LE R. P. HENRI DE ALMÉYDA, DE L'ORDRE DES FRÈRES PRÊCHEURS
Ce traité de la doctrine chrétienne fut publié par le R. P. Louis de Grenade, de sainte et glorieuse mémoire, il y a plus de trente cinq ans, dans le royaume de Portugal. Il l'avait composé en langue portugaise , afin de suppléer à la pénurie de ministres évangéliques, fort grande dans les contrées montagneuses de ce royaume ; c'est encore dans ce but qu'il l'écrivit en langue vulgaire, voulant ainsi le rendre plus accessible à toutes les intelligences. Plus d'une fois je priai l'auteur de nous le donner en langue castillane, pour qu'une doctrine aussi nécessaire à tous fût plus généralement répandue. Il me répondit qu'il s'occupait alors d'un nouvel ouvrage, devenu bientôt si célèbre, l'Introduction au Symbole de la foi ; mais que, si Dieu lui prêtait vie, il avait l'intention de réaliser cette pensée qui était également la sienne ; il ajoutait que le même désir lui avait été exprimé par beaucoup d'autres personnes , qui toutes attendaient de lui une traduction espagnole , avec les améliorations que l'auteur pourrait naturellement y introduire. Il me cita en particulier le P. Ramirez, de la Compagnie de Jésus, lequel s'était acquis une grande réputation en prêchant cette doctrine , et qui disait
ne vouloir pas la faire paraître en corps d'ouvrage, dans l'espoir que le P. de Grenade réaliserait un jour son dessein. Mais la vie de ce dernier, cette vie si laborieuse et si bien remplie, se termina sans que ce travail eût été fait.
Trompé dans mes espérances, j'attendis encore quelques années pour voir s'il ne surgirait pas quelque bon traducteur ; n'entendant parler de rien, et me trouvant avoir le temps et les loisirs convenables, j'osai tenter cette entreprise, dans l'unique vue du bien, Dieu le sait, et c'est à lui seul que j'en confie le résultat. Ce travail n'était pas léger relativement à mes forces, et, dans le profond sentiment de mon insuffisance, je regrettai de plus en plus qu'un esprit plus capable de l'accomplir n'en eût pas eu la pensée. Réduit à mes propres ressources, j'ai mis deux fois au jour cette traduction, qui ne m'a pas demandé moins de trois ans. Accueillez-la favorablement, lecteur chrétien, et vous direz que mon travail n'a pas été mal employé, et que mon incapacité n'a pas tout-à-fait empêché l'œuvre de garder l'arôme de la grande âme qui l'a composée. Là vous seront offertes, en abrégé, toutes les vérités que tout chrétien doit connaître ; et cette doctrine, puisée aux sources pures des saints et des docteurs, vous la jugerez telle qu'on pouvait l'espérer de l'heureux et bienfaisant génie de notre vénéré frère, le P. Louis de Grenade. Adieu.