‹ Œuvres complètes de Laplace (volume 2)Chapitre 83 sur 295 · LIVRE II. - CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. - CHAPITRE V

Ton a regardées pendant longtemps comme des météores, sont des astres semblables aux planètes; leurs mouvements et leurs retours sont réglés suivant les mêmes lois que les mouvements planétaires.

Observons ici comment le vrai système de la nature, en se développant, se confirme de plus en plus. La simplicité des phénomènes célestes dans la supposition du mouvement de la Terre, comparée à leur extrême complication dans celle de son immobilité, rend la première de ces suppositions fort vraisemblable. Les lois du mouvement elliptique, communes alors aux planètes et à la Terre, augmentent beaucoup cette vraisemblance, qui devient plus grande encore par la considération du mouvement des comètes, assujetti aux mêmes lois.

Ces astres ne se meuvent pas tous dans le même sens, comme les planètes. Les uns ont un mouvement réel direct; d'autres ont un mouvement rétrograde. Les inclinaisons de leurs orbes ne sont point renfermées dans une zone étroite, comme celles des orbes planétaires; elles offrent toutes les variétés d'inclinaison, depuis l'orbe couché sur le plan de l'écliptique, jusqu'à l'orbe perpendiculaire à ce plan.

On reconnaît une comète, quand elle reparait, par l'identité des éléments de son orbite avec ceux de l'orbite d'une comète déjà observée. Si la distance périhélie, la position du périhélie et des nœuds, et l'inclinaison de l'orbite sont à fort peu près les mêmes, il est alors très probable que la comète qui parait est celle que l'on avait observée précédemment, et qui, après s'être éloignée à une distance où elle était invisible, revient dans la partie de son orbite voisine du Soleil. Les durées des révolutions des comètes étant fort longues, et ces astres n'ayant été observés avec un peu de soin que depuis deux siècles, on ne connaît encore avec certitude que le temps de la révolution de deux comètes {*) : l'une est celle de 1709, que l'on avait déjà observée en 1682, 1607 et i53i. Cette comète emploie environ soixante-seize ans à

(1) Depuis l'impression de la 5* édition de cet Ouvrage, en i8a5, une troisième comète, qui avait été vue pour la première fois en 1772, puis en i8o5, fut reconnue périodique en i8a6 par MM. Gambart et Hansen. Cette comète fait sa révolution en six ans trois quarts; elle a été retrouvée et observée sur la fin de i83a; elle reviendra en 1839.

( Note de M. E. Bouvard.)

OEuvres de L. — yi, l8

revenir à son périhélie; ainsi, en prenant pour unité la moyenne dis* tance du Soleil à la Terre, le grand axe de son orbite est à peu près 35,9, et comme sa distance périhélie n*est que o,58, elle s'éloigne du Soleil au moins 35 fois plus que la Terre, en parcourant une ellipse fort excentrique. Son retour au périhélie a été de treize mois plus long de i53i à 1607 que de 1607 à 1682; il a été de dix-huit mois plus court de 1607 à 168:2 que de 1682 k lySg. Il parait donc que des causes semblables à celles qui altèrent le mouvement elliptique des planètes troublent celui des comètes d'une manière encore plus sensible.

L'orbite d'une comète, observée en 1818, a présenté des éléments si peu différents de ceux de l'orbite d'une comète observée en i8o5, que l'on en a conclu l'identité de ces deux astres, ce qui donnerait une courte révolution de treize ans, s'il n'y avait point eu de retour intermédiaire de la comète à son périhélie; mais M. Encke, paria discussion des observations nombreuses de cet astre en 1818 et 18 19, a reconnu que sa révolution est de i2o3 jours à fort peu près; il en a conclu qu'elle devait reparaître en 1822, et, pour faciliter aux observateurs les moyens de la retrouver, il a calculé la position qu'elle devait avoir k chaque jour de sa prochaine apparition. Les déclinaisons australes de la comète, dans cette apparition, rendaient ses observations presque impossibles en Europe. Heureusement elle vient d'être reconnue par M. Rûmker, observateur habile, attiré dans la Nouvelle-Hollande par M. le général Brisbane, gouverneur de Botany-Bay, et qui, lui-même excellent observateur, porte aux progrès de T Astronomie l'intérêt le plus actif et le plus éclairé. M. Rûmker a observé la comète chaque jour depuis le 2 jusqu'au 23 juin 1822, et ses positions observées s'accordent si bien avec celles que M. Encke avait calculées d'avance, qu'il ne doit rester aucun doute sur ce retour de la comète prédit par M. Encke.

La nébulosité dont ces comètes sont presque toujours environnées parait être formée des vapeurs que la chaleur solaire élève de leur surface. On conçoit, en effet, que la grande chaleur qu'elles éprouvent vers leur périhélie doit raréfier les matières condensées par le froid qu'elles éprouvaient à leurs aphélies. Cette chaleur est excessive pour

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