CHAPITRE SIXIÈME
•entre les deux portes, jusqu'au moment où il aurait fini tout son travail et oii je viendrais le chercher pour étendre les nattes avec lui sur les dalles des cachots.
Quand l' enfant, sans soupçon, fut assis par terre, occupé à tresser sa première natle, j'ouvris la seconde porte donnant sur la cour du cloître, une corbeille de criblures de froment à la main pour les ramiers, et je me dirigeai vers le puits, pour tirer l'eau dans les auges et pour en remplir les cruches des prisonniers.
Tous et toutes levèrent les yeux sur ma figure pour s'assurer d'un coup d'œil si te nonveau porte-clefs (car ils savaient le mariage de l'ancien avec la jolie fille du bargello) adoucirait ou aggraverait leur peine par sa physionomie et par le son de sa voix brusque ou douce ; ils me remercièrent poliment de mon service, hommes, femmes ou enfants, et je vis clairement sur leurs figures l'étonnement et la consolation que leur causait un visage si jeune qui, au lieu de reproche à la bouche, roulait des larmes dans ses yeux, et qui semblait avoir plus ^e pitié pour eux qu'ils n'avaient eux-mêmes peur de lui.
Comme le bargello m'avait dit sur celui-ci et sur celle-là tout ce qu'il y avait & savoir, je fus compatissante avec les hommes, attendrie avec les femmes et caressante avec les enfants, comme avec les colombes de la cour, prisonnières sans avoir fait de faute au bon Dieu,
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Tout te monde servi, monsieur, je m'avançai toute tremblante et tonte pleurant d'avance, ma. cruche à la main, vers la dernière loge du cloître, au fond de la cour, ob, selon le bargello, habitait le meurtrier.
Un pilier du cloître cachait la lucarne de cette dernière loge du fond de la cour aux autres prisonniers, en sorte qu'il y faisait sombre (omme dans une caverne.
Je m'en réjouissais, ma tante, et je rabattais t«it que je pouvais les larges bords de mon chapeau calabrais sur mes yeux, pour que l'ombre étendue du chapeau empêchât aussi le pauvre meurtrier, surpris, de me reconnaître d'un premier regard et de jeter un premier cri qui nous aurait trahis aux autres prisonniers du cloître.
J'approchai donc doucement, lentement, comme quelqu'un qui brûle d'arriver et qui cependant craint presque autant de faire un pas en avant qu'en arrière. Mes yeux se voilaient, mes tempes battaient, des gouttes de sueur froide