CHAPITRE SIXIÈME
goisse que ce pauvre braconnier de la forêt? Le duc luimême en est bien convenu ; ausei, pendant qu'il retient le mari pour l'exemple dans la prison de Lucques, il nourrit généreusement la femme et les enfants dans sa cahute.
Celui-ci en a pour bien plus longtemps, dit-il en regardant, au fond d'une loge, un beau jeune garçon vêtu des habits rouges des galères de Livourne. Cest ce qu'on appelle une récidive, c'est-&<dire deux crimes dans un. Le premier de ses méfaits, je ne le sais pas ; il devait être bien excusable, car il était bien jeune accouplé, par une chaîne au bras, & un autre vieux galérien de la même galère. On dit que c'est pour avoir dérobé, dans la darse de Uvoume, une barque sans maître, avec une voile et des rames pour faire évader son frère, déserteur et prisonnier dans la forteresse ; le frère se sauva en Corse dans la barque volée au pécheur, et lui paya pour les deux.
Le vieux galérien avec lequel il fut accouplé avait une fille k Livourne, blanchisseuse sur le port, une bien belle fille, ma foi I qui ressemblait plus à une princesse qu'à une lavandière. Elle ne rougissait pas, comme d'autres, de son père galérien ; plus il était avili, plus elle respectait, dans son vieux père, l'auteur de ses jours, et la honte et la mi-
sère. Elle travaillait honnêtement de son état pour elle et pour lui, et pour lui encore plus que pour elle. On la voyait sur sa porte tous les maims et tous les soirs, quand la bande des galérieos allait h. l'ouvrage ou en revenait, soit pour balayer les rues et les égouls de la ville, soit pour curer les iromondices de la mer dans la darse, prendre ta main enchaînée du vieillard, la baiser, et lui apporter tantôt une chose, tantôt une autre : pain blanc, cocomero, tabac, rosotio, ceci, cela, toutes les douceurs enfin qu'elle pouvait se procurer pour adoucir la vie de ce pauvre homme.
— Celui qui est là, dit-il plus bas en indiquant de l'œil le beau jeune Torçat tout triste contre ses barreaux, celui qui est là, et qui était, comme je te l'u dit, accouplé par le bras au vieux galérien, avait ainsi tous les jours l'occasion de voir la fille de son compagnon de galère et d'admirer, sans rien dire, sa beauté et sa bonté. Elle, de son côté, sachant que le jeune était plein d'égards et d'd)éissance pour le vieux, soit en portant le plus qu'il pouvait le poids de la chaîne commune, soit en faisant double tâche pour diminuer la fatigue du vieillard affaibli par les années, avait conçu involontairement une vive reconnaissance pour te jeune galérien; elle le regardait, à cause des soins pour
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