‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 233 sur 295 · LIVRE V. - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. - CHAPITRE II

térées; mais ce reproche n'est point fondé. Son erreur sur le mouvement annuel des équinoxes me parait venir de sa trop grande confiance dans la durée qu'Hipparque assigne à l'année tropique. En effet» Ptolémée a déterminé la longitude des étoiles, en les comparant au Soleil par le moyen de la Lune, ou à la Lune elle-même, ce qui revenait à les comparer au Soleil, puisque le mouvement synodique de la Lune était bien connu par les éclipses ; or Hipparque ayant supposé l'année trop longue, et par conséquent le mouvement du Soleil par rapport aux équinoxes plus petit que le véritable, il est clair que cette erreur a diminué les longitudes du Soleil dont Ptolémée a fait usage. Le mouvement annuel en longitude qu'il attribuait aux étoiles doit donc être augmenté de l'arc décrit par le Soleil, dans un temps égal à l'erreur d'Hipparque sur la longueur de Tannée, et alors il devient a fort peu près ce qu'il doit être. L'année sidérale étant l'année tropique augmentée du temps nécessaire au Soleil pour décrire un arc égal au mouvement annuel des équinoxes, il est visible que l'année sidérale d'Hipparque et de Ptolémée doit peu différer de la véritable; en effet, la différence n'est que ^ de celle qui existe entre leur année tropique et la nôtre.

Ces remarques nous conduisent à examiner si, comme on le pense généralement, le Catalogue de Ptolémée est celui d'Hipparque réduit à son temps, au moyen d'une précession d'un degré dans quatre-vingtdix ans. On se fonde sur ce que l'erreur constante des longitudes des étoiles de ce Catalogue disparait quand on le rapporte au temps d'Hipparque; mais l'explication que nous venons de donner de cette erreur justifie Ptolémée du reproche de s'être approprié l'Ouvrage d'Hipparque, et il parait juste de l'en croire lorsqu'il dit positivement qu'il a observé les étoiles de ce Catalogue, celles même. de sixième grandeur. II remarque, en même temps, qu'il a retrouvé à très peu près les positions des étoiles qu'Hipparque avait déterminées par rapport à l'écliptique, et l'on est d'autant plus porté à le penser que Ptolémée tend sans cesse à se rapprocher des résultats de ce grand astronome, qui fut, en effet, bien plus exact observateur.

Ptolémée inscrivit dans le temple de Sérapis, à Canope, les principaux éléments de son système astronomique. Ce système a subsisté pendant quatorze siècles; aujourd'hui même qu*il est entièrement détruit, VAlmageste, considéré comme le dépôt des anciennes observations, est un des plus précieux monuments de l'antiquité. Malheureusement il ne renferme qu*un petit nombre des observations faites jusqu'alors. Son auteur n'a rapporté que celles qui lui étaient nécessaires pour établir ses théories. Les Tables astronomiques une fois formées, il a jugé inutile de transmettre avec elles à la postérité les observations <|u'Hipparque et lui avaient employées pour cet objet, et son exemple a été suivi par les Arabes et par les Perses. Les grands recueils d'observations précises, rassemblées uniquement pour elles-mêmes et sans aucune application aux théories, appartiennent à l'Astronomie moderne, et sont l'un des moyens les plus propres à la perfectionner.

Ptolémée a rendu de grands services à la Géographie en rassemblant toutes les déterminations de longitude et de latitude des lieux connus, et en jetant les fondements de la méthode des projections pour la construction des cartes géographiques. Il a fait un Traité d'Optique, dans lequel il expose avec étendue le phénomène des réfractions astronomiques; il est encore auteur de divers Ouvrages sur la Musique, la Chronologie, la Gnomonique et la Mécanique. Tant de travaux sur un si j^rand nombre d'objets supposent un esprit vaste et lui assurent un rang distingué dans l'histoire des sciences. Quand son système eut fait place à celui de la nature, on se vengea sur son auteur du despotisme avec lequel il avait régné trop longtemps; on accusa Ptolémée de s'être approprié les découvertes de ses prédécesseurs. Mais la manière honorable dont il cite très souvent Hipparque à l'appui de ses théories le justifie pleinement de cette inculpation. A la renaissance des lettres parmi les Arabes et en Europe, ses hypothèses, réunissant à l'attrait de la nouveauté l'autorité de ce qui est ancien, furent généralement adoptées par les esprits avides de connaissances et qui se virent tout à coup en possession de celles que l'antiquité n'avait acquises que par de longs travaux. Leur reconnaissance éleva trop haut Ptolémée,

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