dire. Par exemple, la scoi^oiiera grœca saxcUilis et ninritirnajollls rarir laciriiatis, qui y est représentée, a ses pétales ou demi-fleurons équarris par le bout, et ]>lans dans leur surface. La fleur de la sfnc/ûs crctica bitijolia qui est une monopétale en tuyau, a la partie supérieure de sa corolle ondée ainsi que son tuyau. La àunpanula grœca scujcatUis jacobeœ foliis , présente ces consonnances d^me manière encore plus frappante. Cette campanule , que Tournefort regarde
* Tournefort, Voyage au Levant, tome L 2. l)$
comme la plus belle quUl ait jamais vue , el qu'il sema au Jardin du Roi, où elle a réussi, est de forme pcntagonale. Chacun de ses pans est formé de deux portions de cercle , dont les foyers se réunissent sans doute sur la même antlière ; et le limbe de cette campanule est dëcoupë en cinq parties , dont chacune est taillée eti arcade gothique, comme chaque pan de la fleur. Ainsi, pour èomiaitre tout d'un coup la courbure d'une fleur, il suffit d'examiner le bord de son pétale. Ceci est fort utile à observer, car il serait autrement fort difficile de déterminer les foyers des pétales : d'ailleurs, les fleurs perdent leurs courbures internes dans les herbiers. Je crois ces consonnances générales; cependant je ne voudrais pas assurer qu'elles fussent sans exception. La nature peut s'en écarter dans quelques espèces, pour des raisons qui me sont inconnues. Nous ne saurions trop le répéter, elle n'a de loi générale et constante que la convenance des êtres. Les relations que nous venons de rapporter entre la courbure des limbes et celle des pétales, paraissent d'ailleurs fondées sur cette loi universelle, puisqu'elles présentent des convenances si agréables à rapprocher.
Les pétales paraissent tellement destinés à rechauffer les parties de la fécondation, que la nature en a mis un cercle autour de la plupart des fleurs composées, qui sont elles-mêmes des agrégations de petits tuyaux en nombre infini, qui
DE LA NATURE. ayS
forment autant de fleurs particulièi^s appelées fleurons. G^est ce qu'on peut remarquer dans les pétales qui omironnent les disijues des margue* rites et des soleils. On les retrouve encore autour de la plupart des ombellifercs : quoique chaque petite fleur qui les compose ait ses pétales particuliers, il y en a un cercle de plus grands qui entoure leur assemblage , ainsi qu'on peut le voir aux fleurs du daucus. *
La nature a encore d'autres moyens de multiplier les reflets de la chaleur dans les fleurs. Tan* tôt elle les place sur des tiges peu élevées , afin qu'elles soient échaulfées par les réflexions de la terre ; tantôt elle glace leur corolle d'un vernis brillant, comme dans les renoncules jaunes des prés, appelées bassinets. Quelquefois elle en soustrait la corolle , et fait sortir les parties de la fécondation des parois d'un épi , d^un cône ou d'une branche d'arbre. Les formes d'épi et de cône paraissent les plus propres a réverbérer sur elles Faction du soleil, et à assurer leur fructification ; car elles leur présentent toujours quelque côté abrité du froid. Il est même très-remarquable que
* L^aoteur donne ici , peut-être Improprement , le nom de pétales , à la collerette des ombellîfères et aux fleurons complets qui environnent le disque de la marguerite. Mais ce n'est que la pauvreté de la langue qu'il faut accuser du peu de justesse de cette expression qui , au reste, rend très-bien Fidée. {Note de l'Éditeur. )
Tagregation de fleurs en cône ou en épi est fort commune aux herbes et aux arbres du nord, et est fort rare dans ceux du midi. La plupart des graminées que j^ai vues dans les pays du midi, ne portent point leurs grains en épi , mais en panaches flottants, et divisés par une multitude de tiges particulières, comme le millet et le riz. Le mais ou blé de Turquie y porte , à la vérité, un gros épi : mais cet épi est long-temps enfermé dans un sac; et quand il en sort, il pousse au-dessus de sa tête un long chevelu qui semble uniquement destiné i abriter ses fleurs du soleil. Enfin, ce qui confirme que les fleurs des plantes sont ordonnées à Faction de la chaleur suivant chaque pays, c^est que beaucoup de nos plantes d'Europe végètent fort bien aux îles Antilles, et n'y grainent jamais. Le P. Du Tertre y a observé * que les choux, le sainfoin, la luzerne, la sarictte, le basilic, rortie,le plantain, Tabsinthe, la sauge, Thépatique, Tamarante et toutes nos espèces de graminées y croissaient à merveille , mais n'y donnaient jamais de graines. Ces observations prouvent que ce n'est ni l'air, ni la terre qui leur est contraire , mais le soleil qui agit trop vivement sur leurs fleurs; caria plupart de ces plantes les portent agrégées en épis qui augmentent beaucoup la répercussion des rayons solaires. Je crois cependant qu^on pourrait
* Histoire naturelle des tles Aatilles, par le P. Du Tertre.
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les naturaliser dans ces îles , ainsi que beaucoup d^autres végétaux de nos climats tempérés, en choisissant, dans les variétés de leurs espèces, celles dont les fleurs ont le moins de champ, et dont les couleurs sont les plus foncées , ou celles dont les panicules sont divergents.
Ce n'est pas que la nature n'ait encore d'autres ressources pour faire croître des plantes du même genre, dans des saisons et des climats différents. Elle en rend les fleurs susceptibles de réfléchir la •chaleur à différents degrés de latitude, sans presque rien changer à leurs formes. Tantôt elle les place sur des tiges élevées, pour les soustraire à la réflexion du sol. * C'est ainsi qu'elle a mis^ entre les tropiques , la plupart des fleurs apparentes sur des arbres. J'y en ai vu bien peu dans les prairies, mais beaucoup dans les forêts. Dans ces pays , il faut lever les yeux en haut pour y voir
* On troave dans la Flore des Aotllles, de M. de Tussac, une observation qui appuie celle de Fauteur des Études. A la Jamaïque , l'ardeur continue du soleil , pendant plusieurs mois , donne au sol la dureté de la pierre, et le dépouille de tous ses végétanx. Lanatnre vient alorsau secours de ces tristes contrées ; elle couvre cette terre desséchée d'arbres (Jle brosùnuni alicaitrum ) , dont les feuilles se multiplient sous les feux du ciel. Ce sont des espèces de prairies qu'elle élève dans les airs , au moment où celles de la terre se sont flétries. C'est une récolte qu'elle prépare pour Thomme e^t pour les animaux , et peutêtre que , sans cette prévoyance singulière , ce climat serait inhabitable une partie de l'année. {Note de l' Éditeur. )
des fleurs : dans le nôtre , il faut les baisser k terre. Elles sont chez nous sur dés herbes et sur des arbrisseaux. Tantôt elle les fait eclore it Toinfare des feuilles ; telles sont celles des pabniers et des jacquiers, qui croissent immédiatement au tronc de Tarbre. Telles sont aussi chez nous ces larges dochés blanches, appelées chemises de Nots^^Dame, qui se plaisent k Tombre des saules. Il y en adW très, comme les fleurs de quelques convolTohis, qui ne s^ouvrent que la nuit ; d^autres vieMient i terre et à découvert, comme les pensées ; nais elles ont leurs pavillons sombres et veioatés. Uy en a qui reçoivent Taction du soleil qnand il est bien élevé , comme la tulipe ; mais la nature a pris les précautions de ne faire paraître cette large fleur qu^au printemps , de peindre 9es pétales de couleurs fortes, et de barbouiller de noir le fond de sa coupe. ^<> D'autres sont tiisposées en girandoles, et ne reçoivent l'effet des rayons solaires que sous un rumb de vent. Telle est la girandole du lilas, qui, regardant par ses différentes faces le levant, le midi , le couchant et le nord , présente sur le même bouquet, des fleurs en boulon, entr' ouvertes, épanoniés, 'et toutes les miances ravissantes de la floraison.
Il y a des fleurs, comme les composées, qui, étant dans une situation horizontale , et tout-àfait à découvert, voient, comme notre horizon, le soleil depuis son lever jusqu^à son coucher:
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telle est la fleur du pissenlit. Mais elle a un moyen bien particulier de s'abriter de la chaleur : elle se referme quand elle devient trop grande. On a obsenré qu'elle s'ouvre , en été , à cinq heures et demie du matin , et réunit ses pétales vers Le centre à neuf heures. La fleur de la chicorée des jardins, qui est, au contraire, dans un plan .vertical, s'ouvre à sept heures, et se ferme à dix. C'était par «ne suite d'observations semblables, que le célèbre Linn^us avait formé une horloge botanique ; car il avait trouvé des plfiuites qui ouvraient leurs fleurs à toutes les heures du jour et de la nuit. On cultive au Jardin du Roi une espèce d'àloès serpentin sans épines, dont la fleur, grande et belle, exhale une forte odeur de vanille dans le temps de son épanouissement, qui est fort court. Elle ne s'ouvre que vers le mois de juillet, sur les cinq heures du soir : on la voit alors entr' ouvrir peurà-peu ses pétales, les étendre^ s'épanouir et mourk. A dix heures du soir, elle est totalement flétrie, au grand étonnemcnt des spectateurs qui y accourent en foule ; mais on n'admire que ce qui est rare. La fleur de notre épine conmiune ( qui n'est pas celle de l'aubépine ) est encore plus extraordinaire ; car elle fleurit si vite, qu'à peine a-t-on le temps d'observer son développement.
Toutes ces observations démontrent clairement les relations des corolles avec la chaleur. J'en ajouterai une dernière , qui prouve évidemment leur
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usage ; c'est que le temps de leur existence cstrfglé sur la quantité de chaleur qu^elles doivent rassembler. Plus il fait chaud, moins elles ont de durée. Presque toutes tombent dès que la plante est fécondée.
Mais si la nature soustrait le plus grand nombre des fleurs à Faction trop violente du soleil, elle en destine d'autres à parsdtre dans tout Viciai de ses rayons sans en être ofTensëe. Elle a donné aux premières des réverbères rembrunis ou qui se feinment suivant le besoin ; elle donne aux autres des parasols. Telle est Timpériale, dont les fleurs en cloclies renversées croissent à Tonibrc d'un panaclie de feuilles. Le chrysanthemum pernvianum, oii, pour parler plus simplement, le tournesol , qui se tourne sans cesse vers le soleil , se couvre , comme le Pérou d'où il est venu, dr nuages de rosér (pii rafraîchissent ses fleurs pendant la ]>lus grande ardeur du jour. La fleur blanche du lychnis,qui vient Tété dans nos champs, et qui ressemble de loir à une croix de Malte, a une espère (fétranglement ou de petite collerette placée h son rentre, en sorte que ses grands pétales brillants renversés en dehors n'agissent point sur ses étaniiues. Le narcisse blanc a pareillement un petit entonnoir. Mais la nature n'a pas besoin de créer de nouvelles parties pour donner de nouveaux caractères à ses ouvrages. Elle les tire à-la-fois de l'être et du néant, et les rend positif:»
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OU nëgatifs, à son grc. Elle a donné des courbes h la plupart des fleurs, pour réunir la chaleur à leur centre ; elle emploie, quand elle veut, les mêmes courbes pour Ten écarter : elle en met les foyers en dehors. Cest ainsi que sont disposés les pétales du Uà , qui sont autant de sections de parabole. Malgré la grandeur et la blancheur de sa coupe , plus il s*épanouit, plus il écarte de lui les feux du goleil ; et pendant qu'au milieu de Tété, en plein midivtoutes les fleurs brûlées de ses ardeurs s'il^dinent et penchent Icuçs têtes vers la terre, le lis, comme un roi, élève la sienne, et contemple face à face Fastre qui brille au haut des cieux.
Je vais rapporter, en peu de mots, les relations positives ou négatives des fleurs par rapport au soleil, aux cinq formes élémentaires que j'ai posées, dans FEtude précédente , comme les prin* cipes de Tharmonie des corps. Cest bien moins un plan que je prescris aux botanistes, quune invitation d'entrer dans une carrière aussi riche en observations , et de corriger mes erreurs , en nous faisant part de leurs lumières.
U y a donc des fleurs à réverbères perpendiculaires, coniques, sphériques, elliptiques, paraboliques ou plans. On peut rapporter à ces courbes celles de la plupart des fleurs. 11 y a aussi des fleurs à parasol , mais celles - ci sont en plus grand nombre ; car les effets négatifs dans toute harmonie, sont bien plus nombreux
que les effets positif. Par exemple ^ il n^y a qu^un seul moyen de venir à la TÎe , et il y ( a des milliers pour en sortir. Cependant noiii apposerons à chaque relation positive des fleun avec le soleil, une relation négative privcipak, afm qu^on puisse comparer leurs effets dans chaque latitude. *
Les fleurs à réverbères perpendiculoiAs^ sont celles qui naissent adossëes à ua cône , à des chatons alongés, ou à «n épi : telles aont celles des cèdres , des mélèzes , des sapias , des bouleaux , des genévriers , de la plupart den ^aminées du nord , des végétaux des montagnes froides et élevées, comme les cyprès et les pins; ou de ceux qui fleurissent chez nous dès la fin de rfaiver, comme les coudriers et les saules^ Une partie des fleurs, dans cette position , est abritée du vent du nord , et reçoit la réflexion d« soleil du côré du midi. Il est remarquable que tous les végétaux qui portent des cftries , des chatons ou des épis, les présentent à rextrémité de leurs tiges , exposés à toute l'action du soleil. 11 n'eu est pas de même de ceux qui croissent entre les tropiques , dont la plupart , comme les palmiers, portent leurs fleurs divergentes, attachées h des grappes pendantes, et ombragées par leurs rameaux. Les graminées des pays chauds ont aussi, presque toutes, leurs épis divergents, tels sont les mils d'Afrique. L'épis solide du
maïs d^ Amérique est couronné par un chevelu qui abrite ses fleurs du soleil. On a représenté dans la planche Toisine un épi de froment de l'Eurape , et un épi de riz de TAsie méridionale , afin qu^on les puisse comparer.
Les fleurs à réveri)ères coniques réfléchissent sur les parties de la floraison un cône entier de lumière. Son action est très -forte ; aussi il est remarquable que la nature n'a donné cette C€«tfigciration de pétale qu'aux fleurs qui croissent à Tombre des arbres , comme aux convoivul«s qin grimpent autour de leurs troncs ; et qu'elle a rendu cette fleur de peu de durée : car k peine elle subsiste un demi -jour; et quand sa fécondation est achevée , son limbe se reploie e«i "dedans , et se referme comme une bourse. La nature Ta cependant fait croître dans les pays méridionaux , mais elle l'y a teinte de violet et de bleu pour affaiblir son effet. De plus, cette fleur ne s'y ouvre guère que pendant la nuit. Je présume que c'est ii ce caractère nocturne qu'on peut distinguer principalement les convolvulus des pays chauds , de ceux de nos climats , qui s'ouvrent pendant le jour. On a représenté dans la plandie le convolvulus de jour ou de nos climats , ouvert y et celui de nuit ou des pays chauds , fermé ; l'un avec un caractère positif avec la lur raière , et l'autre avec un caractère négatif. *
"^ Pto convohnilus de nuit, Tauieur entend les quamocliites,
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Les fleurs qui participent le plus de cette forme conique , sont celles qui naissent à Tentrëe di printemps, comme la fleur de rAmm, qui eit faite eu cornet , ou celles qui viennent dans ki montagnes élevées, comme Toreille d^ours du Alpes: lorsque la nature l'emploie en ëté,-c*eit presque toujours avec des caractères négatife, tels que dans les fleurs de la digitale qui sont inclinées et teintes en gros rouge ou en blea
Les fleurs à réverbères sphériques , sont celles dont les pétales sont figurés en portions de sphère. On peut s^amuser, non sans plaisir, i considérer que ces pétales à portion de sphère, ont à leurs foyers les antlicrcs de la fleur portées sur des filctâ plus ou mouis alongés pour cet effet. 11 est encore digne de remarque que disque pétale est assorti à son anthère particulière , ou (|ueK|uei'ois a deux ou m(^me à trois : en sorte que le nombre des pétales dans une fleur divise presque toujours exactement celui des anthères, j'our les pétales , ils ne passent guère le nombre do ein(| dans les fleurs en rose, comme si la na-
Woiit (iD connaît une trentaine d^espèces étrangères à l*£iirope. i'/est .lu flambeau que M. IVedouté a figuré Te&pèce qui le irouve dans un det>rs ouvrages. Plusieurs botanistes ont vonh ^('•llare^ les quanioilittes des liserons et en (aire un genre partiniliiT , mais les raractères qui les distinguent n\)nt pas paru sofli ^anls pour adopter cette nouvelle division. ( Noie tie VÉS-
^ rture avait voulu y exprimer le nombre des cinq ■ termes de la progression élémentaire j dont cette ^kelle forme est l'expression harmonique. Les 4 fleurs à réverbères sphériques sont très-comf mones dans nos climats tempérés ; elles ne ren- !.. voient pas toute la réflexion de leurs disques f sur les anthères , comme le convolvulus , mais I seulement la cinquième partie , parce que cha- I cun de leurs pétales a son foyer particulier. La fleur en rose est répandue sui: la plupart des arbres fruitiers , comme poiriers , pommiers , pêchers 9 pruniers, abricotiers, etc. et sur beaucoup d'arbrisseaux et d'herbes , comme les épines noire et blanche , les ronces , les fraisiers , les anémones , etc. , dont la plupart donnent à ^rhMune des fruits comestibles , et qui fleurissent ai4(iois de mai. On peut aussi y rapporter les sphéroïdes , comme les muguets. Cette forme qui est l'expression harmonique des cinq formes élémentaires , convenait très - bien à une tem* pérature ,comme la nôtre , qui est elle - même moyenne proportionnelle entre celle de la zone glaciale et de la zone torride. Comme les révert>eres sphériques rassemblent beaucoup de rayons à leurs foyers, leur action y est très-forte, mais aussi elle dure peu. On sait que rien ne passe plus vite que les roses. Les fleurs eu rose sont rares entre les tropiques, sur-tout celles dont les pétales sont blancs. Elles n'y réussissent
qu'à Tombrc des arbres. J'ai vu à llle-de-France plusieurs habitants s'efforcer en vain d'y faîit venir des fraises ; mais l'un d'eux , qui denie«« rait , à la vérité , dans une partie élevée de Tile, trouva le moyen de s'en procurer en abondance , en les plantant sous des arbres , dans des terrains à demi-défrichés. £n récompense , la nature a multiplié dans les pays chauds les fleun papilionacées ou légumineuses. La fleur légumineuse est entièrement opposée à la fleur en rase; elle a pour l'ordinaire cinq pétales arrondis • comme celle-ci : mais au lieu d'être disposés autour du centre de la fleur , pour y réverbérer les rayons du soleil, ils sont au contraire reployés autour des anthères , pour les mettre à l'abri. On y distingue un pavillon , deux ailes , et unn^ rènc partagée pour l'ordinaire en deux , qtpkcouvre les anthères et l'embryon du fruit. Ainsi, entre les tropiques, un grand nombre d'arbres, d'arbrisseaux , de lianes et d'herbes, ont des fleurs papilionacées. Tous nos pois et nos haricols j réussissent à merveille , et ces pays en produisent des variétés infinies. 11 est même remarquable que les nôtres se plaisent dans les plages sablonneuses et chaudes , et donnent leurs fleurs au milieu de Tété. Je regarde donc les fleurs légumineuses, comme des fleurs à parasol. On peut aussi rapporter à ces mêmes effets négatifs du soleil, la forme des fleurs en gueule qui cadicut
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leurs anlbèref, comme le mufle de veau qui se plaît sur les flauc^ de^^ murailles.
