CHAPITRE SIXIÈME
Il n'y en a qu'un, la zampogne. Allons la chercher ; tironsf n quelques Bons d'abord faibles et décousus, dans la cour, bien loin du cachot du meurtrier; éveillons ain?i son attention, puis taisons-nous pour lui donner le temps de revenir de son étonneraent ; puis recommençons un peu plus près, pour lui faire comprendre que c'est moi qui approche ; puis, avançons en jouant plus haut des airs k nous seuls connus, pour qu'il ne doute plus que c'est bien moi et que, de pas en pas et de note en note, il sente que je vais précautieusemeut à lui, et qu'il soit tout préparé i me revoir et à se taire quand la zampogne se taira et que j'ouvrirai la première grille de son cachot. •
C'est ce que je fis, ma tante, et cela réussit aussi juste que cela m'avait été inspiré dans mon malheur ; ma zampogne jeta d'abord quelques sons aussi courts et aussi doux que les souffles d'un nourrisson qui se réveille, puis des morceaux d'airs tronqués et expirants comme des pensées qu'on n'achève pas dans un rêve, puis des ritournelles qu'on entend à la Saint-Jean, dans les rues, et qui sont dans l'oreille de tout le monde.
Les pauvres prisonniers et prisonnières, tout réjouis, se pressaient à leurs grilles, écoutaient les larmes aux yeux
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et me remerciaient, à mesure que je passais devant leur lucarne, de leur donner ainsi un souvenir de leurs jours de fôte.
Le meurtrier, qui avait paru au premier moment & ea lucarne, les deux mains crispées à. ses barreaux, ne s'y montrait plus; j'en fus réjouie malgré l'impatience que j'avais de le voir; je compris qu'il avait reconnu l'inslrumentde son père, et qu'il s'attendait à quelque chose de moi, semblable à la surprise qu'il avait eue la nuit, du haut de la tour, en entendant l'air d'Hyeronimo et de Fior d'Aliza, que l'un de nous d'eux seul pouvait jouer àl'autre, puisque nous ne l'avions appris à personne.
Aussi, pour bien le confirmer dans l'idée qu'il allait me voir apparaître, quand je fus à la dernière arcade au tournant du cloître avant son grillage, je m'assis sur le socle de l'arcade et je jouai doucement, amoureusement, l'air de la nuit dans la tour, afin qu'il comprit bien que j'étais là, à dix pas de lui, et qu'il entendit pour ainsi dire battre mon -cœur dans la zampogne ; et je finis l'air , non pas comme d'habitude, par ces volées de notes qui semblaient s'élancer vers le ciel, comme des alouettes joyeuses montant au soleil, mais je le finis par de longs, lugubres et
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