‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 180 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

recevoir les condamnés de Lacques dans les galères de Livourne.

Le père Hilario nous informait toutes les semaines, en remontant au monastère, de toutes ces circonstances. Que de grâces nous rendîmes à la Providence, quand il nous apprit la commutation de peine I

— Celui-là que je portais dans mon sein, a'écria-t-elle en étendant sa belle main gauche sur le berceau, allait donc avoir un père I

Elle ramena le coin de son tablier sur ses yeux pour les essuyer, et elle se tut.

— Hélas ! oui, me dit la tante ; elle étiiit enceinte, ta pauvre enfant, enceinte d'une nuit de larmes.

Us se turent tous, et Fior d'Âliza, sans rabaisser son tablier, se leva de table, et alla derrière la porte donner le sein à son enfant.

— Et maintenant, monsiew, reprit la tante en filant sa quenouille, je vais vous dire conunent cela se passa, grâce à la Providence et à la bonne duchesse. Elle ne se doutait pas que Fior d'Aliza portait dans son sein un gage d'amour et d'agonie, mais l'amour est plus fort que la mort, écrit le livre qui est là sur la fenêtre, dit-elle en montrant V Imitation de Jésus-Christ; elle savait seulement parl'évêque

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et par les moines que Fior d'ÂUza avait été mariée et qu'elle ne consentirait Jamais à laisser son mari se consumer seul dans la honte et dans la peine à Livourne, sana aller lui porter les consolations que la loi italienne autorise les fereunes h. porter à leur mari captif à la grille de leur cabanon ou dans les rigueurs de leurs chaînes, au milieu de leurs rudes travaux.

Elle craignit pour elle, k cause de sa jeunesse et de son e:ftrême beauté qui nous avait déjà fait tant de mai, les dangers et les propos des mauvaises gens qui hantent dans les grandes villes ; elle lui envoya par le père Hilario une lettre de recommandation pour la supérieure des sœurs de charité de Saint-Pierre-aux-Uens, couvent de Livourne. Ces saintes femmes s'occupent spécialement de la guérison des galériens dans leurs maladies. Elle lui demandait de permettre que la pauvre montagnarde eût un asile dans sa maison pendant la nuit pour y recueillir sa misère, eo lui permet» tant d'en sortir le jour pour voir son mari meurtrier condamné à mort, gracié et commué en deux ans de peine, enchaîné dans les galères du port de Livourne.

Uais la voit& qui rentre et qui va fmir elle-même le récit.

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