Lea fleuri à rëverbères elliptiques , sont celles qui prësentenl des formes de coupes ovales, plus étroites du haut que du milieu. Ou sent que cette formfi de coupe,dont les pc^rlales perpendiculaires se rapprochent du sommet, abrite en partie le fond de la fleur , et que les courbes de ces mêmes pétales , qui ont plusieurs foyers , ne réunissent pas les rayons du soleil vers un seul centre : telle est la tulipe. 11 est remarquable que cette forme de fleur alongée , est plus commune dans les pays chauds que la fleur en rose. La tulipe croît d^elle-méme aux environs de Conslantinople. On peut rapporter aussi h cette forme celle des li^ liacées , qui y sont aussi plus fréquentes qu ailleurs. Cependant , quand la nature les emploie dans des pays encore plus méridionaux , ou dans le milieu de Tété, c'est presque toujours avec des caractères négatifs; ainsi elle a renvc^rsé les fleurs tulipées de 1 impériale originaire de Perse , et les a ombragées d'un panache de feuilles. Ainsi elle renverse en dehors , d^ns nos climats , les pétales du lis ; mais les espèces de lis blancs qui croissent entre les tropiques , ont de plus leurs pétales découpés en lanières. *
^ Cette position de rimpériale, de« aiicoUes et des campanu- - kl, caebe uni* autre prévoyance de b nature. Il est belle de de**
Les fleurs à miroirs paraboliques ou plaujlk sont celles qui renvoient les rayons du soleil pi-llt rallèlement. La configuration des premières donc beaucoup d'éclat à la corolle de ces fleurs , qa jettent, pour ainsi dire, de leur sein un faisceau de
vîner, au seul aspect dWe plante, si ses ëtamines sont plu lot* gués que son pistil , ou si son pistil est plus long que ses éla» nés. Par exemple , toutes les fleurs qui sont droites sur km liges , ont des étamines plus longues que le pîstO , et le contnR arrive dans les fleurs renversées comme celles des i^mpw^: mais cette position n^est pas indifférente, etc^est d'elle qaedè* pend la fécondation des végétaux. Dans les fleurs qui sont droites, la poussière des étamines tombe naturellement sur le piitl placé au-dessous de leurs anthères, et cependauth natiire,^ crainte de manquer son but , les a encore douées de phuicas 'mouvements, rapides, lents ou spontanés ; c'est ainsi que lesB étamines du friiillaria persiva , celles du butonuu unMktus , du zygophj'llitmjabago, du parnassia palusiris , s'approchent alternalîvenient du pistil qu elles couvrent de ktf poussière.
Mais il est des fleurs dont les étamines peuvent à peine attelodre à la moitié du pistil; et le mouvement leur a été refiuci sans doute , parce qu'il leur eût été inutile. C'est donc afin de favoriser la fécondation du végétal , que les fleurs de rînpérîalc, des ancolies, des cam^ianules , etc. , restent pendanlf sur leurs tiges. Cette position qui leur donne tant de grâce est un bienfait , car la poussière des étamines ne peut plus tomlei sans rencontrer le stigmate qui les dépasse. Mais ce qui acbèrr de montrer le dessein secret de la nature, c'est qu'aussitôt qiif le mystère est accompli , le pédoncule qui soutient b corolle »t redresse, la fleur se relève et reste droite sur sa tige. {Note de V Éditeur, )
lumière , car elles la rassemblent vers le fond de lem- corolle , et non sur les anthères. C'est peutêtre pour en affaiblir Faction , que la nature a termine ces sortes de fleurs par une espèce de capuchon que les botanistes appellent éperon. C^cst probablement dans ce tuyau que se rend le foyer de leur parabole , qui est peut-être situe , comme dans plusieurs courbes de ce genre , audelà de son sommet. Ces sortes de fleurs sont fréquentes entre les tropiques ; telle est la fleur de poincillade des Antilles, autrement appelée fleur de paon, à cause de sa beauté ; telle est aussi la capucine du Pérou. On prétend même que Tcspèce vivace est phosphorique la nuit. Les fleurs à miroirs plans produisent les mêmes effets , et la nature en a multiplié les modèles dans nos fleurs d'été , ou qui se plaisent dans les plages chaudes et sablonneuses , comme les radiées , telles que les fleurs du pissenlit; on les retrouve dans les fleurs de doroiiic , de laitue , de chicorée, dans les asters, dans les marguerites de nos prairies, etc.... Mais elle en a mis le premier patron sous la Ligne , en Amérique , dans le large tournesol qui nous est venu du Brésil. Comme ce sont les fleurs dont les pétales ont le moins d'action, ce sont aussi celles qui durent le plus longtemps. Leurs attitudes sont variées à Tinfmi ; celles qui sont horizontales, comme celles des pissenlits , se referment , dit-on , vers le milieu 2. 19
290 KTUDES
du jour; ce sont aussi celles qui sont le plus exposées à l'action du soleil, car elles reçoivent ses rayons depuis son lever jusqu^à son coucher. Il y en a d'autres qui, au lieu de clorre leurs pétales, les renversent , ce qui produit à -peu -près le même cfTet; telle est la fleur de camomille. D'autres sont perpendiculaires à Thorizon, comme la fleur de chicorée. La couleur bleue dont elle est teinte, contribue encore à affaiblir les rayons du soleil, qui, dans cet aspect, agirait avec trop d'action sur ell^. D'autres n'ont que quatre pétales horizontaux, comme les cruciées, dont les espèces sont fort communes dans les pays chauds. D'autres portent autour de leur disque, des fleurons qui l'ombragent; tel est le bluet des blés, qui est représenté dans la planche en opposition avec la marguerite. (]elle-ci fleurit au commencement du printemps, et l'autre au milieu de l'été.
Nous avons parlé des formes générales des fleurs , mais nous ne finirions pas si nous voulions parler de leurs diverses agrégations. Je crois cependant qu'on peut les rapporter au plan même des fleurs. Ainsi les ombellifères se présentent au soleil sous les mêmes aspects que les fleurs radiées. Nous récapitulerons seulement ce que nous avons dit sur leurs miroirs. Le réverbère perpendiculaire de cône ou d'épi, rassemble sur les anthères des fleurs un arc de lumière de 90 degrés,
depuis le zénith jusqu'à Thorizon. Il pressente encore dans les inégalités de ses pans, des faces réfléchissantes. Le réverbère conique rassemble un cône de lumière de 60 degrés. Le réverbère sphérique réunit dans chacun de ses cinq pétales, un arc de lumière de 36 degrés du cours du soleil , en supposant cet aslre a Téquateur. Le ré*- Terbère elliptique en rassemble moins par la position perpendiculaire de ses pétales ; et le réverbère parabolique , aini^ que celui à pans , renvoient les rayons du solçil divergents ou parallèles. Lapremièreforme parait fort commune dans les fleurs des zones glaciales ; la seconde , dans celles qui viennent à Tombre ; la troisième, dans les latitudes tempérées ; la quatrième, dans les pays chauds ; et la cinquième , dans la zone torride. Il semble aussi que la nature multiplie les divisions de leurs pétales , pour en affaiblir Faction. Les cônes et les épis n'ont point de pétales. Les convohiilus ii*en ont qu'un ; les fleurs en rose en ont cinq ; les fleurs elliptiques, comme les tulipes et les liliacées , en ont six ; les fleurs à réverbère plan, comme les radiées, en ont une multitude.
Les fleurs ont encore des parties ordonnées aux autres éléments. Il y en a qui sont garnies en dehors de poils pour les abriter du froid. D^autres sont formées pour éclore a la surface de Teau; telles sont les roses jaunes des nymphaea,
292 KTUDES
qui flottent sur les lacs et qui se prêtent aux divers mouvements des vagues, sans en être mouillëes, au moyen des tiges longues et souples auxquelles elles sont attachées; Celles de la vallisniera sont encore plus artistement disposées: elles croissent dans le Rhône, et elles y auraient été exposées à être inondées par les crues subites de ce fleuve , si la nature ne leur avait donné des tiges formées en tire-bouchon, qui s^alongent lout-à-coup de trois à quatre pieds. * Il y a d'autres fleurs coordonnées aux vents et aux pluies, comme celles des pois, qui ont des nacelles qni abritent les étamines et les embryons de leurs fruits. *' De plus, elles ont de grands pavillons et sont pos^s sur des queues cotu'bées et élastiques , comme un nerf ; de sorte que , quand le vent souffle sur un champ de pois, vous voyez toutes les fleurs tourner le dos au vent, comme autant de girouettes. Cette classe paraît fort répandue dans les lieux battus des vents. Dampier rapporte qu'il trouva les rivages déserts de la Nouvelle-Guinée, couverts de pois à fleurs rouges et bleues. Dans nos climats , la fougère qui couronne les sommets des collines, toujours battus des vents et des pluies, porte les siennes tournées vers la terre sur le dos de ses feuilles. Il y a même des espèces de plantes dont la floraison
* Voyez la note de la page 4o4.
DE LA NATURE. 29a
est tëglëe sur rirrégularité des vents. Telles sonl celles dont les individus mâles et femelles naissent sur des tiges séparées. Jetées çà et là sur la terre , souvent à de grandes distances les unes des autres , les poussières des fleurs mâles ne pour- . raient féconder que bien peu de fleurs femelles, si dans le temps de leur floraison, le vent ne soufflait de plusieurs côtés. Chose étrange ! il y a des générations constantes fondées sur Tinconstance des vents. Je présume de là , que dans les pays où les vents soufflent toujours du même côté, comme entre les tropiques , ce genre de floraison doit être rare ; et si on Ty rencontre, il doit être précisément réglé sur la saison où ces vents réguliers varient.
On ne peut douter de ces relations admirables, quelque éloignées qu^ellcs paraissent , en observant Fattention avec laquelle la nature a préservé les fleurs , des chocs que les vents mêmes pouvaient leur faire éprouver sur leurs tiges. Elle les enveloppe, pour la plupart, d'une partie que les botanistes appellent calice. Plus la plante est rameuse , plus le calice de sa fleur est épais. Elle le garnit quelquefois de coussinets et de barbes , comme on le peut voir aux boutons de rose. C'est ainsi qu'une mère met des bourrelets à la tête de SCS enfants lorsqu'ils sont petits, pour les garantir des accidents de quelque chute. La nature a si bien marqué son intention à cet égard, dans les
fleurs des plantes rameuses, qu'elle a prive de ce fourreau celles qui croissent sur des tiges qui ne le sont pas , et où elles n'ont rien à craindre de Fagitation des vents. Cest ce qu'on peut re^la^ qucr aux fleurs du sceau de Salomon, du nniguet, de la hyacinthe, du narcisse, de la plupart des liliacées et des plantes qui portent leurs fleun isolées sur des tiges perpendiculaires.
Les fleurs ont encore des relations très-coriouses avec les animaux et avec Thomnie, parla diversiié île leurs configurations et de leurs odeurs. Celle d'une espèce d'orchis représente des punaises et exhale la même puanteur. Celle d'une espèce d'annn ressemble à la chair pourrie , et elle en a Finfection à un tel point, que la mouche à \iande y vient déposer ses œufs. Mais ces rapports, jkui approfondis , sont étrangers à cet article : il suiVil que j'aie démontré ici qu'elles en ont de bien marqués avec les cléments, et surtout avec le soleil, (^uand les botanistes auront répandu sur cette partie toutes les lumières dont ils sont capables, en examinant leurs foyers, les élévations où elles se trouvent sur le sol, les ahris ou les réflexions des corps qui les avoisinent, la variété de leui-s couleurs , enfin, tous les moyens doiil la nature compense les diflerences de leurs expositions, ils ne douteronr poiul de ces liarmcMÛes élémentaires : ils reconnaîtront que la fleur, loin de présenter un caractère constant
dans les plantes, en offre au contraire un perpétuel de Tariëté. C'est par elle que la nature varie principalement les espèces dans le même genre de plante, pour la rendre susceptible de fécondation sur différents sites. Voilà pourquoi les fleurs du marronnier dinde, originaire de TAsie, ne sont point les mémos que celles du châtaignier de l'Europe ; et que celles du chardon de bonnetier, qui vient sur le bord des rivières, sont différentes de celles des chardons qui croissent dans les lieux élevés et arides.
Une observation fort extraordinaire, achèvera de confirmer tout ce que nous venons de dire : c^estqu^une plante change quelquefois totalement la forme de ses fleurs dans la génération qui la reproduit. Ce phénomène étonna beaucoup le célèbre Linnaeus, la première fois qu'on le lui fit observer. Un de ses élèves lui apporta un jour une plante parfaitement semblable à la linaire, à l'exception de la fleur : la couleur, la saveur , les feuilles , la tige , la racine , le calice , le péricarpe , la semence , enfin Todeur qui en est remarquable , étaient exactement les mêmes , excepté que ses fleurs étaient en entonnoir, tandis que la linaire les porte en gueule. Linnaeus crut d'abord que son élève avait voulu éprouver sa scieqce , en adaptant sur la lige de cette plante , une fleur étrangère ; mais il s'assura que c'était une \Taie linaire, dont la nature avait totalement
2g6 ÉTUDES
change la fleur. On Tavait trouvée parmi d'autres llnaircs, dans une île à sept milles d'Upsal , près du rivage de la mer , sur un fond de sable et de gravier. Il ëprouva lui-même qu'elle se reperpctuait , dans ce nouvel état , par ses semences. 11 en trouva depuis en d'autres lieux; et, ce qu'il y a de plus extraordinaire, il y en avait parmi celles-là qui portaient sur le même pied, des fleurs en entonnoir et des fleurs en gueule. Il donna à ce nouvpau végétal, le nom depélore^ du mot grec 7<x»p, qui signifie prodige. IL observa depuis les mêmes variations dans d'autres espèces de plantes, entre autres dans le chardon érioccphale , dont les semences produisent, chaque année, dans le jardin d'Upsal, le chardon bourru des Pyrénées. * Ce fameux botaniste explique ces transformations comme les effets d'une génération métivc , altérée par les poussières fécondantes de quelque autre fleur du voisinage. Cela peut être; cependant on peut opposer à son opinion, les fleurs de la pélore et de la linaire , qu'il a trouvées réunies sur le même individu. Si c'était la fécondation qui transformât cette plante, elle devrait donner des fleurs semblables dans l'individu entier. D'ailleurs , il a observé lui-même qu'il n'y avait aucune altération dans les autres
"^ In Dissertatione Upsalîœ l'ji^^^mtnse dccembri; page Sg* note 6.
irdes de la pëlorc , ainsi que dans ses vertus ; il doit y en avoir comme dans sa fleur, si elle t produite par le mélange de quelque race rangère. Enfin , elle se reproduit en pclore par s semences , ce qui n'arrive à aucune espèce ulâtre dans les animaux. Cette stérilité dans les *anches métives , est un effet de la sage consnce de la nature, qui intercepte les générations vergentes, pour empêcher les espèces primor- .ales de se confondre et de disparaître à la lonle. Au reste , je n^examinc ni les causes ni les loyens qu'elle me cache , parce qu'ils sont auessus de nia portée. Je m'arrête aux fins qu'elle le montre ; je me confirme , par la variété des eurs dans les mêmes espèces , et quelquefois ans le même individu, qu'elles servent tantôt de éverbères aux végétaux, pour rassembler, suiant leur position, les rayons du soleil sur les arties de leur fécondation , tantôt de parasol our les mettre à couvert de leur chaleur. La naiire agit envers elles , à-peu-près comme envers ss animaux exposés aux mêmes variations de laitude. Elle dépouille , en Afrique , le mouton de a laine , et lui donne un poil ras comme celui i'im cheval ; et au Nord , au contraire , elle couvre le cheval de la fouiTurc frisée du mouton. Tai vu cette double métamorphose au cap de Bonne-Espérance et en Russie. J'ai vu à Pétersbourg , des chenaux normands et napolitains ,
dont le poil, naturellement court, Aait ai et si frisé, au milieu de Thiver, qu^on les crus couverts de laine comme les moutons. Oil n'est donc pas sans raison qu'est fondé ce ifim proverbe : « Dieu mesure le vent à la brebis t» due ; » et lorsque je vois sa main paternelle t>* rier la fourrure des animaux suivant le froid, je li peux bien croire qu'elle varie de même les n-lt roirs des fleurs , suivant le soleil. Ainsi , on péri diviser les fleurs, par rapport au soleil, en deu classes : en fleurs à réverbères, et eu fleurs à pirasol.
