‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 135 sur 151 · LA VIE QU’ELLES ME FONT MENER · texte numérisé non relu

LA VIE QU’ELLES ME FONT MENER

Pas moi, despotiques Vénus Offrant sur fond d’or le Lotus Du Mal, coiffées à la Titus !

Pas moi, Circées

Aux yeux en grand deuil violet comme des pensées ! Pas moi, binious

Des Papesses des blancs Champs-Elysées des fous, Qui vous relayez de musiques Par le calvaire de techniques Des sacrilèges domestiques !

Le mal m’est trop! tant que l’Amour S’échange par le temps qui court,

Simple et sans foi comme un bonjour,

POÉSIES

Des jamais franches

A celles dont le Sort vient le poing sur la hanche, Et que s’éteint

La Rosace du Temple, à voir, dans le satin,

Ces sexes livrés à la grosse Courir, en valsant, vers la Fosse Commune des Modernes Noces.

O Rosace ! leurs charmants yeux C’est des vains cadrans d’émail bleu Qui marquent l’heure que l’on veut, Non des pétales,

De ton Soleil des Basiliques Nuptiales !

Au premier mot,

Peut-être (on est si distinguée à fleur de peau!) Elles vont tomber en syncope Avec des regards d’antilope ; —

Mais tout leur être est interlope !

Tu veux pas fleurir fraternel ?

C’est bon, on te prendra tel quel, Petit mammifère usuel !

Même la blague

Me chaut peu de te passer au doigt une bague.

— Oh ! quel grand deuil, Pourtant, leur ferait voir leur frère d’un autre œil 1 Voir un égal d’amour en l’homme Et non une bête de somme Là pour lui remuer des sommes !

Quoi ? vais-je prendre un air géant, Et faire appeler le Néant ?

Non, non; ce n’est pas bienséant.

Je me promène

Parmi les sommités des colonies humaines ;

Du bout du doigt

Je feuillette les versions de l’Unique Loi.

Et je vivotte et m’inocule

Les grands airs gris du crépuscule,

Et j’en garrule ! et j’en garrule !

POÉSIES

DIMANCHES

Mon Sort est orphelin, les vêpres ont tu leurs cloches...

Et ces pianos qui ritournellent, jamais las !...

Oh ! monter, leur expliquer mon apostolat !

Oh ! du moins, leur tourner les pages, être là,

Les consoler! (J’ai des consolations plein les poches)...

Les pianos se sont clos. Un seul, en grand deuil, s’obstine Oh ! qui que tu sois, sœur ! à genoux, à tâtons,

Baiser le bas de ta robe dans l’abandon !...

Pourvu qu’après, tu me chasses, disant : « Pardon !

« Pardon, m’sieu, mais j’en aime un autre, et suis sa cousine I

DES FLEURS DE BONNE VOLONTÉ

Oh ! que je suis bien infortuné sur cette Terre !... Et puis si malheureux de ne pas être Ailleurs ! Ailleurs, loin de ce savant siècle batailleur...

C’est là que je m’créerai un petit intérieur,

Avec Une dont, comme de Moi, Tout n’a que faire.

Une maigre qui me parlait,

Les yeux hallucinés de Gloires virginales, De rendre l’âme, sans scandale, Dans un flacon de sels anglais...

Une qui me fit oublier

Mon art et ses rançons d’absurdes saturnales, En attisant, gauche vestale, L’Aurore dans mes oreillers...

Et que son regard Sublime

Comme ma rime

Ne permît pas le moindre doute à cet égard.

POÉSIES

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