‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 66 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Deux heures après, tout était lîni; les commisstûres revinrent avec Hyeronimo, plus p&Ie, dit-on, qu'un mort ; ils nous lurent un acte de partage et de délimitation par lequel on nous retranchait de toute possession et jouissance les trois quarts du bien paternel. Dans ce retranchement étaient compris d^abord le champ défriché de mais d'où nous tirions le meilleur et le plus sûr de notre nourriture, le bois de lauriers qui chaufTait le Tour, la plantation de mûriers qui nous donnait la feuille pour les vers à soie (une once de soie avec quoi nous achetions le sel et l'huile pour toute l'année] , enfin le petit pré avec la grotte, la source et le bassin où Fior d'Aliza lavait tes agneaux et où pâturaient les brebis et les chevreaux. Hélas ! que nous restaitil, excepté la roche et les broussailles autour de la maison, et la vigne rampante sur la pente de grès qui descend de la terrasse au midi vers le pré de la grotte I

— Encore la vigne?

— Non, monsieur. Le terrain sur lequel dos pères l'avaient plantée et les vieitt ceps tortus et moussus comme ta barbe des vieillards ne nous restaient pas en propriété ; seulement les vieux pampres qui sortaient du.terrain enclos de pierres grises, qui avaient grimpé de roc en roc jusqu'à ia

(BUTR. COUPL. — XLI. 10

zed.yGOOg[e

maison, et qui ronnaicnt une treille devant la fenclre et un réseau contre les murs de la cabane et jusque sur le toit, nous restaient ainsi que les grappes que ces branches pou* valent porter en automne ; c'était assez pour noire boisson, car les enfants et ma bellc-sceur ne buvaient que de Teati, et je ne buvais du vin moi-même que quelques petits coups les jours de fêtes.

Mais qu'est-ce qui vous restait donc? demandais-je au vieillard aveugle.

— Ah ! monsieur, il nous restait le ch&laignier, notre père nourricier d'âge en âge, et le vaste espace d'herbe fine et de mousse broutées qui s'étend sous son ombre et sur ses racines... C'esl-à-dire, continua-t-il en se reprenant, que le châtaignier, principale source du revenu du domaine des Zampognari, avait été partagé en quatre parties par les arpenteurs arbitres : le tronc de l'arbre avec toutes les branches qui regardent le nord, le couchant, le malin, appartenaient au sbire, représentant de nos anciens parents; ils pouvaient en faire ce qui leur conviendrait, même l'étroncher en partie s'il leur paraissait nuisible ; mais tous les fruits qui tomberaient ou que nous abattrions des vastes branches qui regardent le midi et qui s'étendent comme des bras sur la pelouse, sur la cour et sur le toit de la maison, étaient à nous. 11 y en avait encore bien assez, tant il est gros et fertile, pour noue nourrir presque toute l'année, pourvu que le caprice ne prît pas aux propriétaires du fonds et du tronc de l'arbre de le couper. Mais il n'y avait pas de

zed.yGOOgle

Page 1