S'il y a quelque caractère constant dans In plantes , il faul le chercher dans le fruit. C'est là que la nature a onlonné toutes les parties de b végétation , comme à Fobjet principal. Ce mot de la Sagesse mémo , « \ous les connaîtrez à leun fruits, » appartient au moins autant aux plantes qu'aux hommes.
Nous examinerons donc les caractères généraux des plantes, par rapport aux lieux où leun semences ont coutume de naître. Comme le règne animal est divisé en trois grandes classes, de quadrupèdes, de volatiles et d'aquatiques, qui se rapportent aux trois éléments du globe ; nous dirigerons de même le règne végétal en plantes aériennes ou de montagnes, en aquatiques ou de rivages, en terrestres ou de plaines. Mais comme celte dernière participe des deux autres, nous ne
\ y arrêterons point; car, quoique je sois peridé que chaque espèce, et même chaque variété, tvt être rapportée à quelque site particulier de terfe, et y croître de la plus grande beauté, il pnffit d'en dire ici autant qu^il en faut pour la prosi^jpiérité d'un petit jardin. Quand nous aurons rebx>nnu des caractères constants dans les deux ex- ^sémites du règne végétal , il sera aisé de rappor- 'Mer aux classes intermédiaires ceux qui leur coniriennent. Nous commencerons par les plantes de -.•montagnes.
VBAKVOniESiLÉMEIlTAIRES DES PLANTES AVEC l'EAU ET l'aIR, PAR LEURS FEUILLES ET LEURS FRUITS.
Lorsque l'Auteur de la nature voulut couronner de végétaux jusqu'aux sommets des terres les 'plus escarpées, il ordonna d'abord les chaînes des montagnes aux bassins des mers qui devaient leur fournir des vapeurs , au cours des vents qui devaient les y porter, et aux divers aspects du soleil qui devaient les échauffer. Dès que ces harmonies furent établies entre les éléments, les nuages s^élevèreut de l'Océan, et se dispersèrent dans les parties les plus reculées des continents. Us s^y répandirent sous mille formes diverses, en brouillards, en rosées, eu pluies, en neiges et en frimas. Ils s'écoulèrent du haut des airs avec autant de variété ; les uns,dans un air calme,commc
les pliiicA de nos printemps, filèrent comme si on les cAt verses par un crible; d^aiitrcs, chasses par des vents violents, furent lances horizontalement sur les flancs des collines; d'autres tombèrent en torrents, comme ceux qui inondent, neuf mois de Tannée, Tile de Gorgone, placée au milieu de la zone torride dans le golfe brûlant de Panama. Il y en eut qui s'entassèrent en montagnes de neige sur les sommets inaccessibles des Andes, pour rafraîchir, par leurs eaux, le continent de TAmérique méridionale, et par leur atmosphère glaciale, la vaste mer du Sud. Kufm, de grands fleuves coulèrent sur des terres ou il ne pleut jamais, et le Nil arrosa TKgypte.
Dieu dit alors : * » Que la terre produise de »> riierhe verte qui |)orte de la graine, et desar- »> lires fruitiers qui portent du fruit, chacun selon '» son espèce. « A la voix du Tout- Puissant, les végétaux parurent avec les organes propres à recueillir les bénédictions du ciel. L'orme s'éleva sur les montagnes qui bordent le Tanaïs, chargé de feuilles en forme de langues; le buis toufin sortit <le la croupe des Alpes, et le câprier épineux des rochers de l'Afrique, avec leurs feuilles creusées en cuillers. Les pins des monts sablonneux de la Nonvège , recueillirent les vapeurs qui flottaient dans Pair, avec leurs folioles disposées
♦ Grnèsf , chap. i , ^ 1 1 .
DK LA NATHHK. 3oi
^ enpmceaiu; les vorbascuiii t^lalt'^nMil tours lar{;tvH ' feuilles sur les saisies arides « el la fougi'^re préaentu» sur les tollinos, sou leuilKige eu é\eulail ' lux \eiits pluvieux et hori'i&oulaux. lUie uuihilutle d^nuUTs plaules« du seiu des rocliei^, deseailluux et de la cmAte uu^uu' des niarhres« re<;ua'ni les eaux des pluies daus des eoriu'Is, des salmis et des burettes. Depuis le e^dre du Lihan jusipiW la violette qui horde ||es hoe.i{;es« il u*y eu eut aueuno qui ne tendit sa lar^e eoupe ou sa petite tasse « •uivant ses besoins ou son pitsle.
Cette aptitude des iVuillesdes plantes ties lieux ëlevt^spour recevoir les eaux des pluies, est \ariée à riniini; mais iui eu reeouuait le earaet^re daus lu plupart , non - seulement à leurs rornu\s eou* CiyeSt mais eneore ;\ un petit eanal creusé sur Itpédicule qui les attache à leurs rauu'aux. Il itsaemble en tpieUpu' sorte «\ celui que la nature a tracé sur la h^\ re supérieure de riutumu' , pour recex'oir les humeurs qui tmiduMit du cerveau. On peut TolKHerver surtout , sur les Teuilles des chardons, qui se plaisent daus les lieux secs et sahlon- Qeux, l4>lles-^ci ont de plus des teudelets ctdla- IJraux«pour ne rien penliT îles eaux tpii tond>ent du ciel. Des plantes tpii croissent dans les lieux fort chauds et fort aritles, ont quelquefois leurs tiges ou leui^s leuilles entii^res translormées eu canaK Tels sont les alotXn tie Tile île /t>cotora ;\ IVnlive de la Mer-lloufte, o\\ les cierj^es épineux
3o2 lÎTUDES
do 1.1 zone torridc. L'aqueduc de ^alo^s est horizontal, et celui du cierge est peipeiidiculaire. Ce ciui a empc^cl»^ les botanistes de remarquer les rapports que les feuilles des plantes ont avec les eaux qui les arrosent , c'est qu'il» les voicBt par-tout à-peu-pres de la m^me forme, dansks vallées comme sur les hauteurs; mais, quoique les plantes de montagnes présentent des feuillages de toutes sortes de configurations, on reconnaît aisément à leur agrégation en forme de pinceaui ou d'éventail, au froncement des feuilles, oui d'autres man]ucs é(iuîvalentes , qu'elles sont destinées ;\ recevoir les eaux des pluies, mais principalement à l'aqueduc dont je parle.Of aqueduccst tracé sur le pédicule des plus petits feuillages des plantes de montagnes ; c'est ])ar son moyen dK la nature a rendu les formes m(}mes des plantes a(|uati(|ues, susceptibles de végéter dans les lieux les plus arides. Par exemple, le jonc, qui nVst qu'un chalumeau rond et plein, qui croit sur le hord de l'eau, ne paraissait pas susceptible de ramasser aucune humidité dans l'air, (fuoiqu'il convînt tn\s-bien aux lieux élevés par sa forme capillacée,qiii,comme celle des graminées,nc donne point de prise au vent. Eu effet, si vous considérez les diverses espèces de joncs qui tapûisent les montagnes dans plusieurs p«irties du monde, tels que celui appelé icho des hautes montagnes du Pérou, qui est le seul végétal qui y croisse en quel-
DK LA NATUni.. 3v)3
(ues endroits, et ceux qui vuMinont chez noiun Sans des sabler arides ou sur des hauteurs, au premier coup-d'œil vous les croiivz senil)lal>les à 3es joncs de marais ; mais , avec un peu d^attenfcion , vous remarquerez , non sans étonnemeni , qu^iU sont ereust^s en échoppe ihuis toute leur longueur. Us sont, connue les autres joncs, cou- ^rexes d*un côté, mais ils en diiïerent esseutiellemeut en ce qu'ils sont tous concaves île Tautre. J^ai reconnu, à ce même caractère, le spart, qui «at un jonc des montagnes d'iispagne , dont on fait aujourd'hui, à Paris, des cordages pour les puits.
Beaucoup de feuilles, de plantes même dans les plaines, pivnnent en naissant cette tonne «réjchoppe ou de cuiller, connue celles île la violette et de la pUipart des graminées. On voit, au printemps, les jeunes toulTes île celles-ci se dresser ▼ers le ciel , comme des griiïes, pour en iTcevoir les eaux , suiMout loi*squ'il commence à pleuvoir; mais la plupart des plantes de phiines penlent leur gouttière en wse développant. Klle ne leur a été donnée que pour le temps nécessaire ;\ leur accroissement. Klle n'est permanente que dans les plantes de montagnes. Klle est tracée, comme je Fai dit, sur le pédiciUe des feuilles, et conduit Teau des pluies, dans les arbres, de la feuille ;\ la branche : la branche , par roblitpiité de sa position, la porte au tronc, d où elle descend à la ra-
3o4 ^TIî19K5
fine p:ir iirif nuUv iIp ili,«ipo9itiom conii<^qui*nt4'f. Si im vcT.Hr fl(Mirf*fni*nt «h* l'isiii ftiir Icrt fcuillri d^in ;irl»rii«.Hf';iii di* fn(iiil;i{(iin Ii*a ]ilfji>i ^loÎKti^ (If H'A !!(((', on l.'i vf*rr;i rcMil^r p;ir l;i route que jf viffiH (l'in(lif|ii(*r, Haim (|iril («ri tomlK* une neulc goutlr il trri-r. J'ai m la nirinmU: de menurer, daiii>i(|url(|ii(*.H planli*N rnontagnardefi, rjntlinaison (pi(* forififrii leur» hrancli(*f) avirr U'um tigen, rt j'ai Iniiivr daiiH unt* doirAalnc dVnp^ren dilT^ri*nl<*.H, roniiiM' «laiin Irn roiinrr<*«, Ion thuyas, dr., (prrllf lonii.'iil iiM aii^lc d^'iiviron 3o drgr^9. Il vn\ In'.H n'niar<pial»l«r «pn* if dr{;r<^ d^int'idpticr <•»! Il* irM^uM* i\iir (fini cpic rormr, en tf*rraiii Ik>mofilal, U' rniirH d«» hrauroilp df rîvi^re» fl «le riii.HHraiix ;ivrr |r,s Hcmjvivh ou iln Me jettent, ecmime on pcMi» |r vi'rirM r siii* l<*.H rartivH df K^ograplilf- (;<• dr^r*- d'iiK i«l<Mi<«* paraît |f phiH favorable i rf^Toidcifirril de pliisiriin fhiidf*H «pii HV tïmjff*u\ vrr.H iiiif M'uh* li^iH-. La um^uh' NagirHAf a r^gh' In ni\(*aii df*iH Ih.iim lM'.«i dans Irn arbrei>f ft |i* rour% dcH riii.HM*aiix d:iii.H Ii'm plairif'H.
l]v\\i* irM liiiai.Hori rproiivr* cpirlcpiert vari''t^* dariH ipiidcpif.H arhrrs d«' rnoMlagUf*H. Le ef<lrr «l« Liiian, piir «•xrnijd*', poiism* la partie jnf/Tip«rp df »r» fairif.'iiix vrrn h* «irl, i»l il fii ahaii>fcM« |Vi- Irruiil^ vfM-H l;i tcrrf. IIh «uiI ratlitiide du rorn' maridi*irif*nt cpii ronvimf ;iu roi df^ vrg/lauXi ndlf d'un hra» Irvr rri Pair, «Icml la rnain ^tjH inclinrir, Au nioy»*n dr la premi^ri! diftpof»iti"nt
DE LA NATURE Sofi
,.lea eaux des pluies coulent vers son tronc ; et par la seconde , les neiges dans la région desquelles .il se plaît, glissent de dessus son feuillage. Ses ^ cônes ont également deux ports différents ; car il les incline d'abord vers la terre, pour les abriter dans le temps de leur floraison ; mais quand ils , sont fécondés, il les dresse vers le ciel. On peut vérifier ces observations sur un jeune et beau cèdre ' qui est au Jardin du Uoi, et qui, quoique étranger, a conservé au milieu de notre climat, Tattitude d'un roi et le costume du Liban.
L'écorce de la plupart des arbres de montagnes est disposée également ])our conduire les eaux des pluies, depuis les brancbes jusqu'aux racines. Celle des pins est en grosses côtes perpendiculaires; celle de Forme est fendue et crevassée dans sa longueur; celle du cyprès est spongieuse comme de Tétoupe.
Les plantes de montagnes ou de lieux arides, ont encore un caractère qui leur est proi)re en général ; c'est d'attirer l'eau cpii nage dans Tair en vapeurs insensibles. La pariétaire, ainsi appelée à pariete, parce qu'elle croît sur les parois des murailles, a ses feuilles presque toujours humides. Cette attraction est commune à la plupart des arbres de montagnes. Les voyageurs raj)portent unanimement qu'il y a dans les montagnes de l'ilede-Fer un arbre qui fournit, chaque jour, à cette île une quantité prodigieuse d'eau, hv^ insulaires 2. 20
3o6 ÉÏUPES
rappellent garoé, et les Espagnols santo, à cause de son utilité. Ils disent qu^il est toujours einironné d^une nuée qui coule en abondance le l<Hig de ses feuilles, et remplit d^eau de grands réservoirs qu^on a construits au pied de cet art>re, qui suffisent à la provision de l'île. Cet effet est peutêtre un peu exagéré, quoique rapporté par des hommes de différentes nations ; mais je le crois vrai au fond. Je pense seulement que c^est la montagne qui attire de loin les vapeurs de Tatmosphère, et que l'arbre situé au foyer de son attraction , les rassemble autour de lui. *
Comme j'ai parlé plusieurs fois, dams cet on-
* Les Espagnols ont écrit que cet arbre pouviît fournir a une seule nuit , assez d^ean pour les besoins de huit miUe personnes , et c'est avec raison que Bernardin de Saint-Pierre accuse ce récit d'exagération. Cet arbre immense a été renversé par un ouragan, et si les arbres de cette espèce qui existent encore dans nie ne produisent pas le même eflèt, c'est qu'ils sont mal exposés, et que leur feuillage est moins vaste et moins touffu. Au reste, Tîle de Waterhouse , dans les mers du Nord, oflire un phénomène semblable. La partie supérieure de son pbteaa est couverte d'arbres, taudis que le penchant de la montagne oc produit que des arbrisseaux dont les tiges sont très-rapprochécs. Ces arbrîfi^aux entretiennent la terre dans un état d'humidité très^&vorable à la végétation; et Pérou dit avoir vu couler sous leurs ombrages un grand nombre de filets d'eau douce, qui tombaient, goutte à goutte, de leurs feuilles. Ces espèces de sources végétales, que la nature a préparées dans des contrées désertes , pourraient suffire à tous les besoins de File , si elle était habitée. ( Note de t Éditeur. )
DE LA NATURE. 3o7
Wâge, de rattraction des sommets de beaucoup de montagnes, le lecteur ne trouvera pas mauvais que je lui donne ici une id^e de celte partie de . Farchitecture kydraulique de la nature. Entre un grand nombre d^exemples curieux que je pourrais en rapporter, et que j'ai rassembl<^s dans mes matériaux stir la géographie, en voici un que j'ai extrait, non d'un philosophe à systèmes, mais d'un voyageur simple et naïf du siècle passé, qui raconte les choses telles qu'il les a vues, et sans en tirer aucune conséquence. C'est une description des sommets de l'Ile-de-Bourbon, située dans l'Océan Indien, par le 21' degré de latitude sud. Elle a été faite d'après les écrits de M. de Yillers, qui gouvernait alors cette ile pour la Compagnie des IndeaOrientales; elle est imprimée dans le voyage que nos vaisseaux français firent, pour la première fois, dans l'Arabie Heureuse, qui fut vers l'an 1709, et qui a été mis au jour par M. de la Roque.* « Entre ces plaines, dit M. de Villers, qui sont » sur les montagnes (de Bourbon), la plus re- » marquable , et dont personne n'a rien écrit, est » celle qu'on a nommée la plaine des Cafres, à » cause qu'une ti-oupe de Cafres, esclaves des » habitants de l'île , s'y étaient allés cacher, après » avoir quitté leurs maîtres. Du bord de la mer y> on monte assez doucement pendant septlieuea,
'^ Voyex page aoi.
