‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 21 sur 85 · SUITE DE JÉHOVA · texte numérisé non relu

SUITE DE JÉHOVA

 de plus hauts degrés de l'échelle de rétre. En traits plus édatans Jéhova va paraîtra, La nuit qui le voilait ici s'évanouit!

y oyez au x pursrayonsde l'amour qui va naître La viei^ qui s'épanouit !

Elle n'éblouit pas idncore

L œil fasciné qu'dle suspend ;

On voit qu'elle-même elle ignore

La volupté qu'eUe répand ;

Pareille^ en sa fleur virginale,

A l'heure pure et qiatinate

Qui suit l'ombre et que Le jour suity

Doublement belle à la paupière,

Et des splendeurs de la lumière

Et des mystères de la nuit !

Son front léger s'élève et plane Sur un cou flexible, élancé,

Comme sur le flot diaphane Un cygne mollement bercé ; Sous la voûte à peine décrite De ce temple où son âme habite, On voit le sourcil s'ébaucher, Arc onduleux d'or et d'ébène Que craint d'effacer une haleine, Ou le pinceau de retoucher !

La jaillissent deux étincelles

Que voile et rouvre à chaque instant ,

Comme un oiseau qui bat des mies,

La paupière au cil palpitant! .

Sur la narine transparente

Les veines où le sang serpente

S'entrelacent comme à dessein;

Et de sa lèvre qui respire

Se répand avec le sourire

Le souffle embaumé de son sein !

Comme un mélodieux génie De sons épars fait des concerts , Une sympathique harmonie Accorde entre eux ces traits divers ; De cet accord, charme des charmes.

Dans le sourire ou dans les larmes Naissent la grâce et la beauté ; La beauté, mystère suprême Qui ne se révèle lui-même Que par désir et volupté !

Sur ses traits , dont le doux ovale

Borne Tensemble gracieux,

Les couleurs que la nue étale

Se fondent pour charmer les yeux ;

A la pourpre qui teint sa joue,

On dirait que Tonde s'y joue,

Ou qu'elle a fixé pour toujours,

Au moment qui la voit éclore.

Un rayon glissant de l'aurore

Sur un marbre aux divins contours !

Sa chevelure, qui s'épanche Au gré du vent , prend son essor. Glisse en ondes jusqu'à sa hanche.

Et là s'effile en franges d'or ; Autour du cou blanc qu'elle embrasse, Comme un collier elle s'enlace, Descend, serpente, et vient rouler Sur un sein où s'enflent à peine Deux sources d'où la vie humaine En ruisseaux d'amour doit couler !

Noble et légère, elle folâtre, El l'herbe que foulent ses pas Sous le poids de son pied d'albâtre Se courbe et ne se brise pas!

Sa taille en marchant se balance Comme la nacelle, qui danse Lorsque la voile s'arrondit Sous son mât que berce l'aurore, n. •

Balanoe son flanc vide encore Sur la vague qui rebondit !

Son âme n'est rien que tendresse^ Son corps qu'harmonieux, contour, Tout son être que Tœil caresse N'est qu'un pressentiment d'amour!

Elle plaint tout ce qui soupire ) Elle aime l'air qu'elle respire.

Rêve ou pleure, ou chante à l'écart, Et sans savoir ce qu'il implore D'une volupté qu'elle Ignore Elle rougit sous un regard!

Mais déjà sa beauté plus mûre Fleurit à son quinzième été !

 ses yeux toute la nature N'est qu'innocence et volupté!

Aux feux des étoiles brillanteii, Au doux bruit des eaux ruisselantes, Sa pensée erre avec amour ; Et toutes les fleurs des prairies Viennent entre ses doigts flétrie Sur son char sécher tour à tour!

L'oiseau, pour tout autre tautàgci Sous ses fenêtres vient nicher.

Ou, charmé de son esclavage.

Sur ses épaules se percher ; Elle nourrit les tourterelles,

Sur le blanc satin de leurs ailes Promène ses doigts caressans^ Ou, dans un amoureux caprice, Elle aime que leur cou frémisse Sous ses baisers retentissans !

