‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 2 sur 85 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

Toi qui donnas sa voix à l'oiseau de l'aurore, Pour chanter dans le ciel l'hymne naissant du jour; Toi qui donnas son àme et son gosier sonore À l'oiseau que le soir entend gémir d'amour ;

Toi qui dis aux forêts : Répondez au zéphyre ! Aux ruisseaux : Murmurez d'harmonieux accords ! Aux torrens : Mugissez! A la brise : Soupire ! A l'Océan : Gémis en mourant sur tes bords !

£t moi. Seigneur, aussi, pour chanter tes merveilles, Tu m'as donné dans l'âme une seconde voix Plus pure que la voix qui parle à nos oreilles. Plus forte que les vents, les ondes et les bois !

Les cieux rappellent Grâce, et les hommes Génie ; C'est un souffle afFaibli des bardes d'Israël , Un ëcho dans mon sein qui change en harmonie Le retentissement de ce monde mortel !

Mais c'est surtout ton nom, 6 roi de la nature, Qui fait vibrer en moi cet instrument divin ; Quandj'invoque ce nom, mon cœurplein de murmure Résonne comme un temple où l'on chante sans fin !

Comme un temple rempli de voix et de prières. Où d'échos en échos le son roule aux autels ; Eh quoi ! Seigneur, ce bronze, et ce marbre, et ces pierres Retentiraient-ils mieux que le cœur des mortels?

Non, monDieu, non, mon Dieu, grâce à mon saint partage, Je n'ai point entendu monter jamais vers toi D'accords plus pénétrans, de plus divin langage, Que ces concerts muets qui s'élèvent en moi !

Mais la parole manque à ce brûlant délire, Pour contenir ce feù tous leis înots totit glacés ; Eh ! qu'importe, Seigtieui*, la |)arole à ma lyre? Je l'entends, il suffit ; tu réponds, c'est assez!

Don sacré du Dieu qui m'enflamme, Harpe qui fais trembler mes doigts, Sois toujours le cri de mod âme, A Dieu seul rapporte ma voix ; Je frémis d'amour et de crainte

Quand} pour toucher ta corde sainte, Son èdprit daigna me choisir !

Mbi f devant lui moins que poussière.

Moi, dont jusqu'alors l'âme entière N'était que silence et désir!

Hélas! et j'en rougis encore, Ingrat au plus benu de ses dons, Harpe que l'ange même adore, Je profanai tes premiers sons ; Je fis ce que ferait l'impie.

Si ses mains, sur l'autel de vie, Abusaient des vases divins.

Et s'il courcmnait le calice, Le calice du sacrifice, Avec les roses des festins!

Mais, j'en jure par cette honte

Dont rougit mon front confondu,

£t par cet hymne qui remonte

Au ciel dont il est descendu,

J'en jure par ce nom sublime

Qui fermé et qui rouvre l'abtme,

Par l'oil qui lit au fond des cœurs, ^

Par ce feu sacré qui m'embrase,

Et par cés transports de l'extase

Qui trempent tes cordes de pleurs!

De tes accens mortels j']Bd perdu la mémoire, Hous ne chanterons plus qu'une étemelle gloiro

Au seul digne , au seul saint, au seulgrand, auseul bon ; Mes jours ne seront plus qu'un étemel délire, Mon âme qu'un cantique, et mon cœur qu'une lyre, Et chaque souffle enfin que j'exhale ou j'aspire. Un accord à ton nom !

Élevez-vous, voix de mon âme, Avec l'aurore, avec la nuit !

Ëlancea^'Vous comme la flamme , Répandez-vous comme le bruit !

Flottez sur l'aile des nuages, Mélez-vous aux vents, aux orages.

Au tonnerre, au fracas des flots ; L'homme en vain ferme sa paupière ; L'hymne étemel de la prière Trouvera partout des échos !

Ne craignez pas que le murmure De tous ces astres à la fois.

Ces mille voix de la nature Étouffent votre faible voix !

Tandis que les sphères mugissent, Et que les sept cieux retentissent ^ Des bruits roulans en son honneur.

L'humble écho que l'âme réveille Porte en mourant à son oreille La moindre voix qui dit : Seigneur !

Élevez-vous dans le silence

A l'heure où dans l'ombre du soir

La lampe des nuits se balance.

Quand le prêtre éteint l'encensoir ; Élevez-vous aux bords des ondes Dans ces solitudes profondes Où Dieu se révèle à la foi !

Chantez dans mes heures funèbres :

Amour, il n'est poin^ de ténèbres, Point de solitude avec toi !

Je ne suis plus qu'une pensée, L'univers est mort dans mon cœur.

Et sous cette cendre glacée Je n'ai trouvé que le Seigneur.

Qu'il éclaire ou trouble ma voie, Mon cœur, dans les pleurs ou la joie.

Porte celui dont il est plein ; Ainsi le flot roule une image ; Et des nuits le dernier nuage Porte l'aurore dans son sein. .

Qu'il est doux de voir sa pensée.

Avant de chercher ses accens, En mètres divins cadencée.

Monter soudain comme l'encens :

De voir ses timides louanges.

Comme sur la harpe des anges, Éclore en sons dignes des cieux.

Et jusqu'aux portes étemelles S'élever sur leurs propres ailes

Avec un vol harmonieux !

Un joui* eependiùfit, 6 ma lyre^

Un jour aaftoujiira ta voii^ !

Tu regretterïû ce dâire

Dont tA t'enivrais tous mes doigts :

Les ans terniront cette glace

Oit la nature te retracé

Les merveilles du Saint des saints !

Le temps, qui flétrit ce qu'il touche ,

Ravira les sons sur ma bouche,

Et les images sdus mes mains.

Tu ne répandras plus mon âme En flots d'harmonie et d'amour, Mais le sentiment qui m'enflamme Survivra jusqu'au dernier jour ; Semblable à ces sommets arides Dont l'âge a dépouillé les rides De leur ombre et de leurs échos, Mais qui dans leurs flancs sans verdure Gardent une onde qui murmure^ Et dont le ciel nourrit les flots.

Ah! quand ma fmgUe mémoire, G>mme une urne dont l'onde a fui, Aura perdu ces chants de gloire Que ton Dieu t'inspire aujourd'hui , De ta défaillante harmonie

Ne rougis pas , 6 mon génie !

Quand ta corde n'aurait qu'un son, Harpe fidèle , chante encore Le Dieu que ma jeunesse adore.

Car c'est un hymne que son nom !

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