3o8 ÉTUDES
» pour arriver à cette plaine par une seule route,* » le long de la rivière de Saint-Etienne : on peut » même faire ce chemin à cheval. Le terrain est » bon et uni jusqu^à une lieue et. demie en-deçi » de la plaine, garni de beaux et grands arbres, » dont les feuilles qui en tombent servent de » nourriture aux tortues que Ton y trouve en » grand nombre. On peut estimer la hauteur de » cette plaine à deux lieues au-dessus de rhori- » zon ; aussi paraît - elle d'en bas toute perdue » dans les nues. Elle peut avoir quatre ou cinq » lieues de circonférence : le froid y est insnp- » portable , et mi brouillard continuel y qtai » mouille autant que la pluie, empêche qu^onne » s'y voie de dix pas loin ; comme il tombe la » nuit, on y voit plus clair que pendant le jour: » mais alors il y gèle terriblement, et le matin, » avant le lever du soleil , on découvre la plaine » toute glacée.
» Mais ce qui s'y voit de bien extraordinaire , » ce sont certaines élévations de terre, taillées » presque comme des colonnes rondes, et pro- » digieusèment hautes ; car elles n'en doivent ») guère aux tours de Noire-Dame de Paris. Elle» ►> sont plantées comme un jeu de quilles, et si » semblables, qu'on se trompe facilement à les
> compter : on les appelle des pitons. Si Ton
> veut s'arrêter auprès de quelqu'un de ces pi-
> tons pour se reposer, il ne faut pas que ceux
DE LA NATURE. 3og
» qui ne s'y reposent pas , et qui veulent aller p » ailleurs , s^ écartent seulement de deux cents pas : ■ » ils courraient risque de ne plus retrouver le » lieu qu'ils auraient quitté , tant ces pitons sont » en grand nombre, tous pareils, et tellement dis- » poses de même manière , que les créoles , gens » nés dans le pays, s'y trompent eux-mêmes. . » Cest pour cela que , pour éviter cet inconvé- » nient, quand une troupe de voyageurs s'arrête » au pied d'un de ces pitons, et que quelques » personnes veulent s'écarter, on y laisse quel- » qu'un qui fait du feu ou de la fumée, qui sert à » redresser et à ramener les autres ; et si la brume » était si épaisse, comme il arrive souvent, qu'elle » empêchât de voir le feu ou la fumée , on se » munit de certains gros coquillages, dont on » laisse un à celui qui reste auprès du piton : » ceux qui veulent s'écarter emportent l'autre ; » et, quand on veut revenir, on souffle avec vio- » lence dans cette coquille, comme dans une » trompettç , qui rend un ton très-aigu , et s'en- » tend dé loin ; de manière que , se répondant » les uns les autres, on ne se perd point, et on » se retrouve facilement. Sans cette précaution, » on y serait attrapé.
. » Il y a beafucoup de trembles dans cette plaine, » qui sont toujours verts : les autres arbres ont » une mousse de plus d'une brasse de long, qui » couvre leur tronc et leurs grosses branches. Ils
3lO KTUDE5
» soiit secs, sans feuillages, et si moites d^esoi i> qu'on n'en peut faire de feu. Si , après bien de U » peine, on en a allumé quelques branchages, ce x> n'est qu^un feu noir, sans flamme, avec une » fumée rougeàtre, qui enfume la viande au lies » de la cuire. On a peine à trouver ^n lieu, dani » cette plaine, pour y faire du feu, à moins que » de chercher une élévation autour de oes pi- » tons; car la terre de la plaine est si humide, » que Feau en sort par-tout; et Ton y est touy> jours dans la boue et mouillé jusqu'à mi-jambes. » On y voit grand nombre d'oiseaux bleus, qui » se nichent dans des herbes et dans des fougè- » res aquatiques. Cette plaine était inconnue » avant la fuite des Cafrcs: pour en descendre, » il faut reprendre le chemin par où i'oe y est » monté , à moins qu'on ne veuille se risquer par » un autre qui est trop rude et ti*op dafngcreux.
» On voit, de la plaine des Cafres, la monla- » gnc des trois Salases, ainsi nommée, à cause 3> des trois pointes de ce rocher, le plus haut de » rile-de-Bourbon. Toutes ses rivières en sortent, » et il est si escarpé de tous côtés, que Ton nj » peut monter.
» 11 y a encore dans cette île une autre plaine » appelée de Silaos, plus haute que celle des Cafres, » et qui ne vaut pas mieux : on ne peut y mon- » ter que très-difficilement. »
Il faut excuser , dans la description naïve de no-
DE LA NAtUBE. 3ll
tre voyageur, quielques erreurs de physique , telle que celle où il suppose à la plaine des Cafres deux lieues d^élévation au-dessus de Thorizon. Le baromètre et le thermomètre ne lui avaient pas appris qu'il n'y a point de pareille élévation sur le globe y et qu'à une lieue seulement de hauteur perpendiculaire, le terme de la glace est constant. Mais à la bniioe épaisse qui environne ces pitons , à leur brouillard continuel qui mouille autant que la piuie, et qui tombe pendant la nuit, on reconnak évidenmient qu'ils attirent à eux les vapeurs que le soleil élève, pendant le jour, de dessus la mer, et qui disparaissent pendant la nuit. Cest de là que se forme la nappe d'eau qui inonde la plaine des Cafres, et d'où sortent la plupart des ruisseaux et des rivières qui arrosent l'île. On y reconnaît également une altraction végétale dans cette espèce de trembles toujoui^s verts, et dans ces arbres toujours moites dont on ne peut faire du feu. L'Ile-de-Bojarbon est à-peu-prcs ronde, et s'élève de dessus la mer, comme la moitié d'une orange. C'est sur la partie la plus élevée de cet hémisphère que sont situées la plaine de Silaos et celle des Cafres, où la nature a placé ce labyrinthe de pitons , toujours ei^vironnés de brumes, plantés comme des quilles, et élevés comme des tours.
Si le temps et le lieu me le permettaient, je ferais voir qu'il y a une multitude de pitons sem-
3l2 KTTDKS
blahlcs sur les chaînes des hautes montagnes, da Cordillères, du Taurus, clc., et au centre de la plupart des îles, sans qu^on puisse supposer, comme on le fait ordinairement, quMls soient des restes d'une terre primitive qui s'ëlcvait à cette hauteur; car que seraient devenus, comme nous l'avons déjà dit, les débris de cette terre , dont les prétendus témoins s'élèvent de toutes parts^ur la surface du fjlobe ? Je ferais voir qu^ils y sont placés dans des a^^régations et des lieux convenables aux besohis des terres dont ils sont en quelque sorte les châteaux d'eau, les uns en labyrinUic, comme ceux de l'Jle-de-Bourbon, quand ils sont sur le sommet d'un hémisphère , d'où ils doivent distribuer les eaux du ciel de tous côtés ; les autres en peigne , quand ils sont places sur la crétc prolongée d'une chaîne de montagnes, comme sont les pirsde la chaîne du Taurus et des Cordillères; d'autres groupés deux à deux, trois à trois, suivant la configuration des terrains qu'ils arrosent. 11 y en a de ])lusieurs formes et de différentes construc lions; il y en a d'enduits de t(îrre, comme ceux de la ))laine des (.afres et quelques-uns des îles Antilles, et qui sont a^ec cela si escarpés, qu'ils sont inaccessibles : ces enduits de terre |)rouvent qu'ils ont a-la-fois des attractions fossiles et hydrauliques.
Il y en a d'autres qui sont de longues aiguilles de roc vif et tout nu; d'autres sont en fonne de
DE LA NATURE. 3l3
/cône ; d'autres, de table, comme celui de lamon- '" tagne de la Table, au Cap de Bomie-Espërance, '^oik Ton voit fréquemment les nuages s'amasser et '^ s^ëpandre en forme de nappe. D'autres ne sont \point apparents, mais sont entièrement engagés . dUns le flanc des montagnes , ou dans le sein des y plaines. On les reconnaît tous aux brouillards qu^ils attirent autour d'eux , et aux sources qui coulent dans leur voisinage. On peut assurer même , qu'il n'y a pas de source dans le voisinage de laquelle il n'y ait quelque carrière de pierre hydro-attractive , et , pour l'ordinaire , métallique. J'attribue l'attraction de ces pitons aux corps Titreux et métalliques dont ils sont composés. Je .suis persuadé qu'on pourrait imiter cette architecture de la nature, et former, au moyen de l'attraction de ces pieiTCs , des fontaines dans les . lieux les plus arides. En général, les corps vitreux et les pierres susceptibles de polissure , y sont fort propres; car nous voyons que , lorsque Teau est répandue en grande quantité dans l'air, comme dans les temps de dégel, elle se porte et s'attache d'abord aux vitres et aux pierres polies de nos maisons.
J'ai vu fréquemment, au sommet des montagnes de rUe-de-France , des effets semblables à ceux des pitons de la plaine des Cafres de l'Ile de Bourbon. Les nuées s'y rassemblent sans cesse autour de leurs pitons , qui sont escarpés et poin-
3l4 ÉTUDES
tus comme des pyramides. Il y a de ces pitons qui sont surmontés d'un rocher de forme cnbique , qui les couronne comme un chapiteau. Td est celui qu on y appelle Piterbooth,duiiom d*iai amiral hollandais ; il est un des plus élevés de File. Ces pitons sont formés d'un roc vif, vitrififtp ble et mélangé de cuivre : ce sont die véritables aiguilles électriques par leur forme et leur matière. Les nuages se détournent sennblement de leur cours pour s'y réunir, et s'y accumulent quelquefois en si grande quantité qu'ils les font disparaître à la vue. De là , ils descendent jniqu'au fond des vallées , le long des lisières des bh rets qui les attirent aussi, et où ils se résolvent en pluie , en formant fréi^emment des aneê-en-cid sur la verdure des arbres. Cette attraction végétale des forets de cette île, est si bien d'accord avec l'attraction métallique des pitops de ses montagnes , qu'un champ situé en lieu découvert, dans leur voisinage, manque souvent de pluie, tandis qu'il pleut presque toute l'année dans les bois , qui n'en sont pas à une portée de fusil. C'est pour avoir détruit une partie des arbres qui couronnaient les hauteurs de cette île , qu'on a fait tarir la plupart des ruisseaux qui l'arrosaient : il n'en reste plus aujourd'hui que le canal desséché. Je rapporte à la même imprudence, la diminution sensible des rivières et des fleuves dans une içrande partie de l'Europe, comme on peut le
lO
voir h leur ancien lit, qui est beaucoup plus large et plus profond que le volume d'eau qu'ils con* tiennent aujourd'hui. Je suis persuadé même que ç*e#t à cettie cause qu'il faut rapporter la séchereMe des provinces «levées de l'Asie, entre autms» de celles de la Perse, dont les montagnes Ofit été sans doute imprudemment dépouillées dWbres par les premiers peuples qui les ont hahUées. Je pense que si l'on plantait, en France, éM arbres de montagnes sur les hauteurs et à la source de bos rivières , on leur rendrait leur ancien volume d'eau , et on ferait reparaître , dans nos campagnes, beaucoup de ruisseaux qui n'y coulent plus du tout. Ce n'est point dans les roseaux, vi au fond des vallées, que les naïades cacheut leurs unies éternelles, comme les représentent les peintres ; mais au sommet des rochers couronnés de bocages et voisins des cieux.
Il n'y a pas un seul végétal dont la feuille ne soit di^osee pour recevoir les eaux des pluies dans les montagnes, dont la graine ne soit formée de la manière la plus propre à s'y élever. Les semences de toutes les plantes de montagnes sont vplatiles. En voyant leurs feuilles, on peut affirmer le caractère de leurs graines , et en voyant leurs graines celui de leurs feuilles , et en conclure le caractère élémentaire de la plante. J'entends ici par plantes de montagnes, toutes celles qui croissent dans les lieux sablonneux et secs ,
3l6 KTUDE»^
sur les tcrlres , dans les rochers , sur les bords ci-l carpes des chemins, dans les murailles , enfin Imi des eaux.
Les semences des chardons, des bluets, dci| pissenlits, des chicorées, etc., ont des volants, | des aigrettes , des panaches^ et plusieurs autres ^ moyens de s'élever, qui les portent à des distances prodigieuses. Celles des gramine^es qui vont aussi fort loin , ont des balles et des paniculei D^auLres , comme celle de la giroflée jaune , sont taillées comme des écailles légères , et vont , ao moindre vent, s'implanter dans la plus petite fente d'im mur. Les graines des plus grands arbres de montagnes ne sont pas moins volatiles. Celle de Térable a deux ailerons membraneux, semblables aux ailes d'une mouche. Celle de Tornie est enchâssée au milieu d'une foliole ovale. Celles du cyprès sont presque imperceptibles. Olles du cèdre sont terminées par de larges et minces feuillets qui forment un cône par leur agrégation. Les graines sont au centre (lu cône; et dans le temps de leur maturité, les (Vuillcls où elles sont attachées se détachent les uns des autres, comme les cartes d'un jeu, et chacun creux emporte au loin son pignon. * Les sonuMîces des plantes de montagnes qui paraisscMil trop lourdes pour voler, ont d'autres res-
* Voyoi la planche vni.
i^oarces. Les pois de la balsamine ont des cosses [Sdont les ressorts les élancent fort loin. Il y a f^mxJi Indes un arbre dont je ne me rappelle plus vie nom, qui lance de même les siennes avec juk bruit semblable à un coup de mousquet. * {Celles qui n'ont ni panaches , ni ailes , ni ressorts, et qui, par leur pesanteur, semblent condanmëes à rester au pied du végétal qui les a produites , sont souvent celles qui vont le plus loin. Elles volent avec les ailes des oiseaux. C'est ainsi que se ressèment une multitude de baies et de fruits à noyaux. Leurs semences sont renfermées dans des croûtes pierreuses qui sont indigestibles. Les oiseaux les avalent^ et vont les planter sur les corniches des tours , dans les fentes des rochers , sur les troncs des arbres , au-delà des fleuves et même des mers. Cest par ce moyen qu'un oiseau des Moluques repeuple de muscadiers les iles désertes de cet archipel , malgré les efforts des Hollandais qui détruisent ces arbres dans tous les lieux où ils ne sen ent pas à leur commerce, (le n'est pas ici le mo-
''' Cet arbre, un plutôt cet arbrisseau est le sablier {ura cre» pitons. Lin.). Une plante de nos climats , Veuphorbia lathjrris, ofGre un pbénomènc semblable ; ses graines s'ëcha|\pent avec bruit pendant les chaleurs du jour , et le mouvement qu'elles reçoivent les emporte très - loin, h'^euphorbia lat1\yris , comme Vura crepitans, est de la famille Ae% tîthymaloYdes. {Note de l'Éditeur.)
3iK ^/ririiKA
incril (i(* f>ai*li»r <Ii'h rapporU» <Ioa W'{j^6Ui%$% avfc IcM aniiiiaiix. Il AiiflU <roh.ii*rvi*r, i*ii payant, qui! 'la plupart ihn msir.ui% rcMbmoul l«* v^ff^tal qui II!» nourrit. On voit tri^ini* choz iioim dt'/i quadrupmifA traiiftporlcr iori loin IcAf^rainM dru {;raininrrn; Irlft fiofliL rnlro aiilrcA ceux qui ni? rurtiinenl paft,rominc h*» rlir\aux, donl leA fumieni gâlrnl le» prairie» , par relie rainon, en y inlroduiftaril qiianlilV' d'Iierhe» <'*tran^^re.H , roinme la bruy/'ro eL le petit (;eiii>t, dont il» ne dig^lf»nt pa» le» »einerire.H. Il» en re»»^menl enrore ir»»ire» (pji »\'ittariieril iSi leur» poil», par le »implf uiouvemeni de leur queue. Il y a de pelil»qua'' drupède.H, ronune le» loir», le» li^ri»»on» el 1m inannolte.s, qui tratuiportent dan» le» parUeit lf« plus élevi^'en de» n)oula^neH , le» fjlandn, le» fainr» el le» rliÂlai^ues.
Il e»t trr.H-di^ne de remarque, que le» .iruwuvos vcdalile»' .sont en heauroup plu» f^miA nondire que le» autre» esp^^eH ; f*l en rela, on doit, admirer le» soins d'une Providenre qtii a tout prr\u. Le» lieux (^•levé» pour le»cpiel» ellf.s sonl destiu(*e» , élaieul exposi'*» h iHre liientAt dépouillés de leur» vé({étaux par la pente de leur »(d , et par les pluies cpu tendeni »an» reMf h les dégrader. Au moyen de la xdatililé ilr» graines, ils sont drvenus le» lieux de la leiTf les plus aliondaiils en |danles ; r^*sl »ur le» murita{^ni*s que sont les lrrs(»rs d('s li(itani»l.e.<i».
