‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 64 sur 151 · COMPLAINTE DU ROI DE THULÉ · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DU ROI DE THULÉ

Il était un roi de Thulé,

Immaculé,

Qui loin des jupes et des choses, Pleurait sur la métempsychose Des lys en roses,

Et quel palais !

Ses fleurs dormant, il s’en allait.

Traînant des clés,

Broder aux seuls yeux des étoiles, Sur une tour, un certain Voile De vive toile,

Aux nuits de lait !

POÉSIES

Quand le voile fut bien ourlé,

Loin de Thulé,

11 rama fort sur les mers grises, Vers le soleil qui s’agonise, Féerique Eglise !

Il ululait :

« Soleil-crevant, encore un jour, Vous avez tendu votre phare Aux holocaustes vivipares,

Du culte qu’ils nomment l’Amour.

« Et comme, devant la nuit fauve, Vous vous sentez défaillir,

D’un dernier flot d’un sang martyr Vous lavez le seuil de l’Alcôve !

« Soleil ! Soleil ! moi je descends Vers vos navrants palais polaires, Dorloter dans ce Saint-Suaire Votre cœur bien en sang, En le berçant ! »

Il dit, et, le Voile étendu,

Tout éperdu,

LES COMPLAINTES

Vers les coraux et les naufrages, Le roi raillé des doux corsages, Beau comme un Mage Est descendu !

Braves amants ! aux nuits de lait,

Tournez vos clés ! ,^'J \gj \rf&***

Une ombre, d’amour pur transie,

Viendrait vous gémir cette scie :

« Il était un roi de Thulé Immaculé... »

POESIES

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