‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 47 sur 308 · LIVRE PREMIER, UlAl'lTUK VI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, UlAl'lTUK VI

.'■lus. Et somme le premier des lignes de ta justitication est lé changement de vie, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le principe] signe de la divine élection , c'est la pcisévéraaHiedanwoetle vie renouvelée. Celui qui depuis un grand nombres d'années vit dans la crainte de Dieu, se tenant toujours en garde contre le péché mortel, est en droit d'espérer que Dieu le gardera jusqu'à la tin , comme le dit l'Apôtre, I Corinth. i, 8 , pour le jour de sa venue, achevant eu lui ce qu'il a lui-même commencé.

Rien de plus certain néanmoins , il faut l'avouer , nul ne peut jouir à cet égard d'une sécurité parfaite. N'avons-nous pas vu Salomon , ce roi si pieux et si sage , après tant d'années passées dans la pratique de la vertu, se laisser entraîner et séduire, dans les derniers temps de sa vie ? Mais ce sont là des exceptions qui dérogent à l'ordre général , comme l'enseigne le même Salomon quand il dit : « C'est un adage , le jeune homme ne s'écartera pas dans la vieillesse du chemin qu'il aura suivi dans ses premières années. » Prov. xxn, G. De telle sorte que , s'il a été vertueux durant le cours de sa jeunesse, il le sera aussi à une époque plus avancée de sa vie. Ces signes et d'autres semblables , qui nous sont indiqués dans les livres des saints, peuvent nous inspirer une humble confiance que la bonté divine aura daigné nous mettre au nombre des élus. En espérant donc de la miséricorde divine que nous arriverons au salut, nous pouvons espérer par là même, sans présomption et sans orgueil , que notre nom est inscrit dans le livre de vie ; l'une de ces affirmations découle nécessairement de l'autre.

Les choses étant ainsi , quelle obligation l'homme n'a-t-il pas de servir Dieu, en reconnaissance d'un si grand bienfait , puisque le Seigneur lm-même a dit à ses apôtres : « Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous obéissent ; réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » Luc. x, -20. Quel bonheur n'est-ce pas, en effet, d'avoir été de toute éternité, depuis que Dieu est Dieu , l'objet de son amour et de son choix ; d'avoir en quelque sorte une place de prédilection dans le sein de sa bonté , dès les années éternelles ; d'avoir été choisi pour son enfant d'adoption , en même temps que son Fils par nature était engendré

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«lans Les splendeurs des saints*, déjà présents à la pensée divine!

Considérez avec attention boutes les circonstances d'un tel choix, et TOUS verrez que chacune de ces circonstances est par ellemême nu immense bienfait, et constitue pour vous une obligation nouvelle. Considérez d'abord la grandeur et la dignité de celui qui vous a choisi : C'est Dieu lui-même, dont les richesses sont infinies et dont la félicité est sans bornes; il n'avait besoin ni de vous ni d'un être quelconque. Considérez après cela l'étrange bassesse et la profonde indignité de l'être qui a été l'objet de cette élection : C'est une créature misérable et mortelle, sujette à toutes les infirmités , à toutes les indigences de la vie présente, réservée pour la vie future à des supplices éternels, juste châtiment de ses crimes. Prise en elle-même , cette élection n'est pas moins digne de votre admiration et de votre reconnaissance ; elle vous appelle à une fin tellement élevée , qu'on ne saurait en concevoir de plus grande , puisque vous avez été choisi pour être l'enfant de Dieu , l'héritier de son royaume , l'heureux possesseur de sa propre gloire. Voyez de plus combien cette élection est généreuse et gratuite ; elle est antérieure , comme nous l'avons déjà dit , à toute sorte de mérites , elle émane uniquement du bon plaisir de la divine volonté ; elle tourne entièrement , comme le dit l'Apôtre , Ephes. i, 12, à la gloire et à la louange de l'infinie libéralité de Dieu et de sa grâce. Or, plus un bienfait est gratuit, plus est étroite et sacrée l'obligation qui en résulte pour l'homme.

L'origine et l'antiquité de cette élection méritent encore une attention particulière : Elle n'a pas commencé avec le monde, elle a devancé l'existence de l'univers , elle remonte à l'éternité, et l'on peut dire quelle coexiste avec l'être divin lui-même. Dieu est étemel . et de toute éternité il aime ses élus , il les a dès lors adoptés ; il repose sur eux ses tendres regards de père ; le dessein qu'il a formé de les rendre éternellement heureux est inébranlable- comme sa nature elle-même. Remarquez enfin combien cette grâee est singuhère et signalée. Parmi tant de nations plon- - dans les ténèbres de la barbarie, parmi tant d'hommes à jamais reprouves, il vous a réservé l'heureux sort d'être compté au nombre de ses élus ; il vous a distingué et séparé de cette

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îiï.iss.- .lu genre humais que le péché précipite dans un malheur éternel', et de ce qui n'était qu'un levain de corruption et (Je mort, il a fait 1»' pais des anges «•! 1.' froment des élus.

