‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 10 sur 85 · POÉSIE · texte numérisé non relu

POÉSIE

ou

PATtAGB DANS LE 60LFB DE «ftNES.

La lune est dans le ciel, et le ciel est sans voiles ; Comme un phare avancé sur un rivage obscur Elle éclaire de loin la route des étoiles.

Et leur sillage blanc dans Tocéan d'azur.

A sa clarté tremblante et tendre, L'œil qu'elle attire aime à descendre Les molles pentes des coteaux , A longer ces golfes sans nombre Où la terre embrasse dans l'ombre Les replis sinueux des eaux !

Il aime à parcourir la voûte Où son disque trace la route Des astres noyés dans les airs, A compter la foule azurée

Des étoiles dans l'empyrée, Et des vagues au bord des mers.

A travers l'ombre opaque et noire Des hauts cyprès du promontoire,

Il voit sur rhumide élément Chaque flot où sa lueur nage.

Rouler, en mourant sur la plage, Une écume, un gémissement.

Couverte de sa voile blanche,

La barque, sous son mât qui penche.

Glisse et creuse un sillon mouvant ;

De la rive on entend encore

Palpiter la toile sonore

jSous Faile orageuse du vent.

Astre aux rayons muets , que ta splendeur est douc^,

Quand tu courssur les monts, quand tu dors surla mousse,

Que tu tremblessurTh^rbeou sur les blancs rameaux.

Ou qu'avec l'alcyon tu flottes sur les eaux !

Mais pourquoi t'éveiller quand tout dort sur la terre ?

Astre inutile à l'homme, en toi tout est mystère ;

Tu n'es pas son fanal, et tes molles lueurs

Ne savent pas mûrir les fruits de ses sueurs ;

Il ne mesure rien aux clartés que tu prêtes.

Il ne t'appelle pas pour éclairer ses fêtes ;

Mais fermant sa demeura aux célestes clarté^,

Il s'éclaire de fei|x à la terre empruntés.

Quand la nuit vient l'ouvrir ta modeste carrière,

Tu tnouves tous les yeux fermés à ta lumière,

Et le monde insensible à ton morne retour,

Froid comme ces tombeaux objets de ton amour !

A peine sous ce ciel où la nuit wit tes traces,

Un œil s'aperçoit-il seulement que tu passes,

Hors un pauvre pèclmiir aonpînuit vers k bcurdi Qui, tandk que le veat k beroe loin du pori^ Demande à tes rayons de blanchir la demeure Où de son long retard tes eufans comptaDt l'heure ; Ou quelque nalfaeuveux qui, l'œil fixé Mr toi^ Pense au monde invisible et rêve ainsi qu» moi !

Ah ! si j'en crois mon cœur et ta saiqte ioflutucei Astre ami du repos, des songes, du silence, Tu ne te lèves pas seulement pour nos yeui; Mais du monde moral flambeau mjatërieux, A l'heure où le scmimeil tient la terre oppressée, Dieu fit de tes rayons le jour de la pensée I Ce jour inspirateur et qui la fait rêver, Vers les choses d'en haut l'invite à a'ëlevev; Tu lui montres de loin, dans l'asur sans limite. Cet espace infini que sans cesse elle habite ; Tu luis entre elle et Dieu comme un phare éternel, Comme ce feu marchant qui suivait Israël } Et tu guides ses yeux de miracle en miracle.

Jusqu'au seuil éclatant du divin taberoackf Où celui dont le nom n'est pas eOQor trouvé, Quoiqu'en lettres de feu sur les sphères gravé, Autour de sa splendeur multipliant les voil^, Sema derrière lui ses portîqiwfi d'élpîleB I

Luis donc, astre pieut, devant ton Créateur I Et si tu vois Celui d'oq ooule ta splendeur, Dis-lui que sur un point de ces globes funèbres Dont tes rayons lointains consolaient les ténèbres.

Un atome perdu dans son immensité.

Murmurait dans la nuit son nom à ta clarté: !

Où vont oes rapides nuages, Que roule à flocons d'or Thaleine des autans?

Ils semblent d'instans en instans De la terre et des flots retracer les images. Dans leurs groupes épars et leurs miroirs flottans.

Tantôt leurs couches allongées S'étendent en vastes niveausi.

Comme des côtes qu'ont rongées Le temps, la tempête et les eaux ; Des rochers pendent en ruine Sur ces océans que domine Leur flanc, tant sillonné d'éclairs ; L'œil qui mesure ses rivages, Voit étinceler sur leurs plages L'écume flottante des mers.

Tantôt en montagnes sublimes Ils dressent leurs sommets brùlans, La lumière éblouit leurs cimes, Les ténèbres couvrent leurs flancs, Des torrens jaunis les sillonnent, De brillans glaciers les couronnent.

Et de leur sommet qui fléchit, Un flocon que le vent assiège, Ck)mme une avalanche de neige S'écroule à leurs pieds, qu'il blanchit.

ET RELIGIEUSES. 6t

La leurs gigantesques fantômes Imitent les murs des cites, Les palais, les tours et les dômes Qu'ib ont tour à tour visités ; Là s'élèvent des colonnades; Ici , sous de longues arcades Où l'aurore enfonce ses traits , Un rayon qui perce la nue Semble illuminer l'avenue De quelque céleste palais I

Mais sous l'aquilon qui les roule En mille plis capricieux , Tours, palais, temples, tout s'écroule , Tout fond dans le vide des cieux ; Ce n'est plus qu'un troupeau candide , Qu'un pasteur invisible guide Dans les plaines de l'horizon ; Sous ses pas l'azur se dévoile , Et le vent , d'étoile en étoile , Disperse leur blanche toison !