Elle parait^ et tout soupire,

Tout se trouble sous son regard ;

Sa beauté répand un délire

Qui donne une ivresse au vieillard !

Et comme on voit l'humble poussière

Tourbillonner à la lumière

Qui la fascine à son insu ,

Partout où ce beau front rayonne,

Un souffle d'amour environne

Celle par qui l'homme est conçu !

Un homme ! un fils, un roi de la nature entière !

Insecte né de boue et qui vit de lumière !

Qui n'occupe qu'un point, qui n'a que deux instans.

Mais qui de l'Infini par la pensée est maître,

Et reculant sans fin les bornes de son être,

S'étend dans tout l'espace et vit dans tous les temps !

Il naît, et d'un coup d'œil il s'empare du monde, Chacun de ses besoins soumet un élément ; Pour lui germe l'épi, pour lui s'épanche l'onde. Et le feu, fils du jour, descend du firmament !

L'instinct de sa faiblesse est sa toute-puissance {

Pour lui Tinsecle même est un objet d'e(Troi, Mais le sceptre du globe est à Tintelligence ; L'homme s'unit à Thomme, et la terre à son roi I

Il regarde, et le jour se peint dans sa paupière; Il pense, et l'univers dans son âme apparaît ! Il parle, et son accent, comme une autre lumière, Va dans l'âme d'autrui se peindre trait pour trait !

Il se donne des sens qu'oublia la nature, Jette un frein sur la vague au vent capricieux, Lance la mort au but que son calcul mesure, Sonde avec un cristal les abimes des cieux !

Il écrit, et les vents emportent sa pensée, Qui va dans tous les lieux vivre et s'entretenir ! Et son âme invisible en traits vivans tracée Écoute le passe qui parle à l'avenir !

Il fonde les cités, familles immortelles.

Et pour les soutenir il élève les lois, Qui, de ces monumens colonnes étemelles, Du temple social se divisent le poids !

Après avoir conquis la nature, il soupire ; Pour un plus noble prix sa vie a combattu ; Et son cœur vide encor dédaignant son empire, Pour s'égaler aux dieux inventa la vertu !

Il offre en souriant sa vie en sacrifice ,

Il se confie au Dieu que son œii ne voit pas ; G>upabley a le remords qui venge la justice, Vertueux, une voix qui l'applaudit tout bas!

Plus grand que son destin, plus grand que la nature. Ses besoins satisfaits ne lui suffisent pas, Son âme a des destins qu'aucun œil ne mesure. Et des regards portant plus loin que le trépas !

U lui faut l'espérance, et l'empire et la gloire. L'avenir à son nom, à sa foi des autels.

Des dieux à supplier, des vérités à croire, Des cieux et des enfers, et des jours immortels !

Mais le temps tout à coup manque à sa vie usée, L'horizon raccourci s'abaisse devant lui , Il sent tarir ses jours comme une onde épuisée. Et son dernier soleil a lui !

Regardez-le mourir!... Assis sur le rivage Que vient battre la vague où sa nef doit partir. Le pilote qui sait le but de son voyage D'4in cœur plus rassuré n'attend pas le zéphyr !

On dirait que son œil , qu'éclaire l'espérance. Voit l'immortalité luire sur l'autre bord , Au-delà du tombeau sa vertu le devance, Et, certain du réveil, le jour baisse, il s'endort !

£t les astres n'ont plus d'assez pure lumière. Et l'infini n'a plus d'assez vaste séjour, Et les siècles divins d'asse:^ longue carrière Pour l'âme de celui qui n'était que poussière Et qui n'avait qu'un jour I

Voilà cet instinct qui l'annonce Plus haut que l'aurore et la nuit.

Voilà l'étemelle réponse Au doute qui se reproduit I Du grand livre de la nature, Si la lettre, à vos yeux obscure, Ne le trahit pas en tout lieu, Ah ! l'homme est le livre suprême :

Dans les fibres de son cœur même Lisez, mortels : Il est un Dieu !

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