CHAPITRE III
Ce n'est pas un poëme, ce n'est pas non plus un roman, c'est le récit d'une promenade que je fis, cette année, dans les montagnes de Lucques. Je l'écrivis alors en note dans mes souvenirs de poète pour faire peut-être un jour un sujet vrai de poeine d'une aventure réelle, telle que Graziella, qu'on a tant aimée, ou de Geneviève, qui a fait verser tant de larmes aux cœurs simples.
Je dois avouer aussi que la beauté candide et cependant incomparable de la jeune fille ou femme qui fut, bien à son insu, l'héroïne de cette histoire, me resta profondémeot gravée dans les yeux, que mes yeux ne purent jamais l'oublier, et que toutes les fois qu'une apparition céleste de jeune fille ici-bas me frappa depuis, soit en Italie, soit en Grèce, soit en Syrie, je me suis demandé toujours : ■ Mais
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est-elle aussi délicate, aussi virginale, aussi impalpable que Fior d'Aliza, de Saltochio? > Voil^ pourquoi, les temps et les événements m' ayant enlevé le loisir d'écrire en vers, comme Jocelyn, cette simple et touchante aventure, je l'écris en prose, et je demande pardon à mes lecteurs de ne pas en avoir fait un poëme ; mais, vers ou prose, tout s'oublie et tout s'anéantit en peu d'années ici-bas, il suffît d'avoir noté, à quoi bon écrire? On voit bien, du reste, que rien ici ne sentreiïet ou la prétenlion de l'invention, et que cela est vrai comme la nature. Laissez-moi donc l'insérer tel quel dans mes conûdences de cette année. Ce qui nous émeut fortement, ce qui revient perpétuellement dans notre mémoire, fait partie de notre vie. Voici la chose.
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En *•*, je passai l'été à Saltochio, délicieuse et pompeuse villa des environs de Lucques, qu'on avait louée à l'ambassadeur de France, à """. J'en sortais souvent seul, le matin, pour aller, dans les hautes montagnes de ce pays enchanté, chercher des points de vue et des paysages; je ne m'attendais certainement pas à rencontrer de point de vue sur le coeur humain, ni des poèmes en nature ou en action qui me feraient penser toute ma vie, comme à un songe, à la plus divine Jigure et & la plus mélancolique
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