CHAPITRE PREMIER
l'Arno, à une demi-lieue de Florence. Nous étions tous les deux de première force en escrime. Le colonel avait plus de fougue, moi plus de sang-froid. Le combat dura plus de dix minutes. J'eus cinq ou six fois la poitrine découverte du colonel sous le pointe de mon épée : j'évitai de l'atteindre. J'étais résolu de me laisser tuer, pluUJt que d'dter la vie à un brave soldat criblé de blessures, pour une caose qui n'était point personnelle, et qui, au fond* honorait son patriotisme. Je sentais aussi que si j'avais le malheur de le tuer, je serais forcé de quitter l'Italie à jamais. Après deux reprise, le colonel me perça le bras droit d'un coup d'épée. On me rapporta à Florence. Ma blessure fut guérie en un
Les duels sont punis de mort en Toscane. Le nfitre avait eu trop d'éclat pour que le gouvernement pût feindre de l'ignorer. Ha qualité de représentant d'une puissance étrangère me couvrait ; la qualité de réfugié politique aggravait celle du colonel Pepe. On le recherchait. J'écrivis au grand-duc, prince d'une âme grande et noble, qui m'honorait de son amitié, pour obtenir de lui que te colonel Pepe ne fût ni proscrit de ses États, ni inquiété pour un fait dont j'avais été deux Ibis le provocateur. Le grand-duc ferma les yeux. Le public, touché de mon procédé et atlen-
zed.yGOOg[e
62 FIOIl D'AUZA.
dri par ma blessure, m'applaudit la première fois que je reparus au théâtre.. Tout fut effacé par un peu de sang entre l'Italie et moi. Je restai l'ami de mon adversaire, qui rentra plus tard dans sa patrie et deviht général.
Un de mes amis avait relevé ma cause dès la première émotion de cette querelle, et il avait écrit, en quelques pages de sang-froid et d'analyse, une défense presque judiciaire de mes vers calomniés. Hais je ne voulus plaider de la plume qu'après le jugement de l'épée, et je ne consentis h publier cetle défense que lorsque je pus la signer de la goutte de sang de ce duel d'honneur non personnel, mais national.
J'en donne ici quelques extraits, comme pièces justificatives de cet étrange procès littéraire.
« On a donné, dans quelques écrits récemment publiés en Italie, de fausses interprétations d'un passage du cinquième chant du poëme de Child Harold, interprétations dont l'auteur a été profondément affligé, et auxquelles on croit convenable de répondre. Les esprits impartiaux apprécieront sans doute les motifs du silence que M. de Lamartine a gardé jusqu'ici, et la justesse de ces observations.
■ Un auteur ne doit jamais défendre ses propres ou-
zed.yGOOg[e