LIVRE V. - CHAPITRE VI. tôS
en suivant des routes opposées, donne à l'existence de cet état antérieur du Soleil une grande probabilité.
En rattachant la formation des comètes à celle des nébuleuses, on peut les regarder comme de petites nébuleuses errantes de systèmes en systèmes solaires, et formées par la condensation de la matière nébuleuse répandue avec tant de profusion dans Tunivers. Les comètes seraient ainsi, par. rapport à notre système, ce que les aérolithes sont relativement à la Terre, à laquelle ils paraissent étrangers. Lorsque ces astres deviennent visibles pour nous, ils offrent une ressemblance st parfaite avec les nébuleuses qu'on les confond souvent avec elles, et ce n'est que par leur mouvement ou par la connaissance de toutes les nébuleuses renfermées dans la partie du ciel où ils se montrent qu'on parvient à les distinguer. Cette hypothèse explique d'une manière heureuse l'extension que prennent les têtes et les queues des comètes, à mesure qu'elles approchent du Soleil; l'extrême rareté de ces queues, qui, malgré leur immense profondeur, n'affaiblissent point sensiblement l'éclat des étoiles que l'on voit à travers; la direction du mouvement des comètes dans tous les sens, et la grande excentricité de leurs orbites.
Des considérations précédentes, fondées sur les observations télescopiques, il résulte que le mouvement du système solaire est très composé. La Lune décrit un orbe presque circulaire autour de la Terre; mais, vue du Soleil, elle parait décrire une suite d'épicycloides, dont les centres sont sur la circonférence de l'orbe terrestre. Pareillement, la Terre décrit une suite d'épicycloides dont les centres sont sur la courbe que le Soleil décrit autour du centre de gravité du groupe d'étoiles dont il fait partie. Enfin le Soleil décrit lui-même une suite d'épicycloides dont les centres sont sur la courbe décrite par le centre de gravité de ce groupe autour de celui de l'univers. L'Astronomie a déjà fait un grand pas, en nous faisant connaître le mouvement de ta Terre, et les épicycloides que la Lune et les satellites décrivent sur les orbes de leurs planètes respectives. Mais s'il a fallu des siècles pour connaître les mouvements du système planétaire, quelle durée prodigieuse exige
k6i EXPOSITION DU SYSTÈME DU MONDE.
la détermination des mouvements du Soleil et des étoiles ! Déjà les observations nous montrent ces mouvements ; leur ensemble parait indiquer un mouvement général de tous les corps du système solaire vers la constellation d*Hercule; mais elles semblent prouver en même temps que les mouvements apparents des étoiles sont une combinaison de leurs mouvements propres avec celui du Soleil. On remarque, de plus» des mouvements très singuliers dans les étoiles doubles : c'est ainsi que Ton nomme ces étoiles qui, vues dans le télescope, paraissent formées de deux étoiles très voisines. Ces deux étoiles- tournent Tune autour de Tautre, d'une manière assez sensible dans quelques-unes, pour que l'on ait pu déterminer à peu près, par les observations d'un petit nombre d'années, la durée de leurs révolutions.
Tous ces mouvements des étoiles, leurs parallaxes, les variations périodiques de la lumière des étoiles changeantes et les durées de leurs mouvements de rotation; un catalogue des étoiles qui ne font que paraître, et leur position au moment de leur éclat passager; enfin les changements successifs de la figure des nébuleuses, déjà sensibles dans quelques-unes, et spécialement dans la belle nébuleuse d'Orion : tels seront, relativement aux étoiles, les principaux objets de l'Astronomie future. Ses progrès dépendent de ces trois choses, la mesure du temps, celle des angles et la perfection des instruments d'optique. Les deux premières ne laissent maintenant presque rien à désirer; c'est donc principalement vers la troisième que les encouragements doivent être dirigés; car il n'est pas douteux que, si l'on parvient à donner de très grandes ouvertures aux lunettes achromatiques, elles feront découvrir dans les cieux des phénomènes jusqu'à présent invisibles, surtout si l'on a soin de les transporter dans l'atmosphère pure et rare des hautes montagnes de l'équateur.
Il reste encore à faire sur notre propre système de nombreuses découvertes. La planète Uranus et ses satellites nouvellement reconnus donnaient lieu de conjecturer l'existence de quelques planètes jusqu'ici non observées. On avait même soupçonné qu'il devait y en avoir une entre Jupiter et Mars, pour satisfaire à la progression double qui règne