‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 172 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

venger des sbires qui Cavaieot blessée etavaient cassé la patte de ton chien! Non, iln'y faut pas penser; alors comment donc faire, car ta ne peux le faire évader qu'en le trompant lui-même?

Ici la voix s'interrompit longtemps comme quelqu'un qui cherche ; puis elle reprit :

— Oui, une fois que vous serez mariés, il faut le tromper lui*môme et lui faire croire qu'il doit partir le premier, t'attendre ensuite au rendez-vous sous l'arche du pont, au pied de la montagne où tu as rencontré la noce de la fille du bargelîo, jusqu'à ce que tu viennes le rejoindre par un autre chemin un peu avant la nuit, et que vous partiez ensemble par des chemins détournés au bas de la montagne pour sortir des États de Lucques et pour atteindre avant le jour les frontières des États de Toscane, dans les Mareromes de Pise. Alors on ne vous pourra rien, et vous vous louerez tçus les deux aux propriétaires d'un podere pour faire les moissons, lui coupeur, et toi comme lieuse de gerbes; ou bien lui comme bûcheron, et toi comme ramasseuse de fagots dans les sapinières du bord de la mer. Pour cela, qu'as-tu à faire? Dès demain, il faut achever de scier un barreau de la lucarne derrière l'autel des prisonniers, de manière & ce qu'il ne tienne plus en place que par un fil, et laisser la lime à câté, pour qu'un coup ou deux de lime lui permette de le faire tomber en dehors dans le verger de la prison, et qu'à l'aide de l'égout qui ouvre dans ce verger, au pied de la lucarne, et qui traverse les

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fortifications de la ville, Hyeronimo se trouve hors des murs, libre dans la campagne. . . Et toi, pourquoi ne le suivrais-tu pas? me dit la voix, et pourquoi préfères-tu mourir à sa place, plutôt que de risquer ta liberté en le suivant dans sa fuite?...

— Ah ! me répondit ta voix dans ma conscience, c'est que si je me sauvais derrière lui, le bœrgello et sa femme, si bons et si hospitatiers pour moi, seraient perdus, et qu'on les soupçonnerait certainement d'avoir été corrompus par nous, à prix d'argent, pour tromper la justice, et le moins qui pourrait leur arriver serait le déshonneur, la prison, et qui sait, peut-être la peine perpétuelle pour prix de leur charité pour moi, le mal pour le bien I la ruine et la prison pour un bon mouvement de leur cœurl Non! plutôt mourir que de me sauver la vie par un tel crimel Et comment jouiras-tu en paix de la liberté et de ton bonheur avec Hyeronimo , en pensant que d'autres versent autant de larmes de douleur étemelle que tu en verses de bonlieur dans les bras d'Hyeronimo? Et lui-même, si juste et si bon, est-ce qu'il pourrait vivre de la mort d'autrui? Non, non, non, il sdmerait mieux mourir ! Ce n'est pas t& ce que notre tante et notre père nous ont enseigné le soir dans la cabane, à la clarté de la lampe, dans le catéchisme ; d'ailleurs sans catéchisme, le cœur, ce catéchisme intérieur, ne nous le dit-il pas?

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