‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 31 sur 383 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la méthode suivie dans cette seconde partie.

Disons maintenant un mot sur la méthode qu'il faut suivre dans cette matière. Et d'abord commençons par établir une maxime universellement acceptée par les philosophes : que pour s'assurer de la vérité d'une chose , il faut prendre garde que tout ce qui s'y rapporte, ses propriétés, ses conditions, s'accordent.

entièrement avec elle; s'il y avait opposition où disconvenance, ce serait une preuve de l'invraisemblance de la chose dont il s'agit. Eclaircissons par un exemple cette proposition, et aidonsnous d'une chose sensible pour comprendre la chose de l'esprit. Supposons qu'un roi, vaincu dans une bataille, ait été pris et traîné en captivité sans que son armée sache ce qu'il est devenu, s'il a survécu au carnage ou s'il a succombé dans la lutte. Mais voici qu'après neuf ans de captivité, le noble prisonnier, étant parvenu à s'échapper, retourne en son royaume, maltraité, méconnaissable, vêtu pauvrement, et il se donne partout comme le roi véritable qui revient prendre possession de sa couronne. Que feront, je vous le demande, les grands et les seigneurs du pays? Evidemment ils en viendront aux informations; ils examineront son visage, son corps, son âge avec un soin scrupuleux ; ils interrogeront ceux qui vivaient familièrement avec lui et qu'il avait admis à la connaissance de ses secrets , sur les démarches qu'ils ont faites seuls avec lui, sur les paroles et les promesses confidentielles qu'ils ont entendues, et sur d'autres renseignements semblables : si tous les signes s'accordent entre eux et trouvent une application parfaite dans le prétendant inconnu, ils le reconnaîtront et le proclameront aussitôt comme leur véritable roi. N'est-ce pas le moyen le plus sur de résoudre le problème en question? Or voilà comment nous procéderons dans la recherche que nous allons faire de la vérité de notre foi et de notre religion, en montrant clairement que toutes les propriétés et perfections que les intelligences créées peuvent désirer dans une religion sainte, notre religion les possède d'une manière si parfaite qu'on ne peut ni concevoir, ni désirer de plus magnifique accord. Ce premier point obtenu, l'excellence et la beauté de notre sainte religion brillera d'elle-même, c'est-à-dire par ce qu'elle enseigne et contient, sans avoir besoin de recourir à des raisonnements humains. On verra alors combien est vraie cette parole de Cicéron : « Oh ! que la vérité est puissante, puisqu'elle peut se défendre et résister par ses propres forces aux ruses, aux pièges , aux dangers dans lesquels les hommes voudraient la précipiter! »

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