‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 55 sur 383 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Dixième excellence de la foi et de la religion chrétiennes : leur inébranlable stabilité.

De même que l'antiquité de la foi est une preuve de sa vérité, de même aussi sa stabilité et sa perpétuelle fermeté; on peut même dire de ces deux excellences qu'elles sont sœurs et que l'une est la conséquence de l'autre. Or, comment douter de la stabilité de l'Eglise chrétienne quand on la voit, au sein des plus terribles persécutions, demeurer invincible ? Toutes les puissances de l'enfer et du monde se sont armées contre elle : les grands et les puissants, les peuples, les rois et les empereurs ont, d'un commun accord, conjuré sa ruine; mais elle, désarmée, pauvre et faible, méprisée du monde, plus douce et plus timide qu'une pauvre brebis, elle a triomphé dans sa faiblesse, et elle a été plus forte en mourant et en souffrant que le monde qui la mettait à mort et la persécutait. Chaque jour expiraient des milliers de chrétiens ; les prisons se remplissaient de prisonniers ; le sang des victimes coulait sur les places et les chemins, comme en un carnage; mais la rage des persécuteurs demeurait impuissante devant le courage des victimes, et, chose au-dessus de toute admiration, plus la foi était cruellement poursuivie, plus elle se multipliait, et tandis qu'à son principe l'Eglise comptait à peine quelques

fidèles dans un coin de la Judée, sous le vent des persécutions, les divines semences se dispersèrent et étendirent leur empire sur l'univers tout entier. L'orgueilleuse Rome put s'assujettir le monde par la force de ses armes, mais elle ne put jamais, même avec ses tourments, triompher de l'Eglise; au contraire, Rome vaincue tomba à genoux devant le divin Crucifié, elle se soumit à son empire, ses empereurs convertis l'adorèrent comme leur Seigneur et leur Dieu, abandonnant ainsi pour toujours leurs fausses divinités.

Aux persécuteurs avoués succédèrent les sages du monde, les philosophes, les orateurs et cette longue série d'hérétiques : Ariens, Sabelliens, Nestoriens, Pélagiens, Macédoniens et tant d'autres monstres de cette espèce, qui n'attaquaient plus la foi par les armes, mais qui espéraient en altérer la pureté par la subtilité de leurs raisonnements. La foi demeura incorruptible à ces nouvelles atteintes: pas un seul de ses articles ne fut ni altéré ni changé. Quant à ces grands raisonneurs, ils furent dissipés et s'évanouirent comme la fumée; la foi, au contraire, si souvent et si diversement combattue , ne subit pas la plus légère atteinte, et elle sortit de ces combats radieuse de son antique éclat, sans avoir admis l'ombre d'une erreur ou d'un mensonge. On a beau chercher un pareil spectacle ailleurs que dans la religion chrétienne, toutes les autres sectes sont pleines d'erreurs et de mensonges. Que la vérité de notre foi se soit donc maintenue pure pendant tant de milliers d'années, qu'elle ait résisté aux efforts et aux ruses de l'enfer et du monde qui conjuraient sa ruine, c'est une preuve certaine que Dieu est le défenseur et le soutien duquel elle a toujours tiré protection et appui.

Il existe entre la vérité et le mensonge une notable différence qu'il est bon de remarquer ici : le raisonnement ruine l'erreur, et plus le mensonge est attaqué, plus sa fausseté devient manifeste; la vérité gagne au contraire à ces sortes d'attaques, et loin de redouter l'examen, elle le désire et le recherche, parce qu'il lui donne toujours un nouvel éclat. La boue exhale une odeur d'autant plus fétide qu'on la remue davantage; les plantes aromatiques et embaumées répandent au contraire de plus doux

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