‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 4)Chapitre 32 sur 85 · A M. REBOUL · texte numérisé non relu

A M. REBOUL

A HIIIBS.

Le soufïle inspirateur qui fait de Tàme humaine

Un instrument mélodieux , Dédaigne des palais la pompe souveraine :

Que sont la pourpre et Tor à qui descend à peine

Des palais rayonnans des cieux ?

11 s'abat au hasard sur l'arbre solitaire,

Sur la cabane des pasteurs , Sous le chaume indigent des pauvres de la terre, Et couve en souriant uii glorieux mystère

Dans un berceau mouillé de pleurs!

C'est Homère endormi , qu'une esclave sans maître

Réchauffe de son seul amour ; C'est un enfant chassé de l'ombre de son hêtre Qui pleure les chevreaux que ses pas menaient paitrCj

Et qui sera Vii^ile un jour !

C'est Moïse flottant dans un berceau fragile Sur Tonde y au hasard des courans, Que l'éclair du Sina visite entre cent mille Pendant qu'il fend le marbre ou qu'il pétrit l'argile Pour la tombe de ses tyrans !

Ainsi l'instinct caché dans la tiature entière

Mûrit pour l'immortalité !

La perle au fond des mers, l'or au sein de la pierre, Le diamant dans l'ombre où languit sa lumière ,

La gloire dans l'obscurité !

La gloire , oiseau divin , phénix né de lui-même,

Qui vient tous les cent ans , nouveau , Se poser sur la terre et sur un nom qu'il aime, Et qu'on y voit mourir ainsi que son emblème, Mais dont nul ne sait le berceau !

Ne t'étonne donc pas qu'un ange d'harmonie

Vienne d'en haut te réveiller.

Souviens-toi de Jacob ! Les songes du génie Descendent sur des fronts qui n'ont dans l'insomnie

Qu'une pierre pour oreiller!

Moi-même , plein des biens dont l'opulence abonde,

Que je changerais volontiers Cet or dont la fortune avec dédain m'inonde Pour une heure du temps où je n'avais au monde

Qu e ma vigne et que mes figuiers I

206 HARHONIES POÉTIQUES.

Pour ces flonget divins qui chantaieut dans mon kme^

Et que nul or ne peut payer, pMNiaDt que le soleil baissait , et que la flamme Qu« ma mère allumait ainsi qu'une humble femme

Éclairait son étroit foyer !

Et qu'assis autour d'elle à la table de hêtre

Que nous préparait son amour, Nous rendions grâce à Dieu de ce repas champêtre, Riche des simples fruits que le champ faisait nattre,

Et d'un pain qui suffit au jour ! *

* Voir èla fin du volsno la réponae é»U. R^nmI.

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