CHAPITRE CINQUIEME
Alors, monsieur, je me rois à préluder doucement, ça et là, par quelques notes décousues, et puis à me taire pour dire seulement à ceux qui ne dormaient pas : « Faites attention, voilà un pifferaro qui va donner une aubade & quelque Madone ou à quelque saint de la chapelle de la prison. ■
Mais pas du tout, mon père et ma tante, je ne jouai point d'aubade, ni de litanie, ni de sérénade que d'autres musiciens ambulants pouvaient savoir jouer aussi bien que nous, et qui n'auraient rien appris de lui et de moi à Hyeronimo.
Je cherchai à me souvenir juste de l'air qu'Hyeronîmo et moi nous avions composé ensemble, et petit à petit, note après note, dans nos soirées d'été du dimanche sous la grotte, et qui imitait tantôt le roucoulement des ramiers au printemps sur les branches, tantôt les gazouillements argentins des gouttes d'eau tombant delà rigole dans le bassin du rocher, tantôt les fines haleines du vent de nuit qui se tamise, en se coupant sur les lames des joncs de la fontaine, aiguisées comme le tranchant de la faux de mon père ; tantôt le bruit des envolées subites des couples de merles bleus, quand ils se lèvent tout à coup du fourré, avec des
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»8 FIOR D'AUZA.
cris vib et précipités, moitié peur, moitié joie, pour ollor s'abattre sur le uid où ils s'aiment et où ils se taisent pour qu'on ne puisse plus les découvrir soub ta feuille.
L'air finissait et recommançut par cinq ou six petits soupirs, l'un triste, l'autre gaî, de manière que cela semblait ne rien signifier du tout, et que cependant cela faisait rêver, pleurer et se taire comme & l'Adoration devant le Saint-Sacrement, le soir, après les litanies, à la chapelle de San Stefano, dans notre montagne, quand l'orgue joue de contentement dans le vague de l'air.
Je vous laisse à penser, mon père, si je jouai bien cette nuit-là l'air de Fiord'Aliza et d'Hyerooimo (car c'était ainsi que nous avions baptisé cette musique).
Vous l'appeliez vous-mêmes ainsi, mon père et ma tante I quand vous nous disiez k l'un ou à l'autre : ■ Jouez aux chèvres l'air que vous avez trouvé à vous deux I • Les chevreaux en bondissaient de plaisir dans les bruyères; ils s'arrêtaient de brouter, les pieds de devant contre les rochers et la tête tournée vers nous pour écouter (les pauvres bêtes I).
Je jouù donc l'air à nous deux, avec autant de mémoire que si nous venions de le composer, sous la geôle, et avec
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