‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 117 sur 151 · ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

ESTHÉTIQUE

Je fais la cour à ma Destinée ;

Et demande : « Est-ce pour cette année ? »

Je la prends par la douceur, en Sage,

Tout aux arts, au bon cœur, aux voyages...

Et vais m’arlequinant des défroques

Des plus grands penseurs de chaque époque...

Et saigne ! en jurant que je me blinde Des rites végétatifs de l’Inde...

Et suis digne, allez !, d’un mausolée En pleine future Galilée !

DES FLEURS DE BONNE VOLONTE

De la meilleure grâce du monde,

Donc, j’attends que l’Amour me réponde...

Ah ! tu sais que Nul ne se dérange,

Et que, ma foi, vouloir faire l’ange...

Je ferai l’ange ! Oh ! va, Destinée,

Ta nuit ne m’irait pas chiffonnée !

Passe ! et grâce pour ma jobardise...

Mais, du moins, laisse que je te dise,

Nos livres bons, entends-tu, nos livres Seuls, te font ces yeux fous de Survivre

Qui vers ta Matrice après déchaînent Les héros du viol et du sans-gêne.

Adieu. Noble et lent, vais me remettre A la culture des Belles-Lettres.

POÉSIES

DIMANCHES

0 Dimanches bannis De l’Infini

Au delà du microscope et du télescope,

Seuil nuptial où la chair s’affale en syncope...

Dimanches citoyens Bien quotidiens

De cette école à vieux cancans, la vieille Europe,

Où l’on tourne, s’en tricotant des amours myopes...

Oh ! tout Lois sans appel,

Je sais, ce Ciel,

Et non un brave toit de famille, un bon dôme

Où s’en viennent ipourir, très-appréciés, nos psaumes !

C’est fort beau comme fond A certains fronts,

Des Lois ! et pas de plus bleue matière à diplômes...

— Mais, c’est pas les Lois qui fait le bonheur, hein l’Homme?

POÉSIES

DIMANCHES

Oh! ce piano, ce cher piano,

Qui jamais, jamais ne s’arrête,

Oh ! ce piano qui geint là-haut Et qui s’entête sur ma tête !

Ce sont de sinistres polkas,

Et des romances pour concierge, Des exercices délicats,

Et La Prière d’une vierge !

Fuir ? où aller, par ce printemps ?

Dehors, dimanche, rien à faire...

Et rien à fair’ non plus dedans...

Oh ! rien à faire sur la Terre !...

DES FLEURS DE BONNE VOLONTÉ

Ohé, jeune fille au piano !

Je sais que vous n’avez point d’âme !

Puis pas donner dans le panneau De la nostalgie de vos gammes...

Fatals bouquets du Souvenir, Folles légendes décaties,

Assez ! assez 1 vous vois venir.

Et mon âme est bientôt partie...

Vrai, un Dimanche sous ciel gris,

Et je ne fais plus rien qui vaille,

Et le moindre orgu’ de Barbari

(Le pauvre!) m’empoigne aux entrailles !

Et alors, je me sens trop fou !

Marié, je tuerais la bouche De ma mie ! et, à deux genoux,

Je lui dirais ces mots bien louches :

« Mon cœur est trop, ah trop central!

» Et toi, tu n’es que chair humaine ;

» Tu ne vas donc pas trouver mal » Que je te fasse de la peine ! »

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