CHAPITRE XV
De l'usage des figures.
C'est peu de savoir les noms et les définitions des figures, si l'on n'en connaît pas l'usage^ c'est-à-dire, si l'on ne sait pas bien de quelle façon, en quelles rencontres et dans quels sujets on doit les employer. Pour faire ce discernement, il faut fixer ses regards sur la triple tâche imposée à l'orateur : instruire, plaire et toucher. Il faut de la clarté pour instruire, de la douceur pour plaire et • gagner la bienveillance, et de la force pour toucher. Or, parmi '^' les figures, quelques unes sont propres pour enseigner et pour faire bien comprendre les choses; d'autres, pour plaire ou pour se faire écouter avec plaisir ; et d'autres enfin pour émouvoir les esprits et les gagner à ce qu'on veut persuader.
Les figures qu'on peut employer avec le plus d'avantage pour^ enseigner sont celles qui se rapportent au raisonnement, érqiielques autres qui servent ou à prouver les choses avec plus de force, ou à les mettre dans un plus grand jour ; on peut aussi fort bien y comprendre la transition, qui, en exposant ce qui a été dit et ce qui est à dire ensuite, donne de l'ordre et de la clarté au discours, et quelquefois même de la force et de la vivacité.
Les figures qui servent à le rendre agréable, et à le faire écouter l avec plaisir, sont entre autres celles du deuxième et du troisième i ordre des figures de mot, qui consistent dans le rapport et la pro- ' portion des choses semblables ou contraires entre elles ; la plupart des autres figures, soit de mot, soit de pensée, ont beaucoup de
force et de vivacité, et servent ainsi particulièrement à toucher et à faire de vives impressions dans les esprits.
Il y en a néanmoins quelques autres, et même en assez grand nombre, qui produisent seules tous ces effets ; car les descriptions des choses et des personnes, des lieux et des temps, servent tantôt à plaire,, tantôt à amplifier, et quelquefois aussi à instruire. Nous avons dit la même chose des antithèses, dont la force et la vivacité sont d'ordinaire accompagnées de beaucoup de grâce et d'agrément. Pour ce qui est des exemples et surtout des comparaisons, quels effets ne produisent-ils pas ? Y a-t-il rien qui apporte plus de jour et d'éclaircissement que les comparaisons dans les choses obscures ? Qu'y a-t-il qu'on ne puisse par elles amplifior et mettre comme devant les yeux des auditeurs ? Et combien la comparaison proposée par induction n'a-t-elle pas d'agrément et de beauté pour plaire?
Il est d-u devoir du prédicateur qui veut sincèrement se rendre éloquent, de savoir bien, non-seulement le nombre, les noms et la nature des figures et des ornements de l'art, mais plus particulièrement leur usage ; en sorte qu'il se serve toujours, dans chaque partie de son sermon^ de celles qui y entreront le plus à propos; et comme une même chose peut être expliquée diversement, et pour ainsi dire revêtue et ornée de plusieurs figures, il est aussi de l'adresse du prédicateur de choisir principalement celle qui explique sa pensée plus nettement, en moins de paroles et avec plus de justesse.