LIVRE II. - CHAPITRE I. It
distante que le Soleil, le mouvement extrêmement rapide qui lui serait nécessaire pour tourner en un jour autour de la Terre? Quelle force immense ne faudrait-il pas alors pour le contenir et balancer sa force centrifuge? Chaque astre présente des difficultés semblables, qui sont toutes levées par la rotation de la Terre.
On a vu précédemment que le pôle de Téquateur parait se mouvoir lentement autour de celui de l'écliptique, et que de là résulte la précession des équinoxes. Si la Terre est immobile le pôle de Téquateur est sans mouvement» puisqu'il répond toujours au même point de la surface terrestre : la sphère céleste se meut donc alors sur les pôles de Técliptique, et dans ce mouvement elle entraine tous les astres. Ainsi le système entier de tant de corps, si différents par leurs grandeurs, leurs mouvements et leurs distances, serait encore assujetti à un mouvement général, qui disparait et se réduit à une simple apparence, si l'on suppose Taxe terrestre se mouvoir autour des pôles de Técliptique.
Entraînés par un mouvement commun à tout ce qui nous environne, nous ressemblons au navigateur que les vents emportent avec son vaisseau sur les mers. Il se croit immobile, et le rivage, les montagnes et tous les objets placés hors du vaisseau lui paraissent se mouvoir. Mais en comparant l'étendue du rivage et des plaines et la hauteur des montagnes à la petitesse de son vaisseau, il reconnaît que leur mouvement n'est qu'une apparence produite par son mouvement réel. Les astres nombreux répandus dans l'espace céleste sont à notre égard ce que le rivage et les montagnes sont par rapport au navigateur, et les mêmes raisons par lesquelles il s'assure de la réalité de son mouvement nous prouvent celui de la Terre.
L'analogie vient à l'appui de ces preuves. On a observé des mouvements de rotation dans presque toutes les planètes, et ces mouvements sont dirigés d'occident en orient, comme celui que la révolution diurne des astres semble indiquer dans la Terre. Jupiter, beaucoup plus gros qu'elle, se meut sur son axe en moins d'un demi-jour; un observateur à sa surface verrait le ciel tourner autour de lui dans cet intervalle;
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lU EXPOSITION DU SYSTÈME DU MONDE.
ce mouvement du ciel ne serait cependant qu'une apparence. N'est-il pas naturel de penser qu'il en est de même de celui que nous observons sur la Terre? Ce qui confirme d'une manière frappante cette analogie, c'est que la Terre, ainsi que Jupiter, est aplatie à ses pôles. On conçoit, en effet, que la force centrifuge qui tend à écarter toutes les parties d'un corps de son axe de rotation, a dû abaisser la Terre aux pôles et l'élever à Téquateur. Cette force doit encore diminuer la pesanteur a Téquateur terrestre, et cette diminution est constatée par les observations du pendule. Tout nous porte donc à penser que la Terre a un mouvement de rotation sur elle-même, et que la révolution diurne du ciel n'est qu'une illusion produite par ce mouvement, illusion semblable à celle qui nous représente le ciel comme une voûte bleue à laquelle tous les astres sont attachés, et la surface de la Terre comme un plan sur lequel il s'appuie. Ainsi l'Astronomie s'est élevée à travers les illusions des sens, et ce n'a été qu'après les avoir dissipées par un grand nombre d'observations et de calculs que l'homme enfin a reconnu les mouvements du globe qu'il habite et sa vraie position dans l'univers.