‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 100 sur 186 · CHAPITRE CINQUIEME. SIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME. SIS

viennent dans la saison de la Notre-Dame de septembre donner la sérénade aux Madones des carrefours ou aux jeunes fiancées sur leurs balcons, indiquées secrètement par les amoureux, qui leur font la cour avec l'aveu de leur» mères ; les âmes pieuses ou Tes cœurs tendres me jetteront quelques baToques dans mon chapeau, ce sera assez pour me nourrir d'un peu de pain et de figues ; les marches deséglises ou les porches des Madones me serviront bien de couche pour la nuit, enveloppée que je serai dans le lourd manteau démon oncle; car j'ai oublié de vous dire, monsieur, que j'avais trouvé aussi dans le cofTre, et que j'avaisemporté sur mon bras le manteau de peau de chèvre brune, qui sert do lit l'été, ou de couverture l'hiver aux pifferari.

En vivant ainsi et en parlant avec l'un ou avec Tautre, quelque âme charitable finira bien par me dire ce qui est adv^u de Hyeronimo. Un malheur comme le sien (un gutii), cela doit faire bien du bruit dans le pays; quand je saurai où on Ta jeté, soit dans les cachots, soit même dansles galères de Serra Vezza, je fmirai bien, par la grâce de Dieu, par me faire voir ou par me faire entendre de lui. Qui sait, peut-être me laissera-t-on lui parler et soutenir ses fers pour le soulager de son travail ? Quand il saura que sa- sœur souffre avec lui, il soulTrira la moitié moins, car une âme prend, dit-on, plus de ta moitié des maux d'une autre âme sur 'la terre, comme dans le purgatoire. Être plaint, être regardé seulement par qui vous aime.

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c'est être à demi déchai^. Allons, et fions-nous h Tange de la Bible qui nourrissait les lionsdans la fosse de Daniel, pour qu'ils ne dévorassent pas l'innocent persécuté.

Tout en parlant.ainsi en moi-même, je repris la zampogne, le manteau, le bâton à pointe ferrée de mon oncle, et je me risquai à sortir, route rougissante, mais toute réconfortée, de dessous l'arche du pont.

C'était l'heure de midi : personne ne passait en ce moment sur la route & cause du grand soleil et de la grande poussière.

Quand je fus seule ainsi, sur le haut du pont, je vis tout au sommet de l'arche du milieu un pilier creusé en niche oii rayonnait une Madone toute couverte d'or et d'argent, de fleurs en papier, et de poussière sous sa grille. Je me sentis inspirée de tomber & genoux devant elle et de lui jouer un air de montagne, aftn de l'attendrir sur mon sort, mais surtout sur celui d'Hyeronlmo; je me dis : Personne ne me voit ni ne m'entend qu'elle, personne ne me donnera un pauvre baloque ou un pauvre ciu-iin (autre pièce de monnaie populaire dans cette partie de, l'Italie) ; ce n'est donc pas pour le monde, c'est bien pour elle toute seule que je vais jouer, elle m'en saura plus gré que si c'était

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