A M. REBOUL
A HIIIBS.
Le soufïle inspirateur qui fait de Tàme humaine
Un instrument mélodieux , Dédaigne des palais la pompe souveraine :
Que sont la pourpre et Tor à qui descend à peine
Des palais rayonnans des cieux ?
11 s'abat au hasard sur l'arbre solitaire,
Sur la cabane des pasteurs , Sous le chaume indigent des pauvres de la terre, Et couve en souriant uii glorieux mystère
Dans un berceau mouillé de pleurs!
C'est Homère endormi , qu'une esclave sans maître
Réchauffe de son seul amour ; C'est un enfant chassé de l'ombre de son hêtre Qui pleure les chevreaux que ses pas menaient paitrCj
Et qui sera Vii^ile un jour !
C'est Moïse flottant dans un berceau fragile Sur Tonde y au hasard des courans, Que l'éclair du Sina visite entre cent mille Pendant qu'il fend le marbre ou qu'il pétrit l'argile Pour la tombe de ses tyrans !
Ainsi l'instinct caché dans la tiature entière
Mûrit pour l'immortalité !
La perle au fond des mers, l'or au sein de la pierre, Le diamant dans l'ombre où languit sa lumière ,
La gloire dans l'obscurité !
La gloire , oiseau divin , phénix né de lui-même,
Qui vient tous les cent ans , nouveau , Se poser sur la terre et sur un nom qu'il aime, Et qu'on y voit mourir ainsi que son emblème, Mais dont nul ne sait le berceau !
Ne t'étonne donc pas qu'un ange d'harmonie
Vienne d'en haut te réveiller.
Souviens-toi de Jacob ! Les songes du génie Descendent sur des fronts qui n'ont dans l'insomnie
Qu'une pierre pour oreiller!
Moi-même , plein des biens dont l'opulence abonde,
Que je changerais volontiers Cet or dont la fortune avec dédain m'inonde Pour une heure du temps où je n'avais au monde
Qu e ma vigne et que mes figuiers I
206 HARHONIES POÉTIQUES.
Pour ces flonget divins qui chantaieut dans mon kme^
Et que nul or ne peut payer, pMNiaDt que le soleil baissait , et que la flamme Qu« ma mère allumait ainsi qu'une humble femme
Éclairait son étroit foyer !
Et qu'assis autour d'elle à la table de hêtre
Que nous préparait son amour, Nous rendions grâce à Dieu de ce repas champêtre, Riche des simples fruits que le champ faisait nattre,
Et d'un pain qui suffit au jour ! *
* Voir èla fin du volsno la réponae é»U. R^nmI.