‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 71 sur 151 · DU PAUVRE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

DU PAUVRE JEUNE HOMME

Sur l’air populaire :

u Quand le bonhomm’ revint du bois. »

Quand ce jeune homm' rentra chez lui.

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ; Il prit à deux mains son vieux crâne, Qui de science était un puits !

Crâne,

Riche crâne,

Entends-tu la Folie qui plane ?

Et qui demande le cordon,

Digue dondaine, digue dondaine,

Et qui demande le cordon,

Digue dondaine, digue dondon !

POESIES

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui, Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;

Il entendit de tristes gammes,

Qu’un piano pleurait dans la nuit !

Gammes,

Vieilles gammes,

Ensemble, enfants, nous vous cherchâmes Son mari m’a fermé sa maison,

Digue dondaine, digue dondaine,

Son mari m’a fermé sa maison.

Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui, Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;

Il mit le nez dans sa belle âme,

Où fermentaient des tas d’ennuis !

Ame,

Ma belle âme,

Leur huile est trop sal’ pour ta flamme ! Puis, nuit partout ! lors, à quoi bon ? Digue dondaine, digue dondaine,

Puis, nuit partout ! lors, à quoi bon ? Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui, Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;

LES COMPLAINTES

Il vit que sa charmante femme,

Avait déménagé sans lui !

Dame,

Notre-Dame,

Je n’aurai pas un mot de blâme !

Mais t’aurais pu m’iaisser l’charbon (1) Digue dondaine, digue dondaine,

Mais t’aurais pu m’iaisser l’charbon, Digue dondaine, digue dondon.

Lors, ce jeune homme aux tels ennuis, Lors, ce jeune homme aux tels ennuis ; Alla décrocher une lame,

Qu’on lui avait fait cadeau avec l’étui ! Lame,

Fine lame,

Soyez plus droite que la femme !

Et vous, mon Dieu, pardon ! pardon !

Digue dondaine, digue dondaine,

Et vous, mon Dieu, pardon ! pardon !

Digue dondaine, digue dondon !

Quand les croq’morts vinrent chez lui, Quand les croq’morts vinrent chez lui ;

(1) Pour s’asphyxier.

POÉSIES

Ils virent qu’c’était un’ belle âme, Gomme on n’en fait plus aujourd’hui Ame,

Dors, belle âme !

Quand on est mort c’est pour de bon, Digue dondaine, digue dondaine, Quand on est mort c’est pour de bon, Digue dondaine, digue dondon !

LES COMPLAINTES

COMPLAINTE

de l’époux outragé

Sur l’air populaire :

« Qu’allais-tu faire à la fontaine ? »

— Qu’alliez-vous faire à la Mad’leine,

Corbleu, ma moitié,

— Qu’alliez-vous faire à la Mad’leine ?

— J’allais prier pour qu’un fils nous vienne,

Mon Dieu, mon ami ;

J’allais prier pour qu’un fils nous vienne.

— Vous vous teniez dans un coin, debout,

Corbleu, ma moitié !

Vous vous teniez dans un coin, debout.

— Pas d’chaise économis’ trois sous,

Mon Dieu, mon ami ;

Pas d’chaise économis’ trois sous.

POESIES

— D’un officier, j’ai vu la tournure,

Corbleu, ma moitié !

D’un officier, j’ai vu la tournure.

— C’était ce Christ grandeur nature,

Mon Dieu, mon ami ;

C’était ce Christ grandeur nature.

— Les Christs n’ont pas la croix d’honneur,

Corbleu, ma moitié !

Les Christs n’ont pas la croix d’honneur.

— C’était la plaie du Calvaire, au cœur,

Mon Dieu, mon ami ;

C’était la plaie du calvaire, au cœur.

— Les Christs n’ont qu’au flanc seul la plaie,

Corbleu, ma moitié !

Les Christs n’ont qu’au flanc seul la plaie !

— C’était une goutte envolée,

Mon Dieu, mon ami ;

C’était une goutte envolée.

— Aux Crucifix on n’ pari’ jamais,

Corbleu, ma moitié I Aux Crucifix on n’ pari’ jamais ?

LES COMPLAINTES

— C’était du trop d’amour qu’ j’avais,

Mon Dieu, mon ami,

C’était du trop d’amour qu’ j’avais !

Et moi j’ te brûl’rai la cervelle, Corbleu, ma moitié,

Et moi j’ te brûl’rai la cervelle !

— Lui, il aura mon âme immortelle,

Mon Dieu, mon ami,

Lui, il aura mon âme immortelle !

POÉSIES

COMPLAINTE

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