Sur cette considération en particulier, la plume est impuissante et stérile ; mais l'esprit et lf cœur y doivent suppléer, afin île reconnaître envers Dieu un bienfait aus^i spécial, d'autant plus précieux que le nombre des dus est plus petit et celui des damnés plus grand ou pour mieux dire infini, comme s'exprime Salomon, Eccl. i, 15. Et si rien de tout cela n'est capable de vous émouvoir , lai.>sez-vous du moins toucher par la vue de tout ce qu'il en a coûté à ce souverain .Maître pour vous appliquer un semblable bienfait. Il y a dépensé la vie, le sang de son Fils unique , puisqu'il a résolu de toute éternité de l'envoyer sur la terre pour accomplir les desseins de son amour sur vous.

Quel temps ne faudrait-il donc pas pour recueillir la mémoire de toutes ses miséricordes ? Quelle langue pourrait jamais les raconter ? Quel cœur ne faudrait-il pas pour les apprécier et les sentir ? De quelles vertus pourraient-elles être payées ? Par quel amour l'homme répondra-t-il à l'amour éternel de Dieu pour lui ? Qui voudrait attendre à la vieillesse pour aimer Celui qui l'a aimé dès l'éternité ? Qui voudrait donner cet ami pour en acquérir un autre quelconque ? Si l'Ecriture sainte nous représente un vieil ami comme un trésor inestimable , que dirons-nous d'un ami éternel ? Et si l'on ne doit jamais sacrifier un ancien ami pour une amitié nouvelle, quel est celui qui sacrifierait l'affection et la possession d'un ami aussi ancien , pour tous les amis du monde ? Une possession dont on ne peut retrouver l'origine donne un droit inébranlable à celui qui en est nanti ; quel titre ne communique pas une possession éternelle basée sur un éternel amour ; et quel moyen de prétendre que nous n'appartenons pas à un tel possesseur?

Arrêtons-nous encore à cette pensée : Quels sont les biens dans le monde que l'on pourrait mettre en balance avec un semblable bien ? Quels sont les maux que l'on ne doit pas accepter avec joie plutôt que de le perdre ? Quel est l'homme assez dépourvu d'intelligence et de sentiment qui , sachant par une révélation divine

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que ee pauvre réduit à courir dans les rues pour demander l'aumône est un prédestiné , ne baiserait pas avec respect la trace de ses pas? Qui n'irait se jeter aux pieds de œt heureux mortel et ne arrivait de bénédictions* an s'ecriant : Oh! que vous êtes heureux ! <»h : que votre sort est digne d'envie ! Est-il possible que vnib 9©yei de ee nombre privilégié des élus? Est-il possible que vous >"\vz appelé il'une manière certaine à voir Dieu dans toute la splendeur de sa beauté? Quoi! Yous êtes donc le frère et le cohéritier des bienheureux habitants du ciel! Yous habiterez donc un jour parmi les chœurs des anges ! Yous jouirez à jamais de cette musique céleste ! Yous régnerez dans les siècles des siècles! Vous verrez à découvert le visage radieux du Christ et de sa sainte Mère ! Oh ! heureux le jour où vous êtes né ; mais plus heureux encore sera le jour de votre mort, parce que vous entrerez alors en possession de l'éternelle vie ! Heureux le pain qui vous nourrit et la terre que vous foulez, si elle connaissait l'inappréciable trésor qu'elle porte; mais bien plus heureux encore les travaux que vous supportez , les peines et les insultes que vous avez à subir, parce que c'est là ce qui vous ouvre le chemin vers l'éternel repos ! Quelle est la tempête assez noire, la tribulation assez accablante, pour contre-balancer dans votre âme la puissance et la joie d'une telle espérance?

C'est bien sous une telle impression que nous tiendrait la vue d'un prédestiné, si nous pouvions le reconnaître. Car enfin, si au passage d'un prince , de l'héritier d'un grand royaume , tout le monde se précipite sur ses pas, pour le seul plaisir de le voir, émerveillé qu'on est du sort heureux , heureux aux yeux du monde, échu à ce jeune homme , combien plus ne devrions-nous pas être émerveillés du sort d'un homme qui, sans mérites d'aucune sorte , est marqué dès sa naissance comme appartenant au nombre sacré des élus, héritier, par conséquent, non d'un royaume temporel sur la terre , mais bien d'un royaume éternel dans les cieux ?

Yous pouvez comprendre par là , mon cher frère , l'obligation «pie les élus, à ce titre même d'élus, ont envers le Seigneur. Il D'est personne cependant qui doive se regarder comme exclu d'un

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