‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 31 sur 186 · CHAPITRE PREMIER. 6T · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 6T

ce qu'il n'a écrit que sous le nom d'Harold ; lors même qu'il penserait de l'Italie et de ses peuples autant de mat que le supposent gratuitement ses adversaires, le fragment cité ne mériterait aucune des épithètes qu'on se plati à lui donner. En effet, une chose qui, par sa nature, n'offense ni un individu ni une nation, n'est point une injure; jamais une vague déclamation contre les vices d'un siècle ou d'u» peuple n'a oiïensé réellement une nation ou une époque;, et jamais ces déclamations, quelque violentes, quelque injustes qu'on les suppose, n'ont été sérieusement reprochée» à leurs auteurs ; l'opinion, juste en ce point, a senti que ce qui frappait dans le vague était innocent, par là même que cela ne nuisait & personne.

■ Plaçons ici une observation plus personnelle. Sî le chant de Child Harold était le début d'un auteur complètement inconnu, si la vie et les ouvrages de M, de Lamartine étaient totalement ignorés, on comprendrait plus aisément peut-être l'erreur qui lui fait attribuer aujourd'hui le» sentiments qu'il désavoue. Mais .s'il perce dans tous ses écrits précédents un goût de prédilection pour une contrée de l'Europe, à coup sCtr c'est pour l'Italie : dans vingt passages de ses ouvrages, il témoigne pour elle le plus vif enthousiasme; il ne cesse d'y exalter celte terre do soleil*. . du génie et de la beauté :

Délicieux valloDs, où passa tour à tour Tout ce qui fut grand dans le monde I

{Méditation VIII, 1» édiL)

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6S PIOK D'ALIZA.

d'en appeler à ses immortels souvenirs :

Oui, dans ton seia l'âme agrandie, Croit sur tea monuments respirer ton génie I (MédiUtioD VllI, 1'* édit.)

de célébrer sa gloire et même ses riÙDes : voyez le morceau intitulé Borne, dédié à la duchesse de Devonshire. Si du poëte nous passons à l'homme, nous vuyons que M. de Lamartine a passé eu Italie, et par choix, les premières années de sa jeunesse ; qu'il y est revenu sans cesse à différentes époques, qu'il y revient encore aujourd'hui. Qu'on rs^aisse son talent poétique tant qu'on voudra, il n'y attache pas lui-même plus de prix qu'il n'en mérite ; mais si on veut bien lui accorder au moins te bon sens le plus vulgaire et le plus usuel, comment supposera-t-on que si la hune qu'on lui impute était dans son cœur, que s'il avait prétendu exhaler ses propres sentiments en écrivant les imprécations d'Harold, il eût au même moment demandé à être renvoyé dans ce pays qu'il abhorrait, et qu'enfin il fût venu se jeter seul au milieu des ennemis de tout genre que la manifestation de ces sentiments aurait dû lui faire? Qui ne sent l'absurdité d'une pareille supposition, et quel homme de bonne foi, en comparant les paroles du poète et ses actions, en opposant tous les vers ou il exprime sous son propre nom ses propres impressions & ceux où il exprime les sentiments présumés de son personnage, quel

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CHAPITRE PREMIER, homme de bonne foi, disons^DOus, pourra suspendre i JQgement 7

< Quelle que soit, au reste, la peine que puisse éprouver H. de Lamartine de voir ses intentions si amèrement inculpées, il doit peut-être de la reconnaissance aux auteurs des différents articles où on l'accuse, puisqu'ils le mettent dans la nécessité d'expliquer sa pensée méconnue, et de désavouer hautement les sentiments aussi absurdes qu'injurieux qu'on s'est plu à lui prêter. De ce qu'il y a quelques traits de vérité dans le fragment d'Barold, on veut conclure que ce ne sont point des sentiments feints, et qu'ils expriment la pensée de l'auteur plus que la passion du héros. Oui, sans doute, il y a quelques traits de vérité : et quel peuple n'a pas ses vices? quelle époque n'a pas ses misères? L'Italie seule voudrait-elle n'être peinte que des traits de l'adulation? Il y a quelques traits de vérité; mais l'ensemble du tableau est faux, outré, comme tout tableau qui n'est vu que sous un seul jour, comme toute peinture où l'imagination n'emploie que les couleurs de la prévention et de la haine. Oui, le t^leau est faux pour M. de Lamartine. Dans sa fiction , son héros et lui partent de principes trop opiiosés pour se rencontrer Jamais dans un jugement semblable.

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■ Mais peut-on admettre, d'ailleurs, que le poète qui a pu faire les vers de Ckild Harold soit en même temps assez absurde et assez aveugle & toute évidence pour ne pas rendre une éminente justice & ce que tout le monde entier reconnait et admire? pour maudire une terre & laquelle la nature et le ciel ont prodigué tous leurs dons, dont l'histoire est encore un des trophées du genre humain ? pour ■dédaigner une langue qu'ont chantée le Dante, Pétrarque ■et le Tasse ; une terre où, dans les temps modernes, toute -civilisation et toute littérature ont pris naissance et ont produit la splendeur de Rome sous les Léon X, la culture «t l'éclat de Florence sous les Médicis, la puissance mer- ■veilleuse de Venise et les plus imposants chefs-d'œuvre que nos âges puissent opposer au siècle de Périclès? comprendre enfin, dans une exécration universelle, le climat, 4e génie, la langue, le caractère de dix nations des plus heureusement douées par le ciel, et chez lesquelles tant de grands écrivains, tant de nobles caractères semblent renou- ■ velés de siècle en siècle pour protester contre la décadence même de cet empire du monde qu'aucun peuple n'a pu conserver 7

* Mais c'est assez. Quelle que soit l'estime que l'on porte & un bomme ou ^ un peuple, le moment dâ le louer n'est pas celui où l'on est injustement accusé par lui : la justice même en pareil cas ressemblerait à de la crainte. Quoique M. de Lamartine rejette & bon droit ce rôle d'insultcur public qu'on a voulu lui faire jouer malgré lui, il ne veut

D,B,t,zed.yGOO^Ie

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