DE LA NATURE. 3l9
SKbus ne saurions trop le répéter, les remèdes ^'la nature sont toujours supérieurs aux obs- Kles, et ses compensations au-dessus de ses ■>:te. En effet, si tous en exceptez les inconvémkits de la pente, une montagne présente aux Mates la plus grande variété d'expositions. Dans lie plaine, elles* ont le même soleil, la même hu* âdiié , le même terrain , le même vent ; mais si Sus vous élevez dans une montagne , située dans Qtre latitude, seulement de vingt-cinq toises t hauteur perpendiculaire, vous changez de omat comme si vous aviez fait vingt-cinq lieues trs le«nord ; en sorte qu'une montagne de douze mts toises perpendiculaires , nous présenterait rte échelle dé végétation aussi étendue que celle es douze cents lieues horizontales qu'il y a àeu-près d'ici au pôle ; Tune et Fautre se termiiraient à une glace perpétuelle. Chaque pas que VOL fait dans une montagne , en s'élevant ou en MCendant , change notre latitude ; et si Ton en it le tour , chaque pas change notre longitude. n y troui^e des points où le soleil se lève à huit rares du matin ; d'autres, à dix heures ; d'autres, midi. On y rencontre une variété infinie d'exositions, de froides au nord , de chaudes au miî^de pluvietLses à l'ouest , de sèches à l'est ; sans omptet les diverses réflexions de la chaleur , dans ^ sables, les rochers, les fonds de vallées et les acs, qui les modifient de mille manières.
On doit encore obser\'er ^ non sans admirationJ que le temps de la maturité de la plupart dciJ semences volatiles an^ive vers le commencemcat de l'automne ; et que par une suite de cette sagesse universelle qui fait agir de concert toutes les parties de la nature , c'est alors que souffleM les grands vents de la fm de septembre ou di commencement d'octobre, appelés vents del'équinoxc. Ces vents soufflent dans toutes les parties des continents, du sein des mers aux montagnes qui y sont coordonnées. Non-seulement, ils y transportent les graines volatiles qui sont mûres alors , mais ils y joignent d'épais tourbillons de poussière , qu'ils enlèvent des terres desséchées par les ardeurs de l'été , et sur-tout des rivages de la mer, où le mouvement perpétuel des flots qui s'y brisent et y roulent sans cesse des cailloux , réduit en poudre impalpable les corps les plus durs. Ces émanations de poussière sont si abondantes en différents lieux, que je pourrais citer plusieurs vaisseaux qui eu onl été couverts à plus de six lieues delà terre, entraversant des golfes. Elles sont si incommodes dans les parties les j)lus élevées de l'Asie , que tous les voyageurs qui ont été à Pékin, aflirment qu'il est impossible de sortir dans les iiies de celte ville, une partie de Tannée , sans avoir un voile sur le visage. 11 y a des pluies de ])Oussière qui réparent les sommets des montagnes , comme il
;-y à des pluies d*eau qui entretiennent leurs sourîtes. Les unes et les autres viennent de la mer y ^feèt y retournent par le cours des fleuves qui y ^^ortent des tributs perpétuels d'eaux et de sa- ^ blés. Les vents maritimes réunissent leurs efforts "'/vers rëquinoxe de septembre , transportent de '''^la circonférence des continents , aut montagne^ ' -qui en sont les plus éloignées, les semences et les • engrais qui s'en sont écoulés, et sèment de praif ries, de bosquets et de forêts , les flancs des pré- ■ tnpices et les pics les plus élevés. Ainsi , les feuilles, les tiges, les graines, les biseaux, les saisons , les mers et les vents , concourent d^une manière admirable à entretenir la végétation des montagnes.
Je viens de parler des rapports des plantes avec les montagnes ; je suis fâché de ne pouvoir insérer ici les rapports que les montagnes mêmes ont avec les plantes , comme c'était mon intention. Tout ce que j'en puis dire , c'est que , bien loin que les montagnes soient des productions ou de la force centrifuge, ou du feu, ou dès tremblements de terre , ou du cours des eaux , j'en connais au moins dix espèces différentes , dont chacune est configurée de la manière la plus propre à entretenir dans chaque latitude l'harmonie des éléments par rapport à la végétation. Chacune d'elles a de plus des végétaux et des quadrupèdes qui lui sont particuliers, et qu^on ne trouve
point ailleurs; ce qui prouve évidemment qu^eUtt ne sont point Touvrage du hasard. Enfin , pami ce grand nombre de montagnes qui couvrent h plus grande partie des cinq zones , et sur-tout de la Kone torride et des zones glaciales , il n'y en a qu\mc seule espèce » la moins considérable de toutes , qui présente au cours des eaux des angltf saillants et rentranUs en correspondance. Cependant elle n'est pas plus leur ouvrage , que le bassin des mers n'est lui-même un ouvrage de r(V céan. Mais cet intéressant sujet, d'une étendue trop considérable pour ce volume, appartient d'ailleurs à la géographie.
Passons maintenant aux harmonies des plantes aquatiques.
Celles-ci ont des dispositions tout-à-fait différentes dans leurs feuilles, dans le port de leurs branches, et sur-lout dans la configuration de leurs seuKMiccs.* La nature, comme je Taidit,
* On doit regretter que Fauteur n'ait pas donné plus de détails aux divers ph^^noinf'^nes que pn^sentent les plantes aquatiques. Combien «robsenations neuves et piquantes lui auraient ét<^ inspirées pr ce seul lait, que les fonncs des (ipuilles nricnt sur le nu>me v^g^tal, suivant le milieu où elles se développent. Dans le rannncuhis aqiuiiilis y et le trapa natans, pv exemple, les feuilles qui sVpii unissent à Fair, ont une bme pleine et composite de ner\ tires saillantes, tandis que celles q«i restent plongées au fond de Teau, ont des nervurt*s presque dépourvues de tissu cellulaire, et semblent découpées avec un »alpel. Quel charme n'aurait pas eu , sous la plume de Tanteur des
DE LA NATIIRK. 323
Vemploie souvent , pour varier sts harmonies, qae des caractères positifs et négatifs. Elle a •donné un aqueduc au pédicule des feuilles des plantes montagnardes; elle rdte h celles qui naissent sur le bord des eaux, et elle en fait des plan- - tes aquatiques. Celles-ci, au lieu d*avoir leurs feuilles creusées en gouttières, les ont unies et lisses , comme les glaïeuls , qui les portent en la-
Étades , la description de Vhjdrogrion finestraUs qui croit
duu les caox de Madagascar, et dont les feuilles , percées à jour,
offrent Tispect d'un filet ou d^une dentelle. Sans doute que
b variété des couleurs de cette plante qui reste cachée au fond
des eaux , félégance de son port , la singularité de ses formes
ont des relations admirables avec dos (^tres qui nous sont incon-
nos. Mais un des phénomènes dont Rrrnardîn de Saînt-Pîcrre
anmil fait Tobjet de ses recherches et de ses réflexions, est
cehû que présente le fucus gigantinus. Pérou Tobsena dans les
mers du Nord prés de la terre de Diémen , et ne mesura point ,
sins élonnement, ses tiges qui ont plus de 3oo pieds de lon-
goeor. Mais sa surprise dut augmenter, lorsqu en cherclunt à
deviner les moyens dont b nature s'était servie pour élever,au-
dettos des canx, des tiges si immenses et si flexibles, il aper-
^1 dans toute la longueur du fucus, des feuilles gaufrées dont
k pétiole portait une vésicule pleine d air. Ces petiu ballons se
■inlUpliaient, d'étage en étage, jusqu'à la surGuredela nier,où ils
retenaient les feuilles du sommet de la plante par leur légèreté
spécifique. Mais ces deniières feuilles, destinées à vivre dans
Pair Y n'étaient pu gaufrées comme celles de la tige; au con-
tnôre, elles avaient jusqu à doute pieds de longueur et se dé-
nwhienl sur les flots , qu'elles couvraient d'un immense tapis
de Teidnre. ( Note de V Éditeur. )
Uï.
324 KTUDES
mes de poignard ; ou renflëes dans le milieu, ci lames d'ëpée, comme celles du roseau appdc typha, qui est cette espèce commune dont Is Juife mirent une lige entre les mains de Jés» Christ. Celles des nymphaea sont planes et contournées en cœur. Quelques-unes de ces espèces affectent d^autres formes; mais leurs longues queues sont toujours sans canal. Celles des jonci^ sont rondes comme dos chalumeaux. 11 y a une grande variété de joncs sur les bords des marais, des ruisseaux et des fontaines. On en trouve de toutes les tailles, depuis ceux qui ont la finesse d^un cheveu, jusqu^à ceux qui croissent dans la rivière de Gènes , qui sont gros comme des cannes. Quelque différence quMl y ait dans Tarticulation de leurs brins et de leurs panicules, ils ont tous, dans leur plan, une forme arrondie ou elliptique. Vous ne trouve roz que les espèces qui croissent dans les lieux arides, qui soient cannelées et creusées à leur surface. Quand la nature veut rendre les plantes aquatiques susceptibles de végéter sur les montagnes, elle donne des aqueducs à leurs feuilles; mais quand, au contraire, elle veut placer des plantes de montagnes sur le bord des eaux, elle les leur ôte. L'aloès de rocher a ses feuilles creusées en échoppe, Taloès d'eau les a pleines. Je connais une douzaine d'espèces de fougères de montagnes, (pii ont toutes une petite cannelure le long de leui^ brandies; et la seule
DE LA NATÎJKK. 325
l^pèce de marais que je connaisse , en est privée.
port de ses branches est aussi fort différent
celoi des autres : les premières les dressent
' ters le ciel, et ceile<-ci les porte presque horizon-
édement.
Si les feuilles des plantes montagnardes sont agencées de la manière la plus propre à rassembler à leurs racines les eaux du ciel qu^elIes n^ont pas à discrétion, celles des plantes aquatiques . sont disposées souvent pour Ten écarter, parce ' qu^elles devaient naître au sein des eaux ou dans leur voisinage. Les feuilles des arbres de rivage , comme celles des bouleaux, des trembles et des peupliers, sont attachées à des queues longues et pendantes. Il y en a d^ autres qui portent leurs feuilles disposéesen tuiles, comme les marronniers d'Inde et les noyers. Celles des plantes qui croissent à Tombre autour du tronc des arbres, et ({ui tirent, par leurs racines, Thumidité que l'arbre recueille par son feuillage , comme les haricots et les convolVulus, ont un port semblable. Mais celles qui viennent tout-à-fait à Pombre des arbres, et qui n^ont presque point de racines, comme les champignons, ont des feuilles qui , loin de regarder le ciel, sont tournées vers la terre. La plupart sont faits, en dessus, en parasol épais, pour empêcher le. soleil de dessécher le terrain oii ils croissent, et ib sont divisés, en dessous, en feuillets minces, pour recevoir les vapeurs qui
32(i ÉTUDES
s'en exhalent, à-peu-prës comme ceux de la itNX 1* horizontale il\mc pompe à feu reçoivent les Am» 1* nations de Tcau bouillante qui la font tourner. Ib |^ ont encore plusieurs autres moyens de s^abreum de ces exhalaisons. Il y en a des espèces nombreoses, qui sont doublées de tuyaux , d^autres sont rembourrées d'épongés. Il y en a dont le pMicnk esl creux en -dedans, et qui, portant un chapiteaa au-dessus , y rassemblent les émanations de leur sol, comme dans un alambic. Ainsi il n'y a pas une vapeur de perdue dans Tunivers.
Ce ({ue je viens de dire des formes renverms des champignons, de leurs feuillets, des tuyaux et des éponges dont ils sont doublés pour recevoir les vapeurs qui s'exhalent de la terre, confirme ce que j\ii avancé sur Tusagc des feuilles dos plantes do nu)ntagnes, creusées en gouttières, ou agoncéos on pinceau ou en éventail, pour recevoir los eaux du ciel. Mais les plantes aquatiques, qui n'avaient pas besoin de ces récipients, parce ({u'olles viennent dans l'eau, ont pour aiaM dire dos louilles répulsives. Je présenterai ici un objet do comparaison bien propre à convaincre do la vérité do ces principes : par exemple, le buis dos montagnes, et le câprier dos rochers, ont loui-s iouillos creusées en ruilleron, la concavité tournée vers le ciel; mais lacanneberge de marais, ou vavciniwn o.r)rora>5, qui en a pareillement de concaves, les porte renversées, la concavité tour-
née vers la terre. Tai reconnu, à ce caractère aégatif, pour une plante de marais, une plante vare du Jardin du Roi , que je voyais pour la prejonière fois. C'est le ledum palustre qui croît dans les marais du pays de Labrador. Ses feuilles, faites comme de petites cuillers à café , sont toutes Tenversëes ; leur convexité regarde le ciel. La lentille d^eau de nos marais a, ainsi que le typha de nos rivières, le milieu de sa feuille renflé.
Les botanistes , en voyant des feuilles à-peuprès semblables dans les plaines, sur le bord des eaux, et auiiaut des montagnes, n'ont pas soupçonné qu'elles pussent servir à des usages si différents. Plusieurs d'entre eux ont sans doute de grandes lumières ; mais elles leur deviennent inutiles, parce que leur méthode les force de marcher par un seul chemin, et que leur système ne leur indique qu'un seul genre d'observation. Voilà pourquoi leurs collections les plus nombreuses ne présentent souvent qu'une simple nomenclature. L'étude de la nature n'est qu'esprit et intelligence. Son ordre végétal est un livre immense dont les plantes forment les pensées, et les feuilles de ces mêmes plantes, les lettres. Il n'y a pas même un grand nombre de formes primitives dans les caractères de cet alphabet ; mais de leurs divers assemblages, elle forme, ainsi que nous avec les nôtres, une infmité de pensées différentes* Ainsi qu'à nous, pour changer totale-
ment le sens d'une expression, il ne lui faut sobvent changer qu'un accent. Elle met des joncs, dei roseaux, des arums à feuillage lisse et à pédicuk plein, sur les bords des rivières; elle ajoute à li feuille un aqueduc, elle en fait des joncs, des roseaux et des arums de montagnes.
11 faut cependant bien se garder de généraliser ces moyens; autrement, ils ne tarderaient pas à nous faire méconnsuitre sa marche. Par exemple, plusieurs botanistes ayant soupçonné que les feuilles de quelques plantes pouvaient bien servir à recueillir Teau des pluies, ont cru en apercevoir Tusage dans celles du dipsacus ou chardon de bonnetier. Il était aisé de s'y tromper, car elles sont opposées et réiuiics à leurs bases, en sorte que, quand il a plu, elles présentent des réservoirs qui contiennent bien chacun un demi-verre d'eau, et qui sont disposés par étages le long de sa tige. Mais ils devaient considérer, premièrement, que le dipsacus croît naturellement sur les bords des eaux, et que la nature ne donue point de réservoirs d'eau à une plante aquatique. Ce serait, comme dit le proverbe, porter de l'eau à la rivière. Secondement, ils pouvaient obsener que les étages formés par les feuilles opposées du dipsacus, loin d'être des réservoirs, sont au contraire des dégorgeoirs qui écartent l'eau des pluies de ses racines, à neuf ou dix pouces de chaque côté, par Textréinité de ses feuilles. Elles
ressemblent, à quelques égards, aux gouttières que nous piettons en saillie au-dessus de nos maisons, ou à celles qui sont formées par les cornes de nos chapeaux, qui servent à écarter de nous les eaux des pluies, et non pas à les rapprocher. D^ailleurs, Teau qui reste dans les ailerons des feuilles du dipsacus, ne peut jamais descendre à la racine de la plante , puisqu'elle y est retenue comme dans le fond d'un vase. Elle ne serait pas même propre à l'arroser, car Pline prétend qu'elle est salée. La sarrasine, qui croit dans les marais tremblants et mousseux du Canada, porte, à sa base, deux feuilles faites comme les moitiés d'un buecin scié dans sa longueur. Elles sont toutes deux concaves; mais elles ont, à leur extrémité la plus éloignée de la plante , une espèce de bec fait en dégorgeoir. L'c?iu qui reste dans les vases de ces plantes aquatiques, est peut-être destinée à ^reuver les petits oiseaux qui se trouvent quelquefois bien embarrassés pour boire, dans les débordements des eaux. Il faut bien distinguer les caractères élémentaires des plantes, de leurs caractères relatifs. La nature oblige l'homme qui ^Vtudie, de ne pas s'en tenir aux apparences extérieures, et, pour former son intelligence, de )*emonter des moyens qu'elle emploie aux fins qu'elle se propose. Si quelques plantes aquatiques semblent offrir, dans leurs feuillages, quelques caractères de plantes de montagnes, il y en
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DE LA NATURK. 33f
sa et de. plusieurs espèces de choux, où les luttes d^eau se rassemblent comme des gouttes vif-argent. Il y en a même qu'on a bien de la eine à mouiller; telles sont les tiges de plusieurs spèces de capillaires. Le laurier porte sa qualité îpulsive jusqu'à écarter, dit -ou, la foudre. Si tte qualité, fort vantée par les anciens, est bien )nstatée, il la doit sans doute à sa nature d'arbre luviatile. * Cet arbre croit en abondance sur les ivages des fleuves de la Tbessalie. Un voyageur, appelé le sieur de La Guillclière, ** dit, dans une relation fort agréablement écrite, qu'il n'a vu nulle part d'aussi beaux lauriers que le long du fleuve Pénéc. C'est peut-élrc ce qui a fait imaginer la métamorphose de Daphné, fille de ce fleuve, qu'Apollon changea eu laurier. Colt(» propriété répulsive de quelques arbres, et de quelques plantes aquatiques, me fait présumer qu'on pourrait les employer autour des maisons pour en écarter les orages, d'une manière plus sûre et plus agréable que les conducteurs éleclricpies, qui ne les dissipent qu'en les attirant dans leur voisinage. On pourrait encore s'en servir utilement pour dessécher les marais, comme on pourrait se ser>'ir des qualités attractives de plusieurs végétaux de mon-
* H est bien reconnu aujourd'hui que le laurier nVcarle pas h foudre. {Note de l'Éditeur.)