Redescendez , mes yeux , des célestes campagnes ! Voyez sur ces rochei*s que l'écume a polis , Voyez étinceler aux flancs de ces montagnes , Tous ces torrens sans source et ces fleuves sans lits; La cascade qui pleut dans le gouffre qui tonne , Frappe l'air assourdi de son bruit monotone , L'œil fasciné la cherche à travers les rameaux , L'oreille attend en vain que son urne tarisse ;

De précipiM en précipice , Débordant , débordant à flots toiqours nouveaux. Elle tombe, et aebriae, et bondit^ et tournoie. Et du fond de l'abtttie où l'éoume M noie Se remonte elle-même en liquides réseaux f Comme un cygne argenté qui s'élève et déploie

Ses blandbes ailes sur les eaux !

Que j'aime à contempler dans oetlie anse écartée La mer qui vient dormir sur la grève argentée ,

Sans soupir et sans mouvement !

Le soir retient ici son hdeîne expifaaie, De crainte de ternir k glace transparente

Où se mire le firmament.

De deux bras arrondis , la terre qui Témbrasse , A la vague orageuse inlerdit cet espace^

Que borde un cercle de roseaux ; Et d'un sable brillant une frange plus vive Y serpente partout entre l'onde et la rive j

Pour amollir lé lit des eaux !

Là tremMent dons l'àzur les muettes étoiles , Là dort le m&t penché dépouillé de ses voiles^

Là quelques pauvres matelots Sur le pont d'un esquif qu'a fatigué la lame^ De leurs foyers flottans ont rallumé la flamme

Et vont se reposer des flots.

De colline en colline , et d'étage en étage ,

ET AELI6IBUSB& «S

Les monts , dont oe miroir fait onduler l'image^ '

Descemlent jusqu'aH lit des mers ; Et leurs flancs , hérisses d'une sombre Terdure^ Par le contraste heumux de leur noire ceîilturs ^ Y font Inîller des flots plus clairs.

Le chêne aux bras tendus penche son tronc sut* Tonde ; Le tortueux figuier dans la mer qui l'inonde

Bttîgiie^ en pliant, ses lourds rameaux ; Et la Tigne y jetant ses guirlandes trempées ^ Laisse ipendre et flotler ses femlles découpées^

Où tremUent les reflets des eaux*

La lone^ qui se penche au bord de la vallée^ Distille un jour égal , une âilrore roUée j

Sur ce golfe silencieux ; La mer n'a plus de flots , les bois plus de murmui^ ^ Et la brbe incertaine y flotte à l'aventure ^

Ivre des parfums de ces lieux !

Sur œ rite enchanté , mon iaie qu'il attire S'abat cdmme le cygne > et s'apaise et souptre

A oette image du t^epbs; Que ne peut«elle ^ ômerl sur tes bords qu'dle en^itf ^ Trouver comme ta vague un golfe dans la vie ,

Pour s'aidormir avec tes flots !

Mais quel bruit m'arradie à ce songe ?

C'est l'airaiB frémissant dans les tours des oités^ Le roulement des chars qu'un sourd écho prolonge ,

Le marteau qui retombe à coups précipités , L'enclume qui gémit, les coursiers qui hennissent , Les instrumens guerriers qui tonnent ou frémissent , Des pas , des cris , des chants y des murmures confus, Et des vaisseaux partans les roulantes volées ,

Et des clameurs entremêlées

De silences interrompus !

L'air, chargé de ces sons, qu'il emporte sur l'onde, Et que chaque minute étouffe et reproduit , Semble, comme une mer où la tempête gronde, Rouler des flots de voix et des vagues de bruit !

Voilà donc le séjour d'un peuple , et le murmure

De ces innombrables essaims , Que la terre produit et dévore à mesure.

De leur vaine existence , hélas ! encor si vains ! Tandis que la nature et les astres sommeillent

Dans un repos silencieux, Aux lueurs des flambeaux, ces insectes qui veillent, Troublent seuls de leur bruit les mystères des cieux ! Ils veillent , et pourquoi ? pour que je les entende , Pour que le bruit qu'ils font revienne les frapper. Pour que leur pas résonne et leur nom^ répande, Pour se tromper eux-même , ô mort ! et te tromper ! Oui , du haut de ce tertre où mon pied les domine , Je les entends encor ! mais si je fais un pas , Si je double le cap , ou franchis la colline , Ce grand bruit , expirant sur la plage voisine ,

Sera comme s'il n'était pas ! • . .

Avant que du zéphyr la printanière haleine Ait cessé de verdir les feuilles de ce chêne ,

Qui compte déjà cent hivers ; Avant que cette pierre aux bords des flots roulée , Et qui tremble déjà sur sa base ébranlée ,

Ait croulé sous le choc des mers ;

Ces pas , ces voix , ces cris , cette rumeur immense j Seront déjà rentrés dans l'éteniel silence, Les générations rouleront d'autres flots , Et ce bruit insensé , que l'homme croit sublime , Se sera pour jamais étouffé dans l'abime, L'abime qui n'a plus d'échos !

Mais où donc est ton Dieu ? me demandent les sages. Mais où donc est mon Dieu? dans toutes ces images ,

Dans ces ondes, dans ces nuages, Dans ces sons, ces parfums , ces silences des cieux, Danscesombresdusoir,quideshautslieuxdescendent, Dans ce vide sans astre , et dans ces champs de feux , Et dans ces horizons sans bornes, qui s'étendent Plus haut que la pensée et plus loin que les yeux !

Il est une langue inconnue

Que parlent les vents dans les airs ,

La foudre et l'éclair dans la nue,

La vague aux bords grondans des mers.

L'étoile de ses feux voilée ,

L'astre endormi sur la vallée ,

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