‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 52 sur 295 · LIVRE I. - CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I. - CHAPITRE XIV

Richer, envoyé en 1672 à Gayenne par TAcadémie des Sciences pour y faire des observations astronomiques, trouva que son horloge, réglée • à Paris sur le temps moyen, retardait chaque jour à Gayenne, d'une quantité sensible. Gette intéressante observation donna la première preuve directe de la diminution de la pesanteur à l'équateur. Elle a été répétée avec beaucoup de soin dans un grand nombre de lieux, en tenant compte de la résistance de Tair et de la température. Il résulte de toutes les mesures observées du pendule à secondes, qu'il augmente de l'équateur aux pôles.

En prenant pour unité la longueur du pendule qui fait, à l'Observatoire de Paris, cent mille oscillations par jour, on a trouvé sa longueur égale à 0,99669 à l'équateur au niveau des mers, tandis qu'en Laponie, à 74^,22 de hauteur du pôle, on l'a observée égale à 1,00137. Borda, par des expériences très exactes et très multipliées, a tfouvé qu'à l'Observatoire de Paris la longueur prise pour unité et réduite au vide est de 0^,74 1887.

L'accroissement des longueurs du pendule, en allant de l'équateur aux pôles, est sensible même sur les divers points du grand arc du méridien qui traverse la France, comme on le voit par le Tableau suivant, résultat des expériences nombreuses et précises faites par MM. Biot, Arago et Mathieu :

Loofiiear obserféo ÉléTttlon «a*d6MDi do

Lieox. Haatenr du pôle. de la mer. pendule à secondes.

o mm

Formentera 4^996 196 O17412061

Bordeaux 49*82 o 0,7412615

Paris 54 , 26 65 o , 74 19076

Dunkerque 56,67 o 0,7420865

Les longueurs observées à Dunkerque et à Bordeaux donnent, par l'interpolation, 0*^,7416274 pour la longueur du pendule à secondes, sur les côtes dje France, au niveau de la mer, à 5o^ de hauteur du pôle. Cette longueur et celle du degré du méridien, dont le milieu répond au même point, serviront à retrouver nos mesures, si par la suite des temps elles viennent à s'altérer.

L'accroissement du pendule offre plus de régularité que celui des degrés du méridien; il s'écarte moins du rapport des carrés des sinus de la hauteur du pôle, soit que sa mesure, plus facile que celle des degrés, prête moins à l'erreur, soit que les causes perturbatrices de la régularité de la Terre produisent moins d'effet sur la pesanteur. En comparant entre elles toutes les observations faites jusqu'à présent sur cet objet dans divers lieux de la Terre, on trouve que, si l'on prend pour unité la longueur du pendule a l'équateur, son accroissement de l'équateur aux pôles est égal au produit de 7^^ par le carré du sinus de la latitude.

On a remarqué encore, au moyen du pendule, une petite diminution dans la pesanteur, au sommet des hautes montagnes. Bouguer a fait sur cet objet un grand nombre d'expériences au Pérou. Il a trouvé que, 4a pesanteur à l'équateur et au niveau de la mer étant exprimée par l'unité, elle est 0,999249 à Quito, élevé de 2857™ au-dessus de ce niveau, et 0,998816 sur le Pichincha, à 4744" de hauteur. Cette diminution de la pesanteur à des hauteurs toujours très petites relativement au rayon terrestre donne lieu de penser que cette force diminue considérablement à de grandes distances du centre de la Terre.

Les observations du pendule, en fournissant une longueur invariable et facile à retrouver dans tous les temps, ont fait naitre l'idée de l'employer comme mesure universelle. On ne peut voir le nombre prodigieux de mesures en usage, non seulement chez les différents peuples, mais dans la même nation, leurs divisions bizarres et incommodes pour les calculs, la difficulté de les connaître et de les comparer, enfin l'embarras et les fraudes qui en résultent dans le commerce, sans regarder comme l'un des plus grands services que les gouvernements puissent rendre à la société l'adoption d'un système de mesures dont les divisions uniformes se prêtent le plus facilement au calcul, et qui dérivent de la manière la moins arbitraire d'une mesure fondamentale indiquée par la nature elle-même. Un peuple qui se donnerait un semblable système réunirait à l'avantage d'en recueillir les premiers fruits celui de voir son exemple suivi par les autres peuples, dont il

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