** Voyc* le Voyage de Lacédt^moiir, [lar le sîcur de La (juilletlère.
tagnesypœir former des sources sur les hauteon, et pour y rassembler les vapeurs qui nagent dam Tair. Peut-être n'y a-t-il de marais infects sur k globe 9 que dans les lieux où les hommes ont détruit les plantes dont les racines absorbaient les eaux de la terre , et dont les feuillages repoussaient celles du ciel.
Je ne veux pas dire , toutefois, que les feuilles des plantes acjuatiques n'aient d'autres usages; car qui est-ce qui connaît les yues innombrables de la nature ? A qui la source de la sagesse a-t-elle été rcvélëe, et qui est-ce qui a épuisé ses ruses? Radicc sapientiœ cui reçelfifa est, et asttititis Ullm quis agrwçit? * En général, les feuilles des plantes aquatiques paraissent propres, par leur extrême mobilité, à renouveler Tair des lieux humides, et ;\ produire par IcMirs mouvements les desséchcmenLs dont nous venons do parler. Telles sont celles des roseaux, des peupliers, des trembles, des bouleaux , et m(^me des saules, qui se remuent quelquefois sans qu'on s'aperçoive du moindre vent. Il est encore remarquable que la plupart de ces végétaux , entre autres les peupliers cl les bouleaux, sentent fort bon, sur-lout au printemps, et (jue beaucoup de plantes aromatiques croissent sur le bord de Teau, comme la menthe, la marjolaine, le souche t, le jonc odorant, Tiris, le cala-
mus aromaticus ; et aux Indes , les arbres à épiccs , tels que* le cannellier, le muscadier et le giro- Bier. Leurs parfums doivent contribuer puissamment à affaiblir le mëphitismc naturel aux lieux marécageux et humides. Elles ont aussi bien des usages relatifs aux animaux, comme de donner des ombrages aux poissons , qui viennent y chercher des abris contre les ardeurs du soleil.
Mais voici ce que nous pouvons conclure, pour l^ucilité de nos cultures, de ces diverses observations. Cest que lorsqu'on cultive des plantes dont le pédicule des feuilles ne porte point l'empreinte ^'un canal, il faut leur donner beaucoup d*eau ; car, alors, elles sont aquatiques de leur nature. La capucine, la menthe et la marjolaine, qui viennent sur les bords des ruisseaux, en consomment une quantité prodigieuse. Mais lorsque les plantes ont un canal, il faut leur en donner peu, parce que ce sont des plantes de montagnes. Plus ce canal est profond , moins il faut leur en donner. Tous les jardiniers savent que si on arrose fréquemment Talocs, ou le cierge du Pérou, on le fait mourir.
Les graines des plantes aquatiques ont des formes qui ne sont pas moins assorties que celles de leurs feuilles, aux lieux où elles doivent naître : elles sont toutes construites de la manière la plus propre à voguer. 11 y en a de façonnées en coquilles, d^ autres en bateaux, en baises, en bacs^
;);)4 ÉTDDKS
en pirogues simples, en doubles pirogues, semblables à celles de la mer du Sud. Je ne doute p» qu'en éludianl celle seule parlie, on ne fîtumh mullilude de découvertes tr&s-curieuses sur Tait V de lravei*ser toutes sortes de courants; et jenii|!) persuadé que les premiers hommes, qui obaf^ vaient mieux que nous, ont prb leurs diflerenlci manières de voguer d'après ces modèles de la nature, dont nous ne sommes, dans nos prétendues inventions, que de faibles imitateurs. Le pin aqiUK tique ou maritime , a ses pignons renfermés dans des espèces de petits sabots osseux, crénelés en dessous, et recouverts en dessus d'une pièce semblable à une écoutille. Le noyer, qui se plaît tant sur les rivages des fleuves, a son fruit entre deux esquifs posés l'un sur l'autre. Le coudrier, qui devient si touffu sur le bord des ruisseaux; l'olivier, (|ui aime tant les rivages de ta mer, (|u'il dégénère à mesure (pi^il s'en éloigne , portent leur semence enclose dans des espèces de tonneau susceptibles des plus longs trajets. La baie rouge de Tif qui^ ])lait dans les montagnes froides et humides, sur le bord des lacs, est creusée en grelot, dette baie, en tombant de Tarbre, est entraînée d'abonl, par sa chute , au fond de l'eau ; mais elle i*evient aussitôt au-dessus, au moyen d'un trou que la nature a ménagé en forme de nombril au - dessus de sa graine. 11 s'y loge une bulle d'air qui la ramène i la surface de l'eau, par un mécanisme plus ingé-
Dlû LA NAi'tJlK. Ki:»
iiieux que celui do la cloche du plongeur, cmi ce que , dans ci*llc-cî, le vide ost on dessous, et dans la liaio de Tif il est en dessus. Les formes des graines des herbes aciualiciues sont encore plus curieuses; car par-tout la nature redouble d'industrie pour les petits et les faibles, (lelle des joues ressemble à des (i*ufs d\^cn*viss<* ; celle du fcnouilest un véritable canot en minialuiv, creusé en cale avec deux proues relevées. Il y en a d'autres encastrées dans des brins qui ressend)lent à des pièces de bois tlotté et vermoulu; telles sont celles du pavot cornu, (ielles tpii sont destinéc*sà genner sur les bonis des eau\ cpii n\>nt point ilc courants, vont à la voile ; telle est lasenu*nce d'une .Hcabieuse de ce |>ays, (|ui croit sur les bords des marais. A la dilTérence de celles des autres espèces de scabieuses, cpii sont couronnées de poils crochus, pour s'accrocher à ceux des animaux cpii les transplantent, celle-ci est surmontée d'une deniî-vessie ouverte et posée à son sonntu*! couune une {gondole. Cette demi -vessie lui sert à-la-fois de voile et de véhicule. Os moyens de natation , quoi(|ue très-variés, sont conmums, dans tous les climats, aux graines des plantes aquatiques. L'amande de l'Ama/one, ap|>elée lotiHijm', est renfennée dans deux co(pu*s tout-à-fait senddables à deux écailles d'huitre. Ln autre fruit du même rivage, renq>li d'amandes, ressendile parfaitement, par la couleur et la forme, à un pot de
terre avec son couvercle, * On Tappelle de singe. ** Il y en a d'autres façonnées en groani bouteilles, comme les fruits du calebassier. D^j très graines sont enduites dWe cire qui les M surnager ; telles sont les baies de Farbre de cire, ou piment royal des rivages de la Louisiane. Il pomme si redoutée du mancenillier, qui croit sor les grèves maritimes des îles situées entre les tropiques , et les fruits du manglier qm y naît immédiatement dans Teau salée , sont presque lignem. Il y en a d'autres dont les coques sont semblables à des oursins de mer, sans pointes. Plusieurs sont accouplés 9 et voguent comme les doubles pirogues ou les baises de la mer du- Sud. Tel est le double coco des îles Séchelles.
Si on examine les feuilles , les tiges, les attitudes et les semences des plantes aquatiques, cm y remarquera toujours des caractères relatifs aux lieux où elles doivent naître , et concordants entre eux ; en sorte que , si la graine a une forme nautique, ses feuilles sont sans aqueduc : tout comme dans les plantes de montagnes, si la graine est volatile, le pédicule de la feuille, ou la feuille entière, présente une gouttière. Je prendrai pour
* Voyez les gravures de la plupart de ces graines , dans Je» de Lact, Illsioîre des Indes occidentales.
** C'est le lecythis ollaria de Linné, qui croit an Brésil eli la Guîane. Le fruit de cette singulière plante a été figuré dans les illustrations de Lainarck , planche l^^%» (^Note de P Éditeur,)
t)K L4 MATflHE. 33;
exojnplc doA ronconlancos iiauli((iifîs dos plantes , la capucine f qui est cnlre les mains de toul le monde. Celle plante, qui porte des fleurs si agn^u* blcA, esl un cresson des ruisseaux du Pérou. U faut d'abord observer que les (jueues de ses leinlles sont sans acpiediu' , connue celles de loules les plantes aquatiques; elles sont inq)lanlées au nii* lieu des ieuilles, quVdles portent en forme de parapluies, pour écarler crelles les eaux du ciel. Sa graine iValcIie a précisément la forme d^un bateau. La partie supérieure en est relevée en talus, connue un pont pour Técoulemenl des eaux ; et ou dislingue parfaitement, dans la partie inférieure, une poupe et une prou(*, une canine et une quille.* Les sillons de la graine de capucine sont des caractères connnuns à la plupart des graines nautiques, ainsi que les formes triangulaires et celles de rein ou carénées. Ces sillons, sam» doute, lesempécbenlde rouler en tous sens, les obligent do ilotter suivant leur longueur, et leur dcmnent la directicm la plus propre h pren* dre le fd de Teau, et «^ passer par les plus petits détroits. Mais ell(*s ont un caractère encore plus gdnéral : c'est qu'elles surnagent dans leur maturité, ce (pii n'arrive p.is aux graines destinées à naître dans les plaines, comme aux pois et aux lentilles, qui coulent ù fond. Cependant, (pjelqucs
* Voyei la plauchc U.
:i38 ETUIIES
espèces, comme les haricots, coulent d^abôrd fond de Teau , et surnagent quand elles en sont pénëlrëes. Il y en a d'autres, au contraire, qm flottent d'abord, et qui ensuite vont à fond. Telle est la fève d'Egypte, ou la semence de la coloosie , qui croît dans les eaux du Nil. On est obligé, pour semer celle-ci , de l'enfoncer dans un petit morceau de terre : après quoi on la jette à l'eaa. Sans cette précaution , il n'en resterait pas mif sur les rivages où on veut la faire croître. Lanataliilité des semences aquatiques est, sans doute, proportionnée à la longueur des voyages qu'elles doivent faire , et à la différente pesanteur des eaw où elles doivent surnager. Il y en a qui flottent dans l'eau de mer, et qui coulent à fond dans l'eau douce , plus légère que l'eau de mer d'un trente -deuxième ; tant les balances de la naturr ont de précision ! Je crois que les fruits du marronnier d'Inde, qui vient sur les bords des criques salées de l'Asie , sont dans ce cas. Enfin , je suis si convaincu de toutes les relations que la nature a étal)lios entre ses ouvrages, que je ne doute pBs que le temps où les semences des plantes aquatiques tombent, ne soit réglé, dans la plupart, sur celui où les fleuves où elles croissent se débordent. (Test une sj)énilation bien digne de la philoso])liie , de se r(»présenter ces flottes végétales voguant nuit et jour le long des ruisseaux, et abordant sans pilotes sur des jilages inconnues. Il >
^ DE LA NATURE. SSg
iifi^èXk a qui, par les débordements des eaux, s'cgan» jrent quelquefois dans les campagnes. J'en ai \^ 7 accumulées les unes sur les autres , dans le lit des I torrents, offrir autour de leurs cailloux, où elles i: avaient germé, des flots de verdure du plus beau ; «rert de mer. On eût dit que Flore , poursuivie par I jquelque Fleuve, avait laisse tomber son panier { dans Tume de ce dieu. D'aulres, plus heureuses, I parties dejs sources de quelque fontaine , s'engagent dans le cours des grands fleuves, et viennent embellir leurs boixls d'une verdure qui leur est étrangère. 11 y en a qui traversent le vaste Océan, et, apràs de longues navigations, sont poussées par les tempêtes mêmes sur des plages qu'elles enricliissent. Tels sont les doubles cocos des îles SéchcUes ou Mahé, que la mer porte régulièrement, chaque année, à quatî*e cents lieues de là, isur la côte Malabare. Les Indiens qui Tliabitent, ont cru long - temps que ces présents de la mer étaient les fri^ts d'un palmier qui croissait sous ses flots. Ils leur ont donné le nom de cocos marins. Ils leur attribuaient des vertus merveilleuses; ils les estimaient autant que l'ambre gris, et ils y mettiiient un prix si considérable, que plusieurs de ces fruits y ont été vendus jusqu'à mille écus la pièce. Mais les Français ayant découvert, il y a quelques années , l'ile Mahé qui les produit , qui est située par le 5' degré de latitude sud , en ont porté une si grande quantité aux Indes, qu'ils
34o lÊTUDES
leur ont ôté à-la-fois leur prix et leur répotatioilto^i car les hommes par tout pays, n^estiment qiK al(v^ qui est rare et mystérieux. |1 '
Dans toutes les îles où Tœil du voyageur a fiv^ voiries dispositions primordiales de la nature,! a trouvé leuA rivages couverts ^e végétaux, iaà les fruits ont tous des caractères nautiques. Ia^ qucs Cartier et Champlain représentent les grèm des lacs de FÂmérique septentrionale, ombragée de magnifiques noyers. Homère , qui a si bien étudié la nature dans un temps et dans des lieux oè elle avait encore sa beauté virginale , met des oli« vicrs sauvages sur les bords de File où Ulysse, flottant sur un radeau, est jeté par la tempête. Les marins qui ont fait les premières découvertes dans les mers des Indes-Orientales, y ont trou^ souvent des écueils plantés de cocotiers. La mer jette tant de semences de fenouil sur les rivages de Madère , qu^unc de ses baies en a pris le nom de baie de Funchal ou de Fenotfil. C'est par le cours de ces semences nautiques, trop pou observé par nos marins modernes , que les Sauvages découvrirent autrefois les îles qui étaient au vent des terres qu'ils habitaient. Ils soupçonnèrent un arbre au loin , en voyant son fruit échoué sur leurs rivages. Ce fut par de pareils indices que Christophe Colomb s^assura qu'il existait un autre monde ; mais les vents et les courants de Fouest dans la mer du Sud, les avaient portés long-temps
DE LA MATURE. 34l
avant aux peuples de FÂsie, comme j*en kurrai dire quelque chose à la fin de cette Étude. Il y a encore des végétaux amphibies; la nature a disposes de manière qu'une partie de leur ''feuillage se dresse vers le ciel, et Tautre forme ^^Wade, et se penche vers la terre. Elle a aussi ^ adonné à leurs graines de pouvoir voler et nager ^4-Ia-fois. Tel est le saule , dont la semence est enveloppée d'une hourre araigneuse , que les vents transportent au loin, et qui surnage dans Tcau, sans se mouiller , comme le duvet des canards. Cette bourre est composée de petites capsules en cutde-lampe et h deux becs, remplies de semences surmontées d'aigrettes; de sorte que le vent trans^ porte ces capsules en Tair, et les fait voguer aussi sur la surface de Teau. Cette configuration était très - convenable aux véhicules des semences des plantes qui croissent sur le bord des eaux stagnantes et des lacs. Elle est la même dans les semences du peuplier ; mais celles de Taune , <iui croit sur le bord des fleuves, n'ont point d'aigrettes, parce que les fleuves ont des courants qui les charient. Celles du sapin et du bouleau ont à-la-fois des caractères volatils et nautiques; cai* le sapin a son pignon attaché à une aile men'ibraneuse, et le bouleau a sa graine accolée à deux ailes qui lui donnent l'apparence d'une petite coquille. Ces arbres croissent à-la-fois dans Tes montagnes hyémales, et sur les bords des lacs du nord;
leurs semences avaient besoin, rioh-sealeitient A voguer sur des eaux stagnantes, thàih d'être ira»portées en Fair sur les neiges ati milieu dèsquefles ils se plaisent. Je ne doute pas qu'il n'y ait des espèces de CCS arbres dont les seineilces sotit tonlà-fait nautiques. Le tilleul porte les siehnes dans un corps sphériquc, sembliiblc h un petit boulet: ce boulet est attache à une lotigue queue, de Teittcmité de laquelle descend obliquement une foliole fort alongée , avec laquelle le vetit remporte au loin en pirouettant. Quatld il tombe ddns IV au, il y plonge de la longueur d'un pouce, et sert, en quelque sorte, de lest <\ sa queue et sk la foliole qui y est attachée, qui, se trouvant datis «ne situation verticale , font alors la fonction d'un mât et d'une voile. Mais l'examen de tant de variétés curieuses nous mènerait trop loin.
Ce serait ici le lieu de parler des racines des végétaux ; mais je connais peu ce qui se passe sous la terre. D'ailleurs, dans toutes les latitudes, sur les hauteurs comme sur le bord des eaux, on trouve a-pcu-près les mêmes matières , des vasvs, dessables, dos terres franches, des rocï)ei-s, ce qui doit entramer beaucoup plus de ressemldanro dans les racines des plantes, qu'il n'y en a dans le reste de leur végétation. Je ne doute pas rependant que la nature n'ait établi, à ce sujet, des relations très-utiles à connaître, et qu'un cultivateur un peu exercé ne puisse, en voyant la racine d'un
'wégëtal , déterminer Tespcce de terroir qui lui cat propre. Celles qui sonl fort chevelues paraissent convenir aux sables. Le cocotier, qui est un très-grand arbre des rivages de la zone torride , vient dans des sables tout purs , qu^il entrelace d^une quantité si prodigieuse de chevelu , qu'il en forme autour de lui une masse solide. C'est sur cette base qu'il résiste aux plus violentes tempêtes , au milieu d'un terrain mouvant. Ce qu'il y a de remarquable à ce sujet, c'est qu'il ne réussit bien que dans le sable du bord de la mer, et qu'il languit ordinairement dans l'intérieur des terres. Les îles Maldives , qui ne sont, pour la plupart , que des écueils sablonneux, sont les lieux de l'Asie les plus renommés par l'abondance et la beauté de leurs cocotiers. Il y a d'autres végétaux de rivage , dont les racines tracent comme des cordes. Cette configuration les rend très-propres à en lier les terres et à les défendre contre les eaux. Tels sont, chez nous, les aunes, les roseaux, mais surtout une espèce de chiendent que j'ai vu entretenir avec grand soin, en Hollande, le long des digues. Les plantes bulbeuses paraissent se plaire pareillement dans les vases molles , où elles ne peuvent enfoncer par la rondeur de leurs bulbes. Mais Forme étend ses racines sur les pentes des montagnes , où il se plait ; et le chêne y enfonce ses gros pivots pour en retenir les couches. D'autres plantes conservent sur les hauteurs, par lem^
feuillage rampant et leurs racines superficielles; les c^manations de poussière que les venls y déposent. Telle est Vanemona nemorosa. Si vous en trouvez un pied sur une colline, dans un boisqni ne soit pas trop fréquente , vous pouvez être sûr qu'elle se répand comme un réseau dans toute rétendue de ce bois.
