‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 73 sur 151 · ET DE SA COMMÈRE L’ESPACE · texte numérisé non relu

ET DE SA COMMÈRE L’ESPACE

Je tends mes poignets universels dont aucun N’est le droit ou le gauche, et l’Espace, dans un Va-et-vient giratoire, y détrame les toiles D’azur pleines de cocons à fœtus d’Étoiles.

Et nous nous blasons tant, je ne sais où, les deux Indissolubles nuits aux orgues vaniteux De nos pores à Soleils, où toute cellule Chante : Moi ! Moi ! puis s’éparpille, ridicule !

Elle est l’infini sans fin, je deviens le temps Infaillible. C’est pourquoi nous nous perdons tant.

Où sommes-nous? Pourquoi? Pour que Dieu s’accomplisse? Mais l’Eternité n’y a pas suffi ! Calice Inconscient, où tout cœur crevé se résout,

Extrais-nous donc alors de ce néant trop tout !

Que tu fisses de nous seulement une flamme.

Un vrai sanglot mortel, la moindre goutte d’âme !

POÉSIES

Mais nous bâillons de toute la force de nos Touts, sûrs de la surdité des humains échos.

Que ne suis-je indivisible! Et toi, douce Espace,

Où sont les steppes de tes seins, que j’y rêvasse ?

Quand t’ai-je fécondée à jamais ? Oh! ce dut

Etre un spasme intéressant ! Mais quel fut mon but ?

Je t’ai, tu m’as. Mais où ? Partout, toujours. Extase Sur laquelle, quand on est le Temps, on se blase.

Or, voilà des spleens infinis que je suis en Voyage vers ta bouche, et pas plus à présent Que toujours, je ne sens la fleur triomphatrice Qui flotte, m’as-tu dit, au seuil de ta matrice.

Abstraites amours ! quel infini mitoyen

Tourne entre nos deux Touts? Sommes-nous deux? ou bien

(Tais-toi si tu ne peux me prouver à outrance,

Illico , le fondement de la connaissance,

Et, par ce chant : Pensée, Objet, Identité !

Souffler le Doute, songe d’un siècle d’été),

Suis-je à jamais un solitaire Hermaphrodite,

Gomme le Ver solitaire, ô ma Sulamite ?

Ma complainte n’a pas eu de commencement,

Que je sache, et n’aura nulle fin ; autrement.

Je serais l’anachronisme absolu. Pullule Donc, azur possédé du mètre et du pendule !

LES COMPLAINTES

O Source du possible, alimente à jamais Des pollens des soleils d’exil, et de l’engrais Des chaotiques hécatombes, l’automate Universel où pas une loi ne se hâte.

Nuis à tout, sauf aux rares mystiques éclairs Des élus, nous restons les deux miroirs d’éther Réfléchissant, jusqu’à la mort de ces Mystères,

Leurs Nuits que l’Amour jonche de fleurs éphémères.

POESIES

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