‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 145 sur 186 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

vent quand on y prêche sur les peines de l'enfer aux pèlerins, que les peines mêmes de l'enfer puissent dépasser nos peines dans notre esprit.

Quant & la nourriture, noua n'y pensions seulement pas, bien que nous n'eussions plus, pour soutenir nos misérables corps et pour nourrir le chien Zampogna, que quelques croûtes de pain dur, que le père Hilario nous avait laissées dans sa besace jusqu'à son retour.

Voilà, tout ce qui se passait au gros châtaignier, monsieur : la misère, et le chagrin qui empêchait de sentir la misère.

Le septième jour pourtant nous eûmes deux grandes consolations, car la Providence n'oublie pas même ceux qui paraissent les abandonnés de Dieu.

Prranièrement, le petit chien Zampogna fut tout à. fait guéri de sa jambe coupée et commença h. japper un peu de joie autour de nous en gambadant sur ses trois pattes, devant la porte, comme pour me dire : Maître, sortons donc et allons chercher ceux qui manquent & la maison ; je puis à présent te servir et te conduire comme autrefois ; fie-loi à moi de choisir les boas sentiers et d'éviter les mauvais pas ; et il s'élançait sur le chemin qui descend vers

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Lucques comme s'il eût compris que ses deux amis étaieot là-bas ; puis il revenait pour s'y élancer encore.

Secondement, lë père Hilario remonta péniblement et tout essouHlé par le sentier de la ville au couvent, et, jetant sa double besace pleine comme une outre sur la table du logis :

— Tenez, nous dit-il, voilà l'aumdne de la semaine pour le corps, le prieur m'a dit de quêter d'abord pour vous comme les plus misérables ; le couvent ne manque de rien pour le moment, grâce aux pèlerinages de la Notre-Dame de septembre qui va remplir les greniers de farine et les celliers d'oulres de vin.

Et puis, ajouta-t-il, voilà l'aumdne de l'esprit. Écoulezmoi bien.

Alors it nous raconta qu'il avait frappé à toutes les portes de Lucques pour savoir si l'on avait entendu parler d'un homicide commis dans la montagne, sur un brigadier de sbires, et si l'on savait quelque chose du sort qu'on réservait au jeune montagnole ; qu'on lui avait répondu qu'il serait jugé prochainement par un conseil de guerre, et qu'en attendant, il était renfermé dans un des cabanons de la prison, sous la surveillance du bargello; que le èar-

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