Il y a des arbres dont les troncs et les racines sont admirablement contrastés avec des obstacles qui nous paraissent accidentels , mais que la nature a prévus. Par exemple , le cyprès de la Louisiane croit le pied dans Teau, principalement sur les bords du Méchassipi , dont il borde magnifiquement les vastes rivages. Il s*y élève à une hauteur qui surpasse celle de presque tous les arbres de l'Europe. * La nature a donné au tronc de ce grand arbre jusqu'à trente pieds de circonférence, afin (ju'il fût en état de résister aux glaces des lacs du nord, qui se déchargent dans ce fleuve, et aux trains de bois prodigieux qui y sont entraînés, et (pli en ont tellement obstrué la plupart des embouchures , qu'on n'y peut naviguer avec des vaisseaux d'un port un peu considérable. Et pour qu'on ne ])uissc douter qu'elle n'ait destiné ïvpaisse ur de son tronc à résister au choc des corps flottants, c'est qu'a six pieds de hauteur, elle en
* Voyez le P. Charlevoix , Histoire de la NouyeDc-France, tome IV.
DE LA NATURE. 3/f5
diminue tout-à-coup la proportion d^un tiers, -€ûmme ëtant superflue, àcelte c^lëvation; et pour «la garantir d^une autre manière plus avantageuse, *«lle fait sortir de la racine de l'arbre, à quatre ou cinq pieds de distance tout autour, plusieurs ^ros chicots qui ont depuis un pied d^ hauteur jusqu'à quatre : ce ne sont point des rejetons, car leur tête est lisse ^ et ne porte ni feuilles, ni branches ; ce sont de véritables brise-glaces. Le tùpelo, autre grand arbre de la Caroline, qui croît aussi sur le bord de Tcau , mais dans des criques, a à-pcu-près les mêmes proportions dans sa base , à Texception des brise^^laces ou estacades. Les graines de ces arbres sont cannelées , comme j'ai dit qu'étaient en général les graines aquatiques; et celle du cyprès de la Louisiane diffère considérablement, par sa forme nautique, de celle du cyprès des montagnes d'Europe, qui esF volatile. Ces observations sont d'autant plus dignes de foi, que le P. Charlevoix, qui les rapporte en partie , n'en tire aucune conséquence , quoiqu'il fût bien capable d'en interpréter l'usage.
On doit sentir combien il est important de lier l'élude des plantes avec celle des autres ouvrages de la nature. On peut connaître par leurs fleurs, l'exposition du soleil qui leur convient; par leurs feuilles, la quantité d'eau qui leur est nécessaire ; par leurs racines, le sol qui leur est propre ; et
par leurs fruits ^ les lieux où elles doivent nautic, et de nouveaux rapports avec les animaux qui s^cn nourrissent. J^entcnds par fruit , ainsi que les botanistes, toute espèce de semence.
Le fruit est le caractère principal de la plante. On en peut juger ifabord par les soins que la nature prend pour le former et pour le conserver. Il est le dernier terme de ses productions. Si vous examinez dans un végétal les enveloppes qui renferment ses feuilles, ses fleurs et ses fruits, vous trouverez une progression merveilleuse de soins et de précautions. Les simples boui^geons à feuilles , sont aisés à reconnaître à la simplicité de leurs étuis : il y a même des plantes qui n'en ont pas , comme les pousses des graminées qui sortent immédiatement de terre , et n'ont besoin d'aucune protection étrangère. Mais les bourgeons qui contiennent des (leurs, ont des gaines rembourrées de duvet, comme ceux du pommier: ou enduites de glu à l'extérieur, comme ceux des marronniers d'Inde; ou sont renfermés dans des sacliets , comme les fleurs du narcisse ; ou garantis de manière qu'ils sont très-reconnaissables, même avant leur développement. Vous voyez ensuite que Tappareil de la fleur est entièn?ment destiné à la fécondation du fruit ; et quand celuici est une fois formé, la nature redouble de précautions au-ilcdans et au-dehors pour sa conservation. Elle lui donne un placenta; elle ronve-
Soppé d^ pellicules, de coques, de pulpes, de gousses, de ca()stiles, de brou, de cuirs, etquel* 4|aefois d'épines ; une mère n'a pas plus d'attentions pour le berceau de son enfant. Ensuite, afin qti^il aille chercher à s'établir dans le monde , elle le coult)filie d'aigrettes ou l'enferme dans une eo<)mlle : elle lui donne des ailes pour s'envoler, cra uti bateau pour voguer.
Il y a qtlÉlquc chose encore de plus marqué en fateur du fruit ; c'est que la nature varie souvent les feuilles, les fleurs, les tiges et les racines d'une plante ; mais le fruit reste constamment le tnéme , sinon quant à sa forme, du moins quant à sa substance essentielle. Je suis persuadé que ()uand il lui a plu de créer un fruit , elle a voulu qu'il pût se reproduire sur les montagnes , dans les plaines, au milieu des rochers, dans les sables, sur les bords des eaux et sous différentes latitudes; et pour l'y rendre propre , elle a varié les arrosoirs, les miroirs, les ados, les supports, Tattitude et la fourrure du végétal , suivant le soleil , les pluies, les vents et le territoire. Je crois que c'est à cette intention qu'il faut attribuer la variété prodigieuse d'espèces dans chaque genre, tl le degré de beauté où chacune d'elles parvient, qnand elle est dans son site naturel. Ainsi, quand elle a formé la châtaigne pour venir dans les montagnes pierreuses du midi de l'Europe , et y suppléer au froment qui n'y réussit guère , elle l'a
placée sur un arbre qui y devient magnifique par I SCS convenances. J'ai mangé des fruits des ch^ taigniers de File de Corse: ils sont gros comme de petits œufs de poule , et excellents. J^ai lu dans un voyageur moderne , la description d^un chl* taignier qui a crû en Sicile , sur une croupe da mont Etna; il a un feuillage si étendu, que cent cavaliers peuvent se reposer à Taise sous sod ombre. On Tappelle , pour cette raismi , centum caçcUlo. Le P. Kircher assure avoir vu sur la même montagne , dans un lieu appelé Trecastagne, trois châtaigniers si prodigieusement gros , que lorsqu'on les eut abattus , on pouvait mettre on troupeau entier à l'abri sous leur écorce. Les bergers s'en servaient la nuit, dans le mauvais temps, au lieu d'étable. La nature a donné à ce grand vé* gétal de recueillir, sur les mOhtagnes escarpées, les eaux de l'atmosphère, avec ses feuilles en forme de langues, et de pénétrer de ses fortes racines jusque dans le lit des sources, malgré l'épaisseur des laves et des rochers. 11 lui a plu eusuite de faire croître son fruit avec de l'amertume , pour l'usage de quelque aîiimal , sur les bords des criques salées et des bras de mer de l'Asie. Elle a donné à l'arbre qui le porte , des feuilles disposées en tuile , une écorce écailleuse, des fleurs différentes de celles du châtaignier, mais convenables, sans doute, aux exhalaisons humides et aux aspects du soleil auxquels il est
■^ttposé. Elle en a fait le marronnier dinde. Il vient *i; dans son pays natal bien plus beau qu^en Europe.
^ Celui de FAsie est le marronnier maritime, et le i diàtaignier de l'Europe est le marronnier de mon-
Vtagnes. Peut-être, par une autre combinaison,
■f t-t-elle placé ce fruit sur le hêtre de nos collines,
■ dont la faine est évidemment une espèce de châ-
■ taigne. Enfin, par une de ces alLenLions materr nelles, qui la portent à suspendre sur des herbes
même les productions des arbres, et à servir les mêmes mets jusque sur les plus petites tables , elle l'a, peut-être, mis dans le grain du blé noir, qui, par sa couleur et sa forme triangulaire, ressemble à la semence du hêtre, appelé en latin . fàguSy d'où est venu à ce blé le nom ài^ft fagopyrum. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'indépen-^ damment de la substance farineuse, on trouve dans le blé noir, la faîne du hêtre et la châtaigne, des propriétés semblables, telles que celle de calmer les ardeurs d'urine. *
La nature a voulu pareillement faire croître le gland dans une multitude d'expositions. Pline en comptait de son temps treize espèces différentes en Europe , dont une qui est bonne à manger, est celle du chêne vert. C'est de celui-là que parlent les po*étes, quand ils vantent l'âge d'or , parce que son fruit servait alorsde nourriture à l'homme.
"^ Voyei Chomel , Traité des Plantes usuelles.
352 KTUDKS
Il oublie , en voyant sa plante favorite, les danei sablonneuses où il est né , et il embellit de 80i chant et de son plumage les bords de nos seaux.
Il me semble impossible de connaître les plantes , si on n'étudie leur géographie et leurs éphémcrides ; sans cette double lumière , qui se reflète mutuellement, leurs formes nous seront toujoun étrangères. Cependant la plupart des botanistes n'y ont aucun égard ; ils ne remarquent en la recueillant , ni la saison , ni le lieu , ni l'exposition où elles croissent. Ils font attention à toutes leurs parties intrinsèques, et sur-tout à leurs fleurs; et après cet examen mécanique, ils les enferment dans leur herbier , et croient bien les connaître , sur-tout s'ils leur ont donné quelque nom grec. Ils rosvscmblent à un certain hussard qui, ayant trouve une insrrii)li()n latine on lettres de bronze, sur un monument antique , les détacha l'une après l'autre, et les mit toutes ensemble dans un panier, qu'il envoya à un antiquaire de ses amis, en le priant de lui mander ce que cela signifiait. Ils ne nous font ])as ]>lus connaître la nature, qu un grammairien ne nous ferait connaître le génie de Sophocle, en nous donnant un simple cataloguede ses tragédies , de la division de leurs actes et de leurs scènes , et du nombre de vers qui les composent. Ainsi font ceux qui recueillent les plantes, sans marquer leurs relations entre elles et avec les
déments; ils en conservent la lettre, et ils en auppriment le sens. Ce n^est pas ainsi qu^ont herborisé les Toumefort, les Vaillant, les Linnaeus. Si ces savants hommes n^ont tiré aucmie conséquence de ces relations, ils ont préparé au moins des pierres d'attente à la science à venir. Quoique les observations que je viens de présenter sur les harmonies élémentaires des plantes soient en petit nombre , j'ose dire qu'elles sont très-importantes au progrès de ragriculturc. 11 ne s'agit pas de déterminer géométriquement les genres de fleurs dont les miroirs sont les plus propres à réfléchir les rayons du soleil dans chacpie point de latitude ; la gloire d'en calculer les couii)es est réservée aux futurs Newtons. La nature nous a servis d'avance , dans les lieux où on lui a laissé la liberté de rétablir ses plans. Nous pouvons faire prospérer les nôtres de la manière la plus avantageuse , en les accordant avec les siens. Pour connaître les plantes les plus propres à réussir dans un terrain , il n'y a qu'à faire attention aux plantes sauvages qui y viennent d'elles-mêmes, et qui s'y distinguent par leur force et leur multitude : on leur substituera alors des plantes domestiques du même genre de fleurs et de feuilles. Là où croissent des plantes à ombelle, il faut mettre, à leur place, celles des nôtres qui ont le plus d'analogie avec elles par les feuilles, les fleurs , les racines et les graines ; telles que
les daucus : Tartichaut y remplacera utilemat] le fastueux chardon ; le prunier domestique,! greffé sur un prunier sauvage , dans le lieu mène où celui-ci a poussé , deviendra très-vigoureu. Je suis persuadé que par ces rapprochemeiib naturels, on peut tirer de Futilité des sables et des rochers les plus arides ; car il n^y a pas seul genre de plantes sauvages qui n^ait une espèce comestible.
Mais il ne suffisait pas à la nature d^avoir mis tant d'harmonies entre les plantes et les sites ou elles devaient naître , si elle n'avait encore*pourvu au moyen de les rétablir, lorsqu'elles sont détruites par les cultures intolérantes de rhomme. Pour peu qu'on laisse un terrain inculte , on le voit bientôt couvert de végétaux. Ib y croissent en si grand nombre et si vigoureusement, qu'il n'y a point de laboureur qui puisse en faire venir la même quantité sur le terrain dont il prend le plus grand soin. Cependant ces pousses si vigoureuses et si rapides , qui s'emparent souvent de nos chantiers de pierres, de nos murailles de maçonnerie et de nos cours pavées de grès , ne sont souvent que des cultures provisionnelles. La nature qui marche toujours d'harmonie enharmonie, jusqu'à ce qu'elle ait atteint le point de perfection qu'elle se propose , ensemence d'abord de graminées et d'herbes de différentes espèces, tous les sols abandonnés.
attendant qu^elle puisse y élever des végéitaux d'un plus grand ordre. Dans les lieux agrestes toù nous voyons des pelouses , nos descendants verront peut-être des forêls. Nous jetterons, à notre ordinaire , un coup-d'œil superficiel sur les moyens très-ingénieux dont elle se sert pour préparer ces progressions végétales. Nous entreverrons dès à présent , non-seulement les relations élémentaires des plantes , mais celles qui régnent entre leurs diverses classes , et qui s'étendent jusqu'aux animaux. Les végétaux les plus méprisables aux yeux de l'homme , sont souvent les plus nécessaires dans l'ordre de la création.
Les principaux moyens que la nature emploie pour faire croître des plantes de toute espèce, sont les plantes épineuses. Il est très-remarquable que ces sortes de plantes sont les premières qui paraissent dans les terres en friche ou dans les forêts abattues. Elles sont très-propres , en effet , à favoriser des végétations étrangères , parce que leurs feuilles profondément découpées comme celles des chardons et des vipérines , ou leurs sarments courbés en arc comme ceux de la ronce , ou leurs branches horizontales et entrelacées comme celles de l'épine noire , ou leurs rameaux hérissés d'épines et dégarnis de feuilles comme ceux du jand ou jonc marin , laissent autour d'elles beaucoup d'intervalles, à travers lesquels les autres végétaux peuvent s'élever et être protégés
contre la dent de la plupart des quadrupëdei Les pépinières des arbres se trouvent souvent dans leur sein, llien n'est si commun dam ki taillis , que de voir un jeune chêne sortir dW nappe de ronces qui tapisse la terre, autour de lui. de ses grappes de fleurs épineuses; ou un jeune pin s'élever du milieu d'une touffe jaune de jonc» marins. Quand ces arbres ont pris une fois de l'accroissement, ils étouffent, par leurs ombrages , les plantes épineuses , qui ne subsistent plus que sur la lisière des bois, où elles ont un air suffisant pour végéter. Mais dans cette situation, ce sont encore elles qui les étendent , d'années en années, dans les campagnes. Ainsi les plantes épineuses, sont les premiers berceaux des forêts; et les fléaux de l'agriculture de Thommc , sont les boucliers de celle de la nature.
Cependant l'homme a imité, à cet égard, les procédés de la nature ; car s'il veut protéger dans ses jardins quelque semence qui levé , il ne man que pas de la couvrir de quelque rameau d'épine. Il me paraît probable qu'il n'y a point de lande qui, avec le temps, ne devhit forêt, si ses riverains n'y menaient paître des moutons qui y maugent les jeunes pousses des arbres, à mesure qu'elles sortent de leurs buissons. Ainsi, à mon aviâ, les croupes des hautes montagnes de l'Espagne, de la Perse, et de plusieurs autres parties du monde, sont dégarnies d'ar-
1»rcs, parce qu^on y mène, pendant l'été, de nombreux troupeaux qui en parcourent les différcnles chaînes. Je suis pei'suadé que ces montagnes étaient couvertes, dans les premiers temps du monde, de fordts <pii ont été dévastées par leurs premiers habitants; et qu'elles y renaîtraient, aujourd'hui que ces lieux sont <léserLs, si on n'y menait pas des troupeaux. 11 est très-remarquable que ces lieux élevés sont ensemencés de plantes épincusi^s, connue nos landes. Don (larcias de Figueroa, ambas.sadeur(rKspa{;ne auprès de (^lia- Abas , roi de Pei*se , rapporte , dans la relation de son voyage , que les hautes nH)ntagnes de la Pers^ qu'il traversa , et où les Turccunans entent sanii cesse en faisant paître leurs tix)upeaux , étaient couvertes d'une espèce d'arbrisseau épineux, qui y croit dans les lieux les plus arides. (Â^s mêmes arbrisseaux servaient de nUraite à tpiantité de perdrix. Sur quoi nous observerons (pie la nature emploie particulièrement les oiseaux, pour semer les plantes épineuses dans les lieux les |)liis escarpés. Ils ont coutume de s'y retirer la nuit^ et ils y déposent, avec leurs (ientes , les semences pierreuses des mAres de ronce , des baies de l'églantier, de répine-vinette , et de la plupart des ai-brisseaux épineux, qui, par des relations non moins admirables , sont indigestibles dans leur estomac. Les oiseaux ont encore des harmonies particulières avec ces végétaux , comme .nous le
verrons en son lien. Non-seulement ils y trouvât l. (les nourrilures abondantes et des abris, mai des bourres pour tapisser leurs nids , comme das les cliardons et dans Tarbre à coton de rAmérique ; en sorte que si plusieurs d^entre eux cho^ client leur sûrel(^ dans rdliivation des grandi arbres, d'autres la trouvent dans les arbrisseau épineux. Il n'y a pas de buisson qui n^ait sos oiseau particulier.
