CHAPITRE IV
L'aveugle, après avoir bu une goutte de mon rosogtm dans ma gourde, reprit le récit juste où la veuve l'avait interrompu
— Quand Hyeronimo remonta de Lucques le soir, bien avant dans la nuit, à la cabane, il nous raconta que les messieurs de Lucques avaient été pleins d'honnêteté et de caresses pour lui pendant tout le chemin, qu'ils s'étaient arrêtés dans toutes les oaterie des gros villages qu'ils avaient rencontrés pour s'y rafraîchir d'un verre de vin, d'une grappe de raisin, d'un morceau de caccia-caval/o, sorte de fromage dur et brillant, comme un caillou du Cerchto, et que partout on l'avait forcé de se mettre à table avec eux et de boire comme un homme, jusquà ce
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que les yeux lui tournassent dans la tête et la langue dans la bouche, comme pour le faire babiller & plaisir sur Fior d'Aliza, sa cousine; sur Lena, sa tante; sur l'aveugle et sur sa famille.
Le capitaine des sbires lui-même, un peu aviné, ne tarissait pas, nous dit-il, sur la beauté de Fior d'Aliza sortant tout échevelée de la grotte aux chèvres, s'essuyant les pieds à rherbe, et les bras k la laine des petits agneaux qu'elle venait de laver. ■ Encore un ou deux printemps, * disait-il tout bas.
Dn vieux petit pèlerin tout mince et tout vêtu de noir, d'un habit rApé avec un rabat mal blanchi autour du cou et une plume h écrire derrière son oreille, l'écoutait en l'approuvant finement du sourire.
— Signer Barlholomeo del Calamayo, lui disait & l'oreille le capitaine à moitié gris, vous êtes mon ami ou vous ne l'êtes pas.
— Votre ami k tout faire, lui répondit le scribe. Commandez-moi, il n'y a rien à quoi je ne puissa réussir avec ma plume, comme voua avec votre espingole.
— Ceci ne sera pas œuvre d' espingole, mais de plumitif, reprenait le sbire, en lui passant le bras autour du cou et le pressant sur sa poitrine. Jurez que vous me servirez
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<:hapitre quatrième. iss
pour découdre d'un coup de canif cette fîançaille entre ces enfants, qui ne savent pas même ce que fîançaille veut dire.
Jusqu'ici j'ai méprisé le mariage, je suis arrivé & quarante ans sans que mon cœur ait battu plus vite d'une pulsation à la vue d'une femme, veuve ou fïl!e, conladinede village ou dame de la ville ; mais T&ge vient, je suis libre, je suis rjche. Chacun à son heure, il faut faire une un. Une belle fille à la maison, c'est une fin de Thomme; la voilà fflûre bientôt, et moi encore assez vert. C'est à San Stefano que je dois d'avoir changé dMdée. J'allais y chercher te bon Dieu et j'y ai trouvé le diable sous la figure d'un ange. Allons, Bartholomeo del Calaroayo, arrangez-moi cela avec votre bec de plume ; je vois bien que ce sera difficile, si ces enfants savent déjà, s'aimer; mais vous en savez plus que l'amour, astucieux paglietta (chicaneur) que vous êtes; imaginez-moi quelque bon filet de votre métier pour faire tomtwr cette chevrette des bois dans ma carnassière. N'ayez pas peur, Bartholomeo, mon' compère; Targent, s'il en faut, ne vous manquera pas, le crédit non plus ; je suis l'ami du camérier du duc ; les juges de Lucques ne peuvent pas exécuter un de leurs arrêts sans mot; le chef de la police du duché a épousé la fille de ma sœur; tous les sbires de la campagne sont sous mes ordres; c'est moi qui préserve contre les braconniers les chasses du souverain; on m'aime et l'on me craint partout, là-haut et làbas, comme un grand inquisiteur des forêts du duché. A
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134 PIOR D'ALIZA.
nous deux, vous le chien quêteur, nioi le tireur, ne rapporterons-nous pas au logis cette colombe aux pieds roses?
Bartholomeo riait bêtement des joyeusetés dites à demivoix par son ami le sbire; les autres remplissaient et vidaient leurs verres avec moi. A la porte de Lucques, je leur ai souhaité felidsshna nolte, et je tes ai laissés regagner, tout trébuchant de fatigue et de vin, chacun leur porte.
Nous ne fîmes pas beaucoup d'attention, les uns et les autres, & ces propos de buveurs ni à ces projets du dimanche que le lundi dissipe, et nous continuâmes & vivre en paix et en gaieté jusque après l'hiver.
Au printemps, ta petite, qui touchait h. ses treize ans, et qu)^ avait grandi jusqu'à la taille de sa tante, commença à craindre de s'éloigner seule de la maison pour aller sarcler le maïs ou cueillir les feuilles de minier, fille rencontrait souvent des inconnus dans le sentier du couvent, ou auprès de la grotte, eu sur le bord du bois de laoriers, ou mêmejusquesousie ch&taignier, qui faisaient sembliuit de se reposer à l'ombre, en mmtant aax Camaldules ou en chassant dans la montagne.
Le capitaine des sbires cfaerduût, de temps «d temps, à
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