LIVRE IV. - CHAPITRE XVIII
que, l'action des corps sur la lumière n'étant sensible qu'à des distances imperceptibles, on peut négliger l'action du ménisque compris entre le plan tangent et la surface; on aura donc la direction du rayon dans le milieu, en élevant une perpendiculaire à cette surface au point oii le rayon la rencontre, et en prenant les sinus d'incidence et de réfraction dans le même rapport que si la surface était plane.
En passant d'un milieu dans un autre, la lumière s'y réfracte de manière que les sinus d'incidence et de réfraction sont en raison constante ; mais alors la réfraction n'est due qu'à la différence des actions qu'elle éprouve de la part de ces milieux. Lorsqu'un rayon traverse plusieurs milieux transparents terminés par des surfaces planes et parallèles, sa vitesse dans chaque milieu est égale et parallèle à celle qu'il aurait prise s'il eût passé immédiatement du vide dans ce milieu. Généralement, de quelque manière que le rayon lumineux parvienne du vide dans un milieu transparent, sa vitesse est la même.
L'hypothèse d'une action insensible à des distances sensibles permet d'étendre ces résultats aux couches infiniment petites d'un milieu diaphane de densité variable.
Au moyen de ces principes, dont on est redevable à Nev^ton, tous les phénomènes du mouvement de la lumière à travers un nombre quelconque de milieux transparents et dans l'atmosphère ont été soumis à des calculs rigoureux. Ces phénomènes ne déterminent point la loi de l'attraction des corps sur la lumière ; ils ne l'assujettissent qu'à la condition d'être insensible à des distances sensibles.
Un milieu diaphane agit d'une manière différente sur les rayons de diverses couleurs. C'est en vertu de cette différence qu'un rayon de lumière blanche, en traversant un prisme transparent, se décompose dans une infinité de couleurs. L'inégalité des vitesses que l'on peut supposer aux divers rayons ne suffit pas pour expliquer les phénomènes observés dans la dispersion de la lumière; car alors cette dispersion serait la même pour tous ks milieux qui réfractent également les rayons moyens, ce qui est contraire à l'expérience, qui seule peut la déterminer.
On a tiré un parti trcs avantageux de ces variétés dans la dispersion (le la lumière à travers des lentilles de différentes espèces de verre, pour détruire les couleurs dont les objets paraissent environnés dans les lunettes ordinaires, ce qui a procuré une grande perfection à ces instruments si utiles à l'Astronomie.
Les lois précédentes du mouvement de la lumière se modifient dans les cristaux diaphanes, et la lumière y présente un singulier phénomène, qui fut d'abord observé dans le cristal d'Islande. Un rayon lumineux qui tombe perpendiculairement sur une face d'un rhomboïde naturel de ce cristal se divise en deux faisceaux : l'un traverse le cristal sans changer sa direction; l'autre s'en écarte dans un plan parallèle au plan mené, perpendiculairement à la face, par la ligne qui joint les deux angles solides obtus de ce rhomboïde et qui, par conséquent, est également inclinée aux côtés de ces angles. Cette ligne est ce que Ton nomme axe du cristal, et l'on appelle section principale d'une face naturelle ou artificielle un plan mené par cet axe perpendiculairement k la face et tout plan qui lui est parallèle.
La division du ravon lumineux a lieu relativement a une incidence quelconque ; une partie suit la loi de la réfraction ordinaire ; l'autre partie suit une loi reconnue par Huygens, et qui, considérée comme un résultat de l'expérience, peut être mise au rang des plus belles découvertes de ce rare génie. Il y fut conduit par la manière ingénieuse dont il envisageait la propagation de la lumière, qu'il concevait formée des ondulations d'un fluide éthéré. Il supposait, dans les milieux diaphanes non cristallisés, la vitesse de ces ondulations plus petite que dans le vide et la même dans tous les sens. Mais, dans le cristal d'Islande, il imaginait deux espèces d'ondulations. La vitesse de la première était représentée, comme dans les milieux non cristallisés, par les rayons d'une sphère dont le centre serait au point d'incidence du rayon lumineux sur la face du cristal; la vitesse de la seconde était variable et représentée par les rayons d'un ellipsoïde de révolution, aplati à ses pôles, ayant le même centre que la sphère précédente, et dont Taxe de révolution serait parallèle à l'axe du cristal. Huygens n'assignait point