Indc^pendaniment des plantes propres à chaque site, et qui y sont sédentaires, il y en a qui voya* f2;ent et qui ne font que parcourir la terre. Cei pérégrinations se conçoivent aisément, si Toi suppose , connue c'est la vérité , que plusieurs d'entre elles ne donnent leurs semences que quand certains vents réguliers soufflent, ou à certaines révolutions des couranLs de l'Océan. Quoi qu'il on soit , je pense qu'il faut mettra dans ce nombre plusieurs plantes connues des anciens, et (pie nous ne trouvons plus aujourd'hui. Telesi, entre autres, le fameux laKerpitiuui des llomains, qui achetaient son jus, appelé lazer, au poids de i'ar{;ent. (îette plante, suivant Pline, croissait aux environs de la ville de (^oreiie, en Afn<pie; mais elle était si rare de son temps, (|u'on n'y en voyait plus. Il dit qu'on en trouva encore une sous le rc^^^ne de Néron, et cpiVlle lut envoyée h ce prince connue une grande rareté. Nos botanistes modernes croient que le lazer pitium est la même
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ptante que le sîlpliium de nos jardins; mais il e.^t évident qu'ils se trompent, d'après les descriptions que les anciens, entre autres Pline et Dios* coridCr nous en onl laiss(^es. Pour moi, Je ne doute pas que le lazerpiliuni ne soit du nombre I de?» végétaux destines h parcotnnr la terre d'orient occident, et d'occiclent en orient. Il estpeulà pr<?sent sur le rivage occidental de TAfri-* , où les vents d'est auront porte? $(*$ semen- ;pcut-dtre aussi, par les révolutions du vent uest» seru-l-il revenu au inc'*ine lieu ou il était temps d'Auguste, ou qu'il aura été pi»rté dans campagnes de rEtliiopie, cIica des peuples qui nVn connaissent pas les propriétés prétendues admirables. Pliue cite encore plusieurs autres xé^ taux qui nous sont également inconnus aujour- 'hui. Nous observerons que ces apparitions vêles ont été contemporaines de plusieurs eses d*oiseaux voyagcui^, qui ont pareillement iparu* On sait qu'il y a plusieurs clasvses d'oixet de poissons qui ne t'ont que parcourir la rre et les mers; les uns, dans ime certaine rélution de jours, les autres, au bout d'une cerne période d'années. Plusieurs plantes peuvent c soumises aux mêmes destins. Cette loi s'étend mthne )us<|ue dans les cieux^ où il nous ap* raît, de temps en temps, quelque astre nouveau, nature, ce me semble, a dis[)osé ses ouvrages ,e manière qu'elle a toujours en résen e quelque
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nouveauté pour tenir Thomme en baleine. £Ue i établi , dans la durée de Texistence des difTérenls êtres de chaque règne, des concerts d'un moment, d^unc heure, d^un jour, d'une lune, d'une année, de la vie d'un homme, de la durée d'un cèdre , et peut-être de celle d'un globe : mais celui-là n'est sans doute connu que de l'Être suprême.
Je ne doute pas cependant que la plupart des plafntes voyageuses n'aient un centre principal, tel qu'un rocher escarpé ou une île au milieu de la mer, d'où elles se répandent dans tout le reste du monde. Ceci me mène à tirer un grand argument poui: la nouveauté de notre globe ; c'est que, s'il était un peu ancien, toutes les combinaisons de l'ensemencement des plantes seraient faites dans toutes ses parties. Ainsi, par exemple, il n'y aurait pas une ile et un rivage inhabité de la mer des Indes , qui ne fût planté de cocotiers et semé de cocos, que la mer y charie, tous les ans, et qu'elle répand alternativement sur leurs grèves, au moyeu de la variété de ses moussons et de ses courants. Or, il est constant que les rayons do ces arbres, dont les principaux foyers sont aux îles Maldives, ne se sont pas encore répandus par toutes les iles de l'Océan Indien. Le philosophe François Léguât, et ses infortunes compagnons, qui furent, en 1690, les premiers habitants de la petite île Rodrigue, située a cebl
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lieues a Test de l*llc-4lc-France , n^y troitvcroni |K>irit de cocotiers. Mais précisément pendant le «ëjour qu*ils y firent, la mer jeta sur la cAte pluaieui'S cocos (jcrniés: comme si la Providence avait voulu les engager, parce présent utile el agréable, à rester dans cette île et à la cultiver. Françob Léguât, qui ignorait les relations que les semences ont avec rclémehtoii elles doivent naître, fut fort étonné de ce que ces fruits, qui pesaient cinq à six livres, eussent pu faire un trajet de soixante ou quatre-vingis lieues sans être corrompus. 11 présumait, avec raison, qu'ils venaient de File Saint-JIrande, située au noixl-est de Rodrigue. Ces deux îles, désertes depuis la création du monde , ne s'étaient pas encoiv communiqué tous leurs végétaux, quoique situées dans un courant de mer qui va allernativenient, dans le cours d'une année, si\ mois vers Tune cl six mois vers l'autre.
Quoi qu'il en soit, ils plantèrent ces cocos < qui, dans l'espace d'un an et demi, poussèrent des tiges de quatre pieds de hauteur. Un bienfait si marqué du Ciel, ne fuit pas capable de les retenir dans cette île heureuse. Un désir inconsidéré de se procurer des femmes, les força de l'abandonner, malgré les représentations de Léguât, cl les précipita dans une longue suite d'infortunes, auxquelles la plupart ne purent survivre. Pour moi, je ne doute pas que, s'ils eussent
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eu dans la Providence la confiance qu^ils lui d^ I vaient , elle n'eût fait parvenir des femmes dan leur île déserte , comme elle j avait envoyé des cocos.
Pour revenir aux voyages des végétaux , toutes les combinaisons et les versgitilités de leurs semailles wse seraient faites dans les îles situées entre les mêmes parallèles et dans les mêmes moussons , si le monde était étemel. Les doubles cocos, dont les pépinières sont aux îles Séchelles, se seraient répandus et auraient eu le temps de germer sur la côte Malabare, où la mer en jette de temps en temps. Les Indiens auraient planté, sur leurs rivages, ces fruits, auxquels ils attribuaient des vertus merveilleuses, et dont le palmier leur était tellement inconnu, qu'il n'y a pas douze ans, ils les croyaient originaires du fond de la mer, et les appelaient, pour cette raison, cocos marins. 11 y a <le même une multitude d'aa- Ircs fruits, entre les tropiques, dont les souches primordiales sont aux Moluques, aux Philippines, dans les îles de la mer du Sud , et qui sont entièrement inconnus sur les côtes des deux continents, et même dans les îles de leur voisinage, qui certainement y seraient devenus les objets de la culture de leurs habitants, si la mer avait eu le temps d^en multiplier les projections sur leurs rivages.
Je ne pousserai pas cette réflexion plus loin:
mais il est ëvident qu^elle prouve la nouveauté du inonde. SHl était éternel et sans Providence, ses végétaux auraient subi, il y a long-temps, toutes les combinaisons du hasard qui les ressème. On trouverait leurs diverses espèces dans tous les «itea où elles peuvent naître. Je tire, de cette observation , une autre conséquence ; c'est que TAuteur de la nature a voulu lier les hommes par une communication réciproque de bienfaits , dont il s^en faut bien que la chaîne ait encore été parcourue. Quel est, par exemple, le bienfaiteur de rhumanité , qui transportera , chez les Ostiaks et les Samoïedes, au détroit de Waigats, Tarbre de Winter, du détroit de Magellan, dont récorce réunit la saveur du girofle, du poivre et de la cannelle ? Et quel est celui qui portera au détroit de Magellan, Tarbrc aux pois, de la Sibérie , pour les besoins des pauvres Patagons ? Quelle riche collection peut faire la Russie , non-seulement des arbres qui croissent dans les parties septentrionales et australes de l'Amérique, mais de ceux qui couronnent, dans toutes les parties du monde , les hautes montagnes à glace, dont les croupes élevées ont des températures approchantes de celle de ses plaines ! Pourquoi«ne voit-elle pas croître, dans ses forêts, les pins de la Virginie et les cèdres du Liban? Les rivages déserts de Tlrtis pourraient, chaque année, se couvrir de la même folle-avoine
qui nouirit tant de peuples sur les bords des hvicres du Canada. Non-seulement elle pourrait rassembler dans ses campagnes les âjrbres et lu plantes des latitudes froides, mais un grand nond[)re de végétaux annuels qui croissent, pendant le cours d'un été, dans les latitudes chaudes et tempérées. J'ai éprouvé, par mon expérience, que la chaleur de Tété est aussi forte a Pëtersbourg que sous la Ligne. Il y a de plus, dans le nord, des parties de la terre, qui ont des configurations propres à y donner des abris contre les vents septentrionaux, et à multiplier la chaleur du soleil Si le midi a des montagnes à glace, le nord a des vallées à réverbère. J'ai vu un de ces petits vallons, près de Pctersbourg, au fond duquel coule un ruisseau qui ne gèle pas, même au coeur de riiivcr. Les roches de granit dont la Finlande est hérissée, et qui couvrent, suivant le rapport de» voyageurs, la plupart des terres de la Suède, des rivages dp la Mer-Glaciale, et tout \e Spitzberg. sufRscnt pour produire les mêmes températui\'> en beaucoup d'endroits, et pour y affaiblir considérablement la rigueur du froid. J'ai vu, eu Finlande , près de \ ibourg, au-delà du soixanteunième degré de latitude, des cerisiers en plein vent;quoique ces arbres soient originaires du quarantenleuxième degré, c'est-à-dire du royaume de Pont, d'où LucuUus les apporta allume, après la défaite de M.ithridate. Les paysans de cette
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province y cultivent le tabac, qui est bien plus méridional, puisqu'il est originaire du Brésil. A la vérité y c'est une plante annuelle, et qui n'y acquiert pas un grand parfum ; car ils sont obligés de Texposer à la chaleur de leurs poêles, pour adiever de la mûrir. Mais les rochers dont la Finlande est couverte, présenteraient sans doute à des yeux attentifs, des réverbères qui pourraient lui donner un degré de maturité suffisant. J'y ai trouvé moi-même, près de la ville de Frédericsham, sur un fumier à Tabri d'une roche, une touffe d'avoine très-haute, qui jetait, d'une seule racine, trente-sept épis chargés de grains rnùrs, sans compter une multitude d'autres petits i^ejetons. Je la cueillis dans le dessein de la faire présenter à sa majesté impériale Catherine II, par mon général M. du Bosquet, sous les oitlres duquel et avec qui je faisais la visite des places do cette province : c'était aussi son intention; mais -nos domestiques russes, négligents comme sont tous les esclaves , la laissèrent perdre. 11 en fut bien fâché, ainsi que moi : je pense qu'une aussi belle touffe de grains, produite dans une province qu'on regarde, à Pétersbourg, comme frappée de stérilité, a cause des roches dont elle est couverte, qui lui ont fait donner , p<ir les anciens géographes, le surnom de Lapidnsa, eût été aussi agréable à sa majesté, que le gras bloc de granit qu'elle en a fait tirer depuis, pour en faire, à
Pétersbourg, la base de la statue de Pierre-l^l*^ Grand. ¥
J'ai vu , en Pologne , quelques particuliers , eut f ' tiver, avec le plus grand succès, des vignes et des abricotiers. M. de la Roche, agent du prince de ^ Moldavie, me mena, à Varsovie, dans un petit jardin des faubourgs, qui rapportait à son cultivateur cent pistolcs de revenu, quoiqu^il n'y eût pas une trentaine de ces arbres ; ils étaient toutà-fait inconnus dans ce pays il y a cent cinquante ans. Les premiers y furent apportes par un Français, valet-de-chambre d'une reine de Pologne: cet homme les cultivait en cachette, et faisait présent de leurs fruits aux grands du pays, comme s'il les eût reçus de France par les courriers de la cour. Les grands ne manquaient pas de les lui payer magnifiquement ; et cette espèce de commerce est devenue pour lui le principe d'une fortune si considérable , que ses arrièrc-petitseniants sont aujourd'hui les plus riches banquiers de ce pays.
Ce que je dis ici de la possibilité d'enrichir, de végétaux utiles, la Russie et la Pologne, est nonseulement dans rintention de reconnaître, de mon mieux, le bon accueil que j'ai reçu des grands et du gouvernement de ces pays, lorsque j'y étais étranger; mais parce que ces indications tournent également à l'amélioration de la France, dont le climat est plus tempéré. Nous avons des
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niontagues à glace, qui peuvent porter tous les végétaux du nord, et des vallées à réverbère, qui peuvent produire la plupart de ceux du midi. Il ne faudrait pas, à notre manière , rendre ces sortes de cultures générales dans un canton entier, mais les établir dans quelque petit abri ou détour 4e vallon. L'influence de ces positions ne s'étend pas fort loin. Cest ainsi que le fameux vignoble de Constance, au cap de Bonne-Kspérance, ne réussit que sur une petite portion de terrain, située au bas d'une colline ; et que les vignobles qui sont autour et aux environs , ne produisent pas, à beaucoup près, des raisins muscats de la même qualité, quoique plantés des mêmes espèces de vignes. C'est ce que j'ai éprouvé moimême. Il faudrait chercher, en France, ces sortes d^abris, dans des lieux où il y a des pierres blanches , dont la couleur est la plus propre k réverbérer les rayons du soleil. Je crois même que la marne doit à sa couleur blanche, une partie de la chaleur qu'elle communique aux terres où on la jette; car elle y réfléchit les rayons du soleil avec tant d'activité, qu'elle y brûle les premières pousses de beaucoup d'herbes. Voilà, selon moi, la raison pour laquelle la marne , qui a d'ailleurs en elle-même des principes de fécondation , fait mourir la plupart des herbes qui ont coutume de croître à l'ombre des blés, et dont les premières feuilles sont plus tendres que celles des blés qui
sont, en gênerai, les plus robustes des graminées. Il faudrait encore chercher ces abris dans le voisinage de la mer et sous Tinfluence de ses vents, qui sont tellement nécessaires à la végétation de beaucoup de plantes, que plusieurs d'entre elles refusent de croître dans rintérienr des terres. Tel est entre autres l'olivier, que Ton n'a jamais pu faire venir dans Tintérieur de TAsie et de r Amérique , quoique la latitude lui soit d'ailleurs favorable. J'ai remarqué même qu'il ne donne pas de fruits dans les îles et sur les rirages où il est à l'abri des vents de mer. J'attribae à cette cause la stérilité de ceux qu'on a plantés à r Ile-de-France , sur son rivage occidental, qui est abrité des vents d'est par une chaîne de montagnes. Pour le cocotier, il ne réussit point entre les tropicfucs, s'il n'a, pour ainsi dire, sa racine dans Teau de mor. C'est, je crois, faute de ces considérations géographiques et de quelques autres encore, qu'on a manqué quantité de cultures en France ot dans nos colonies.
Quoi qu'il en soit, on pourrait trouver, daw^ le royaume, une montagne à glace, qui aurail poul-èlreuiu* vallro à réverbère à son pied. Ce serait une rocherclie lrès-agn*able à faire : on en pourrait tirer un grand parti; on en ferait un jardin pour le roi, ({ui donnerait à notre prince le spectacle de la végétation d'une multitude de climats, sur une ligne qui n'aurait pas quinze
cento toises d^ëlévation. Il pourrait y braver les ardeurs de la canicule a Tombrc des cèdres, sur le bord moussu d'un ruisseau de neige; et peut-être les rigueurs de Diiver, au fond d'un vallon tourné au midi, sous des palmiers et au milieu d'un champ de cannes à sucre. On y naturaliserait les animaux qui sont les compatriotes de ces végétaux. Il entendrait bramer le renne de Laponi>e, de la même vallée où il verrait les paons de Java faire leurs nids. Ce paysage réunirait autour de lui une partie dos tributs de la création , et lui donnerait une image du paradis terrestre « qui était situé, je pense, dans une position semblable. En vérité, je souhaiterais que nos rois éteniiissent leurs sublimes jouissances aussi loin cpic l'étude de la nature a porté ses recherclïes sous leur florissant empire.
Il me reste maintenant h examiner les harmonies que les plantes fonnent entre elles. Ce sont CCS harmonies qui donnent des charmes aux sites ensemencés par la nature. Nous allons nous en occuper dans la section suivante.